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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2300880

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2300880

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2300880
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 février 2023, Mme C A, représentée par Me Ruffel demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours vers son pays d'origine ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiant ", à compter de la notification du jugement à intervenir, et ce, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa demande de titre de séjour, sous la même astreinte et dans un délai de deux mois ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros à verser à son conseil, en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le signataire de l'arrêté en litige ne disposait pas d'une délégation à cet effet ;

- le préfet s'est estimé tenu de rejeter sa demande au motif d'une absence de visa de long séjour et a commis, ce faisant, une erreur de droit ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'un défaut réel et sérieux de sa demande ;

- en ne délivrant pas de titre de séjour en qualité d'étudiant, le préfet a commis une erreur d'appréciation ;

- en ne délivrant pas de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues dès lors qu'elle réside en France avec sa mère et ses deux sœurs ;

- pour les mêmes motifs, les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- et les observations de Me Ruffel, pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante seychelloise, née en 2003, est entrée en France en 2017 sans être munie d'un visa long séjour. Le 13 novembre 2021, elle a sollicité un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou " vie privée et familiale ". Le préfet de l'Hérault lui a délivré une autorisation provisoire de séjour, valable du 30 mars au 30 août 2022, afin qu'elle termine son année scolaire en France, et a précisé qu'à l'issue de la validité de l'autorisation elle devra regagner son pays d'origine et solliciter éventuellement un visa long séjour. Par courrier électronique en date du 29 août 2022, Mme A a demandé le renouvellement de son droit au séjour. Par un arrêté du 7 novembre 2022, dont Mme A demande l'annulation, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français en fixant le délai de départ et le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Aux termes de l'article L. 412-1 de ce code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative peut accorder une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " sans que la condition de visa de long séjour soit exigée, en cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures.

3. Mme A conteste le motif tiré de l'absence de visa long séjour et se prévaut de ce que sa situation entre dans le champ d'application de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, permettant la dispense de visa long séjour. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a été scolarisée en France à partir de l'âge de 14 ans au collège du Salagou situé à Clermont l'Hérault en classe de 3ème pour l'année 2017/2018, puis au lycée Bonne-Terre à Pézénas pour les années 2018/2019 et 2019/2020, puis dans le même lycée pour les années 2020/2021 et 2021/2022 en classe de première et terminale. Elle a poursuivi ses études en première année d'assistante vétérinaire au cours de l'année 2022/2023. Dans ces conditions, alors que le préfet ne conteste pas la nécessité liée au déroulement de ses études en France pour être dispensée de produire un visa de long séjour, Mme A remplissait les conditions pour en être dispensée sur le fondement du deuxième alinéa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que ses bulletins de notes démontrent qu'elle s'est pleinement investie dans sa scolarité en France et a obtenu de bons résultats. Par suite, le préfet de l'Hérault a entaché d'erreur manifeste d'appréciation sa décision de refus de titre de séjour " étudiant " à Mme A.

4. Il suit de là, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur ses autres moyens, que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 7 novembre 2022 en tant qu'il porte refus de séjour, et par voie de conséquence des décisions du même jour qui l'obligent à quitter le territoire français, et fixent le délai de départ et le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Le motif d'annulation retenu par le présent jugement implique nécessairement que le préfet de l'Hérault accorde à Mme A un titre de séjour en qualité d'étudiant. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet d'y procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision, sans qu'il soit utile d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Ruffel renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat une somme totale de 1 200 euros à verser à Me Ruffel.

DECIDE :

Article 1er : L'arrêté du 7 novembre 2022 du préfet de l'Hérault est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de délivrer à Mme A un titre de séjour " étudiant ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Ruffel une somme de 1 200 euros dans les conditions prévues au point 6 du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions du recours est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Ruffel, et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 17 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Doumergue, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

Le président,

V. B

L'assesseure la plus ancienne,

C. Doumergue

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 10 mai 2023.

Le greffier,

F. Balicki

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