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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2300896

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2300896

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2300896
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS MAZAS - ETCHEVERRIGARAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête et mémoire, enregistrés les 16 février et 11 avril 2023, M. B A représenté par Me Mazas demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination, ainsi que la décision du 20 janvier 2023 par laquelle le préfet de l'Hérault a rejeté son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la décision à intervenir et, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des article 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire et le rejet du recours gracieux sont insuffisamment motivés en fait ;

- ils sont entachés d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- ils méconnaissent les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- ils méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés

fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rabaté, président-rapporteur ;

- et les observations de Me Lambert, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 9 mars 1991 à Taghzoute N'ait Atta (Maroc), est entré en Espagne le 25 septembre 2016 sous couvert de son passeport revêtu d'un visa court séjour sur l'espace Schengen valable du 20 septembre 2016 au 5 novembre 2016. L'intéressé, qui déclare être entré en France le 25 septembre 2016, s'est marié le 3 avril 2021 à Montpellier avec une compatriote, détentrice d'une carte de résident, qui a une fille handicapée née le 23 avril 2008. Le couple a donné naissance à une autre fille née le 18 novembre 2021. M. A a sollicité auprès des services de la préfecture de l'Hérault la délivrance d'un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale, demande que le préfet a rejetée par arrêté du 2 novembre 2022. Par une décision en date du 20 janvier 2023, le préfet de l'Hérault a rejeté son recours gracieux. L'intéressé demande l'annulation de cet arrêté et de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ", et aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté en litige mentionne les textes applicables à la situation de M. A ainsi que les principaux éléments caractérisant sa situation de fait, propre au fondement de sa demande de titre de séjour en indiquant en particulier qu'il s'est marié le 3 avril 2021 avec une personne titulaire d'une carte de résident en cours de validité et qui a donné naissance à un enfant le 18 novembre 2021 à Montpellier. Il précise que bien que marié et père d'un enfant en bas âge, il ne démontre pas être dans l'impossibilité de retourner dans son pays d'origine dans lequel résident ses parents, le temps nécessaire à la mise en œuvre par son épouse à son profit de regroupement familial. Ainsi, le refus de séjour, comme l'obligation de quitter le territoire français énoncent les considérations de fait et de droit qui les fondent, même s'ils ne font pas état de la situation de la belle-fille du requérant. Par suite, le moyen tiré de leur insuffisante motivation doit en tout état de cause être écarté.

4. L'arrêté attaqué étant suffisamment motivé, le moyen tiré de l'insuffisante motivation du rejet du recours gracieux dirigé contre cet arrêté est inopérant.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et des observations présentées en défense, que le préfet a commis un défaut réel et sérieux d'examen de la situation de l'intéressé, notamment de ses liens avec sa belle-fille.

6. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article L. 434-2 du même code : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial :

1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ;

2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans ".

7. Sous réserve que son épouse, compatriote titulaire d'une carte de résident en cours de validité en fasse la demande, M. A, se trouve dans la catégorie d'étrangers dont la situation permet la mise en œuvre de la procédure de regroupement familial prévue par les dispositions de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. A ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le champs d'application desquelles il n'entre pas.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il appartient à l'autorité administrative qui envisage de refuser un titre de séjour à un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier, si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie privée et familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise. La circonstance que l'étranger relèverait, à la date de cet examen, des catégories ouvrant droit au regroupement familial ne saurait, par elle-même, intervenir dans l'appréciation portée par l'administration sur la gravité de l'atteinte à la situation de l'intéressé. Cette dernière peut en revanche tenir compte, le cas échéant, au titre des buts poursuivis par le refus de titre, de ce que l'étranger ne pouvait légalement entrer en France et y séjourner qu'au seul bénéfice du regroupement familial et qu'il n'a pas respecté cette procédure.

10. M. A déclare être entré en France en 2016 sans toutefois être en mesure de l'établir, son ancien passeport, produit au dossier, comportant un tampon transfrontalier avec une entrée en Espagne le 25 septembre 2016. Il ne justifie d'aucune présence en France avant 2021 et d'aucune insertion socio-professionnelle dans ce pays. Il ne ressort d'aucune pièce produite que son enfant, âgé d'un an à la date de la décision attaquée, ne puisse rester avec sa mère et sa sœur handicapée en France, M. A pouvant retourner le temps de la régularisation de sa situation au Maroc, où il n'est pas dépourvu d'attaches familiales, et où résident ses propres parents. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté a porté à son droit au respect de sa vie familiales une atteinte disproportionnée au but en vue duquel il a été pris. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

12. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions politiques ou privées, de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur de l'enfant dans toutes les décisions le concernant.

13. Comme il vient d'être précisé, l'arrêté n'implique qu'une séparation provisoire de l'enfant du requérant de l'un de ses parents, la fille handicapée de Mme A restant avec cette dernière en France. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3-1 doit donc être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions du recours à fin d'annulation de l'arrêté du 2 novembre 2022 du préfet de l'Hérault et du rejet du recours gracieux doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter aussi les conclusions à fin d'injonction, et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Mazas, et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 17 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Doumergue, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

Le président,

V. Rabaté

L'assesseure la plus ancienne,

C. Doumergue

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 10 mai 2023.

Le greffier,

F. Balicki

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