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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2300879

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2300879

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2300879
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantGUIRASSY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 février 2023, M. D B, représenté par Me Guirassy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 février 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation ;

3°) de condamner l'Etat aux entiers dépens de l'instance ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente pour ce faire ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, rapporteure ;

- et les observations de Me Guirassy représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien né le 22 octobre 1994, déclare être entré en France au mois d'août 2019. Sa demande d'asile ayant été rejetée par l'OFPRA le 30 novembre 2020 et par la CNDA le 11 mai 2021, il a fait l'objet le 9 juin 2021 d'une première décision, non exécutée, portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de six mois. M. B a été entendu le 13 février 2023 par les services de police en vue de vérifier son droit au séjour et à circuler sur le territoire français. Par sa requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 février 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai et une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois.

Sur les conclusions en annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022.09.DRCL.0367 du 21 septembre 2022 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture n° 128 du même jour, le préfet de l'Hérault a accordé à Mme C A, cheffe de la section éloignement, une délégation de signature, notamment en matière d'éloignement des étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français. Mme A était ainsi habilitée à signer l'arrêté en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le préfet vise les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles il se fonde. L'arrêté, non stéréotypé, précise également le parcours de M. B en France, tenant en particulier à sa demande d'asile, ainsi que des motifs de faits portant sur sa situation professionnelle, affective et familiale. Cette décision comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen approfondi, particulier et complet de la situation du requérant. Le moyen tiré du défaut d'examen sérieux doit donc être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; () ". Pour l'application de ces stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui ne justifie pas d'une entrée régulière sur le sol français en août 2019, s'y est toutefois maintenu après avoir été définitivement débouté de l'asile le 11 mai 2021. Si M. B se prévaut d'une vie commune depuis le 1er mars 2021 avec sa compagne, de nationalité française, avec laquelle il a conclu un pacte civil de solidarité le 27 juin 2022, leur relation demeure récente et ne permet pas, à elle-seule, de regarder M. B comme ayant établi en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. En outre, le requérant, qui ne produit aucun élément démontrant une insertion particulière dans la société française, n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales en Côte d'Ivoire, où résident ses parents, ses deux sœurs et son frère et où il a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans. Enfin, si M. B fait valoir qu'une demande d'admission au séjour au titre de la vie privée et familiale serait en cours d'instruction à la préfecture du Gard, il ne l'établit pas. Par suite, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise, et le préfet n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En cinquième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux qui précèdent, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Hérault aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.

Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

9. En l'espèce, le préfet de l'Hérault n'a assorti la décision d'obligation de quitter le territoire édictée à l'encontre de M. B d'aucun délai de départ volontaire et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de six mois. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. B, dont la présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, ne justifie pas d'une présence ancienne, ni de liens anciens, stables et intenses sur le territoire français. Dès lors, en l'absence de circonstances humanitaires, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet a pu prononcer, à l'encontre de M. B, une décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois.

10. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 5 et 6, le préfet de l'Hérault a pu, sans méconnaître l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, assortir l'arrêté attaqué d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 17 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Doumergue, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

La rapporteure,

ML. VialletLe président,

V. Rabaté

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 10 mai 2023.

Le greffier,

F. Balickifb

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