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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2300884

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2300884

mercredi 17 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2300884
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL VALETTE-BERTHELSEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 février 2023 et le 2 octobre 2023, la SAS LOTI DU SUD, représentée par Me Valette, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté de refus du 21 octobre 2022 opposé par le maire de Juvignac à sa demande de permis de construire n°PC3412322M0007 ;

2°) d'enjoindre à titre principal au maire de la commune de Juvignac de lui délivrer sous un mois un certificat établissant l'obtention à la date du 25 octobre 2022 d'un permis tacitement acquis, et, à titre subsidiaire de lui enjoindre la délivrance sous un mois du permis de construire sollicité le 4 avril 2022 ;

3°) de condamner la commune de Juvignac à lui payer la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'exception de non-lieu à statuer opposée par la commune sera écartée, le permis en litige est distinct de celui enregistré sous le numéro PC 3412317M0054 et la commune n'explique en tout état de cause pas en quoi les recours formés contre les décisions prises sur cette autre demande priveraient d'intérêt la présente requête ;

- la fin de non-recevoir opposée par la commune à ses conclusions à fin d'injonction de délivrance d'un certificat de permis de construire tacite sera écartée, dès lors qu'elle est recevable à invoquer dans sa requête tout moyen qui n'aurait pas été invoqué à l'encontre du recours administratif dès lors que ces moyens sont relatifs au même litige ;

- l'arrêté de refus du 21 octobre 2022, compte tenu de sa notification tardive, doit être regardé comme procédant au retrait du permis tacite obtenu le 25 octobre 2022, et est illégal dès lors qu'il n'a pas été précédé de la procédure contradictoire prévue par les articles L. 121-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- à titre subsidiaire :

- le motif de refus tiré du non-respect de l'article UD4 du règlement du plan local d'urbanisme est entaché d'une erreur d'appréciation ;

- le second motif de refus tiré du non-respect de l'article UD12 du règlement du plan local d'urbanisme est infondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2023, la commune de Juvignac, représentée par la SCP VPNG, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la société LOTI DU SUD à lui verser une somme de 2500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'y a pas lieu de statuer sur la présente requête compte tenu des recours pendant devant la Cour administrative d'appel de Toulouse et le Tribunal administratif contre les décisions de sursis à statuer, de retrait du permis de construire tacite et du refus de permis, relatives à la demande PC3412317M0054 ;

- la requérante n'est pas recevable à soutenir que la décision de refus du 21 octobre 2022 devrait être qualifiée de retrait d'un permis tacite, dès lors que son recours gracieux ne l'évoquait pas et n'a ainsi pu proroger le recours contentieux sur cette demande ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Couégnat, rapporteure,

- les conclusions de M. Goursaud, rapporteur public,

- et les observations de Me Valette, représentant la SAS LOTI DU SUD.

Deux notes en délibéré, enregistrées le 29 mars 2024, ont été présentées pour la SAS LOTI DU SUD.

Considérant ce qui suit :

1. Le 4 avril 2022, la société LOTI DU SUD a déposé en mairie de Juvignac, complété le 25 juillet 2022, une demande de permis de construire en vue de réaliser un habitat groupé de 15 logements en R+1, 33 places de stationnement et deux bassins de rétention, sur la parcelle cadastrée BL n°0040 située Allée Saint Sauveur. Par un arrêté du 21 octobre 2022, le maire de Juvignac a refusé d'accorder le permis sollicité aux motifs de l'insuffisance du volet compensation de l'imperméabilisation projeté en violation de l'article UD4 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'insuffisante superficie ou largeur de plusieurs des places de stationnement prévues en violation de l'article UD12 du règlement du plan local d'urbanisme. Par lettre du 13 décembre 2022 que la commune indique avoir reçue le 14 décembre, la société LOTI DU SUD a formé un recours gracieux qui est resté sans réponse. Par la présente requête, la société LOTI DU SUD demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 21 octobre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'exception de non-lieu à statuer opposée par la commune de Juvignac :

2. Aux termes du second alinéa de l'article L. 424-15 du code de l'urbanisme : " La délivrance antérieure d'une autorisation d'urbanisme sur un terrain donné ne fait pas obstacle au dépôt par le même bénéficiaire de ladite autorisation d'une nouvelle demande d'autorisation visant le même terrain. Le dépôt de cette nouvelle demande d'autorisation ne nécessite pas d'obtenir le retrait de l'autorisation précédemment délivrée et n'emporte pas retrait implicite de cette dernière. ". Les circonstances évoquées par la commune de Juvignac, que les décisions successives qu'elle a édictées sur la précédente demande de permis de construire déposée par la société LOTI DU SUD sur la même parcelle sous le numéro PC3412317M0054 aient fait l'objet de recours pendant devant la Cour administrative d'appel de Toulouse ou le Tribunal administratif de Montpellier, ne sont pas de nature à rendre sans objet les conclusions présentées par la société requérante contre une décision prise sur un autre dossier de demande de permis de construire. L'exception de non-lieu à statuer, dont le fondement juridique n'est pas précisé, doit donc être écartée.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 21 octobre 2022 :

S'agissant du moyen tiré du vice de procédure :

3. La société requérante soutient à titre principal que, dès lors qu'il ne lui a été notifié que le 26 octobre 2022, le refus de permis de construire du 21 octobre 2022 doit être regardé comme le retrait du permis tacite obtenu le 25 octobre 2022 et que celui-ci est irrégulier faute d'avoir été précédé de la procédure contradictoire prévue par les articles L. 121-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

4. La circonstance que la société requérante se soit bornée, dans son recours gracieux ayant permis la prorogation du recours contentieux, à demander le retrait de la décision en contestant les deux motifs du refus, sans évoquer le fait que celui-ci devait être regardé comme le retrait d'un permis tacite et son irrégularité faute de procédure contradictoire, est sans incidence sur la recevabilité de ce moyen, qui est bien dirigé contre la même décision. La société requérante reste recevable à évoquer tout moyen contre cette décision dans sa requête. La commune n'est par suite pas fondée à soutenir que ce moyen serait irrecevable.

5. Aux termes de l'article L. 424-2 du code de l'urbanisme : " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction. () ". Selon le b) de l'article R. 424-1 du code de l'urbanisme, à défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction, le silence gardé par l'autorité compétente vaut permis de construire. Il résulte des dispositions combinées des articles R. 423-19 et c) de l'article R. 423-23 du même code que le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet et que le délai d'instruction de droit commun est de trois mois pour les demandes de permis de construire autres que celles portant sur maison individuelle, au sens du titre III du livre II du code de la construction et de l'habitation, ou ses annexes. Aux termes de l'article R. 423-47 du même code : " Lorsque les courriers sont adressés au demandeur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, l'intéressé est réputé en avoir reçu notification à la date de la première présentation du courrier. "

6. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; (..) ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative compétente pour adopter une décision individuelle entrant dans leur champ de mettre la personne intéressée en mesure de présenter des observations. Le respect du caractère contradictoire de la procédure prévue par les articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration constitue une garantie pour le titulaire du permis de construire que l'autorité administrative entend rapporter.

7. Il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de construire de la société LOTI DU SUD a été déposée le 4 avril 2022 et complétée le 25 juillet 2022. En application des dispositions citées au point 5 de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme, la décision prise par le maire devait intervenir et être notifiée au pétitionnaire dans le délai de trois mois à compter de la réception d'un dossier complet, soit au plus tard le 25 octobre 2022.

8. L'arrêté du maire de Juvignac du 21 octobre 2022 refusant de délivrer le permis sollicité a été notifié à la société LOTI DU SUD par lettre recommandée avec accusé de réception dont elle a été avisée le 26 octobre 2022, ainsi qu'il ressort de l'avis de passage laissé par la Poste à son siège social, et qu'elle a retirée le 28 octobre 2022. Conformément à l'article R. 424-37 du code de l'urbanisme, la société est réputée l'avoir reçue à la date de première présentation, soit le 26 octobre 2022. Ainsi, à défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction de trois mois, un permis de construire tacite est né le 25 octobre 2022 et l'arrêté en litige doit être regardé comme procédant au retrait de ce permis tacite.

9. Il est constant qu'avant de procéder au retrait du permis de construire tacite, le maire de Juvignac n'a pas mis la société pétitionnaire à même de présenter des observations. Il en résulte, au regard de l'ensemble des circonstances de l'espèce, que la requérante a été effectivement privée de la garantie que constitue le respect de cette procédure contradictoire. Le moyen tiré du vice de procédure contradictoire doit donc être accueilli.

S'agissant du moyen tiré du caractère infondé du motif tiré du non-respect de l'article 12 du règlement du plan local d'urbanisme :

10. L'article 12 relatif au " stationnement " des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme, accessible sur le site internet de la commune, dispose notamment que " Le stationnement des véhicules doit être assuré en dehors des voies publiques ou privées communes et sur des emplacements prévus à cet effet. /Les groupes de garages individuels ou aires de stationnement doivent être disposés dans les parcelles de façon à ménager une aire d'évolution à l'intérieur des dites parcelles et à ne présenter que le minimum d'accès sur la voie publique nécessaire à leur desserte. / La superficie à prendre en compte pour le stationnement d'un véhicule dans le cas de garages collectifs ou d'aires de stationnement est de 25 m2, y compris les accès. Cette superficie peut être réduite dans le cas de la fourniture d'un document justifiant une circulation aisée. / Les aires de stationnement ne doivent pas avoir une largeur inférieure à 3 mètres et une longueur inférieure à 5 mètres. La largeur minimale des emplacements est ramenée à : - 2,50 mètres pour les aires collectives de stationnement, - 2,30 mètres pour les places de stationnement longitudinales aménagées le long d'une voie ou d'un trottoir. ".

11. Il ressort des pièces du dossier et notamment du plan de masse, que les sept places de stationnement prévues perpendiculairement à l'allée Saint Sauveur sont accessibles directement à partir de cette voie publique, bordée d'un trottoir et à double sens de circulation. En ce qui concerne les places 13, 16, 17 et 18, situées au droit des logements 2, 5, 6 et 7, elles sont positionnées perpendiculairement à la voirie interne du lotissement, à partir de laquelle elles sont directement accessibles, et qui présente une largeur allant de 4 mètres dans sa partie en sens unique à 4,50 mètres au droit de la place 18 dans sa partie à double sens. Dans ces conditions, les surfaces disponibles au droit de ces places apparaissent suffisantes pour assurer des manœuvres d'entrée et sortie de stationnement aisées. Dans ces conditions, la société LOTI DU SUD est fondée à soutenir qu'en fondant son refus sur le fait que le projet de respectait pas, pour les places précitées, la règle prévue à l'article 12 des dispositions générales d'une superficie minimale de 25 m2 intégrant les accès, qui au surplus ne s'applique qu'aux garages collectifs et aires de stationnement, le maire a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 21 octobre 2022 par lequel le maire du Juvignac a rejeté la demande de permis de construire de la société LOTI DU SUD, enregistrée sous le numéro PC3412322M0007, doit être annulé.

13. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier ". En l'état du dossier, aucun autre moyen n'est susceptible de fonder l'annulation de la décision en litige.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. D'une part, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ". D'autre part, aux termes l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme : " En cas de permis tacite () l'autorité compétente en délivre certificat sur simple demande du demandeur, du déclarant ou de ses ayants droit. () ".

15. Eu égard au premier des motifs retenus ci-dessus pour annuler l'arrêté en litige, le présent jugement, qui a pour effet de rétablir le permis tacite né à l'issue du délai d'instruction du dossier de demande de la société LOTI DU SUD, implique nécessairement, que le maire de Juvignac lui délivre un certificat de permis tacite en application de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au maire de Juvignac de procéder à la délivrance d'un tel certificat dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société LOTI DU SUD, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la commune de Juvignac au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Juvignac quelle que somme que ce soit à verser à la société LOTI DU SUD au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de refus de permis de construire du maire de Juvignac du 21 octobre 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Juvignac de délivrer à la société LOTI DU SUD un certificat de permis tacite dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête et les conclusions présentées par la commune de Juvignac au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SAS LOTI DU SUD et à la commune de Juvignac.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2024.

La rapporteure

M. Couégnat La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 17 avril 2024.

La greffière,

M. A

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