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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2300913

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2300913

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2300913
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBAUTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 février 2023, M. A C, représenté par Me Bautès, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Aude du 17 janvier 2023 portant refus de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aude de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, si besoin sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de séjour a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et complet de sa situation ;

- le refus de lui délivrer un titre de séjour porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne lui accordant pas un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'illégalité de la décision portant refus de séjour prive de base légale l'obligation de quitter le territoire français ;

- l'obligation de quitter le territoire français porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2023, le préfet de l'Aude conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- et les observations de Me Llinares, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain né le 24 août 1981, entré en France le 18 mai 2012 sous couvert d'un visa de court séjour, a sollicité le 9 mai 2022 son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il demande l'annulation, pour excès de pouvoir, de l'arrêté du préfet de l'Aude du 17 janvier 2023 portant refus de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur la légalité de la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté fait référence aux dispositions de l'article

L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et mentionne que M. C n'a pas démontré de manière probante sa présence habituelle en France depuis plus de dix ans. En outre, cet arrêté mentionne qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à la situation personnelle et à la vie familiale de

M. C dès lors que celui-ci se déclare célibataire sans enfant et ne démontre pas être isolé au Maroc où il a vécu pendant 31 ans. Ces indications ont permis au requérant de comprendre et de contester le refus de faire droit à sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

4. M. C soutient résider habituellement sur le territoire français depuis son arrivée le 18 mai 2012. Toutefois, les documents qu'il produit, notamment la déclaration des revenus qu'il a souscrite et l'avis d'impôt sur les revenus ne mentionnant aucun revenu au titre de l'année 2014, la lettre du 8 avril 2014 relative à un prélèvement impayé, le courrier qui lui a été adressé le 20 juin 2014 par un huissier de justice en vue du recouvrement d'une créance, les relevés de compte ne faisant apparaître que quelques opérations de retrait à un distributeur automatique de billets réalisées au cours du mois d'octobre 2014, ne permettent d'attester que d'une présence ponctuelle en France au titre de l'année 2014. Ainsi le requérant ne démontre pas avoir résidé de manière habituelle en France depuis plus de dix ans. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet de l'Hérault aurait méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne soumettant pas sa demande d'admission au séjour à la commission du titre de séjour doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des motifs de l'arrêté contesté et des autres pièces du dossier, d'une part, que le préfet de l'Hérault a pris en compte les éléments relatifs à la présence en France de M. C, d'autre part, qu'étant uniquement saisi de sa part d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de l'Hérault n'était pas tenu d'examiner d'office si l'intéressé pouvait prétendre à un titre de séjour sur un autre fondement. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Hérault, qui a relevé que l'intéressé, célibataire sans enfant, a vécu près de 31 ans au Maroc, n'a pas procédé à un examen complet de la situation faute d'avoir examiné s'il pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En quatrième lieu, si M. C, célibataire sans enfant, qui ne justifie pas résider habituellement en France depuis plus de dix ans pour les raisons exposées au point 4, a exercé une activité professionnelle dans les secteurs de l'agriculture et du bâtiment et s'il est titulaire d'une promesse d'embauche en qualité d'ouvrier agricole, ces éléments ne suffisent cependant pas à caractériser en l'espèce l'existence de motifs exceptionnels, au sens des dispositions précitées, justifiant son admission au séjour. Dès lors, le préfet de l'Hérault n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / () ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui a vécu jusqu'à l'âge de 30 ans au Maroc, est célibataire sans enfant. Dans les circonstances de l'espèce, alors même qu'il vit en France chez son frère avec ses neveux et nièces et qu'il serait intégré socialement, le refus de lui délivrer un titre de séjour ne porte pas une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale disproportionnée aux buts poursuivis par le préfet. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées doit être écarté.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

9. Il résulte de ce qui a été exposé du point 2 au point 8 que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de séjour, doit être écarté.

10. Pour les raisons exposées au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, invoqué à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 17 janvier 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté contesté, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de M. C à fin d'injonction de délivrance d'une carte de séjour temporaire ou de réexamen de sa situation ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de l'Aude.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Charvin, président,

M. Verguet, premier conseiller,

Mme Couégnat, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

Le rapporteur,

H. B

Le président,

J. Charvin

La greffière,

L. Salsmann

La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 9 mai 2023

La greffière,

L. Salsmann

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