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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2300842

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2300842

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2300842
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 février 2023, Mme D F épouse C, représentée par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 7 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer sans délai un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) subsidiairement, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa demande d'admission au séjour, dans le délai de deux mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation à l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence de son signataire, compte tenu du caractère trop général de la délégation de signature qui lui a été consentie ;

- il est entaché d'erreur de droit en ce qu'il se fonde sur la circonstance qu'elle aurait pu bénéficier de la procédure de regroupement familial pour considérer que l'atteinte portée à sa vie privée et familiale serait proportionnée aux buts de la mesure ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire, enregistré le 20 mars 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme F épouse C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 19 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E ;

- et les observations de Me Brulé, représentant Mme F épouse C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F épouse C, ressortissante marocaine née en 1980, est entrée en France le 12 janvier 2019 sous couvert d'un visa court séjour délivré par les autorités espagnoles. Elle a sollicité, le 10 octobre 2022, la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale ". Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre sollicité et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

2. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. En application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise. La circonstance que l'étranger relèverait, à la date de cet examen, des catégories ouvrant droit au regroupement familial ne saurait, par elle-même, intervenir dans l'appréciation portée par l'administration sur la gravité de l'atteinte à la situation de l'intéressé.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme F épouse C réside en France de façon continue depuis le 12 janvier 2019, date de sa dernière entrée sur le territoire français, soit depuis près de quatre ans à la date de l'arrêté attaqué. Elle y a notamment assisté son père, en fin de vie, jusqu'au décès de ce dernier le 6 janvier 2022. Il en ressort également qu'elle est mariée avec un compatriote, M. A C, depuis le 23 février 2019 avec qui elle a eu un enfant, B, née le 29 novembre 2021 à Montpellier. L'époux de la requérante demeure en situation régulière sur le territoire français, étant titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle de deux ans valable jusqu'au 7 juin 2023 et occupe un emploi en contrat à durée indéterminée en qualité d'agent de service depuis le mois de décembre 2020. Il en résulte que, compte tenu des conditions du séjour de la requérante en France, celle-ci doit être regardée comme ayant transféré en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Le préfet de l'Hérault a ainsi porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui accorder un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être accueilli.

5. Ainsi, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme F épouse C est fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué en date du 7 novembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Compte tenu du motif retenu par le présent jugement pour prononcer l'annulation de l'arrêté attaqué, son exécution implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de l'Hérault de délivrer à Mme F épouse C un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale dans un délai de deux mois suivant la notification de la présente décision. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. Mme F épouse C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Ruffel, avocat de Mme F épouse C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Ruffel de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 7 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté la demande de titre de séjour présentée par Mme F épouse C et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de délivrer à Mme F épouse C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Ruffel la somme de 1 000 (mille) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D F épouse C, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lison Rigaud, présidente,

Mme Isabelle Pastor, première conseillère,

M. François Goursaud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023

La Présidente-rapporteure,

L. E

L'assesseure la plus ancienne,

I. Pastor

La greffière

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

A. Junon

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