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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2300639

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2300639

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2300639
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantDELCHAMBRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 3 février 2023, Mme C E épouse A représentée par Me Delchambre, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnait l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne.

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant.

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens présentés par la requérante ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée le 3 février 2023, M. D A, représenté par Me Delchambre, demande au tribunal

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnait l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne.

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant.

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A, ressortissants albanais nés respectivement les 28 novembre 1985 et 13 novembre 1991, déclarent être entrés en France en 2017 avec leur fils aîné afin de déposer une demande d'asile. Le 30 avril 2018, la demande de M. A est rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 5 septembre 2018. Mme A fera l'objet des mêmes décisions de rejet les 30 avril 2018 et 26 novembre 2019. Le 24 octobre 2022, M. et Mme A ont demandé leur admission au séjour au titre de leur vie privée et familiale. Par des arrêtés du 4 janvier 2023, le préfet de l'Hérault a refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'un an. Par les requêtes nos 2300639 et 2300640 susvisées, qui ont fait l'objet d'une instruction commune et qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, M. et Mme A demandent au tribunal d'annuler les arrêtés du 4 janvier 2023 du préfet de l'Hérault.

Sur la jonction des requêtes :

2. Les requêtes susvisées présentées par M. et Mme A concernent la situation de membres d'une même famille et présentent à juger des questions semblables. Elles ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. et Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté attaqué :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires réglées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense, et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

5. Il n'est pas établi, ni même allégué, que M. et Mme A auraient sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'ils auraient été empêchés de présenter leurs observations ou de communiquer des informations utiles avant que ne soit prise la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. et Mme A déclarent être arrivés en France en 2017, à l'âge respectivement de trente-deux et vingt-six ans. Les époux ont déjà fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement le 22 septembre 2020 pour Mme A , et pour M. A également le 17 octobre 2021, auxquelles ils n'ont pas déféré et se maintiennent irrégulièrement sur le territoire français depuis lors. Si M. et Mme A font état d'un risque encouru en cas de retour en Albanie, ils ne l'établissent pas, leurs demandes d'asile ayant été d'ailleurs rejetées par décisions de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 avril 2018 confirmées par la Cour nationale du droit d'asile le 5 septembre 2018 s'agissant de M. A, et le 26 novembre 2018 s'agissant de Mme A. De même, ils n'établissent pas avoir fixé le centre de leurs intérêts privés et familiaux en France, pas plus qu'ils ne justifient d'éléments d'intégrations particuliers, qui ne peut résulter de simples allégations des requérants. M. et Mme A, étant tous deux en situation irrégulière, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Albanie, pays dont la famille possède la nationalité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

9. Si M. et Mme A se prévalent de la scolarité de leurs enfants en France, cette seule circonstance n'est pas de nature à conférer un droit au séjour à la famille alors qu'ils n'établissent pas, ainsi qu'il a été dit, par leurs seules allégations, que la scolarité des enfants ne pourrait se poursuivre en Albanie, pays dont toute la famille possède la nationalité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de cet article ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour fixer la durée de l'interdiction de retour : " () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de

l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de

l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11.".

11. M. et Mme A ne justifient, ni d'une ancienneté de séjour significative, ni de l'établissement de liens privés et familiaux en France, et ont fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement. Dans ces conditions et en dépit du fait qu'ils ne constituent pas une menace pour l'ordre public, le préfet de l'Hérault a pu, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, prendre à l'encontre de M. et Mme A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par suite, ce moyen doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 4 janvier 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme A, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, leurs conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er: M. et Mme A sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. et Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, Mme C A, au préfet de l'Hérault et à Me Delchambre.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Gayrard, président,

- Mme Bayada, première conseillère,

- Mme Bossi, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

Le président-rapporteur,

J.-Ph. B L'assesseure la plus ancienne,

A. Bayada

La greffière,

E. Tournier

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 28 avril 2023.

La greffière,

E. Tournier

N°2300639 et N° 2300640

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