vendredi 12 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2300938 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SCP VIAL-PECH DE LACLAUSE-ESCALE-KNOEPFFLER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 février 2023, Mme A B, épouse C, représentée par Me Summerfield, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 novembre 2022 par laquelle le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour d'une durée de cinq ans ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- elle a un droit au séjour en qualité de conjointe de travailleur ressortissant de l'Union européenne eu égard aux revenus qui sont les siens et à la formation professionnelle dans laquelle il s'investit ;
- ses ressources ainsi que celles de son conjoint sont suffisantes au regard des critères posés par l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est mère d'un ressortissant communautaire scolarisé et elle dispose donc d'un droit au séjour sur le fondement de l'article 10 du règlement (UE) n° 492/2011 ;
- l'arrêté méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales puisqu'elle implique une séparation des membres de sa famille ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de séjour ;
- la détermination du pays de renvoi méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales puisque les membres de sa famille, de nationalité espagnole, n'ont pas vocation à rejoindre l'Algérie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales, représenté par la SCP Vial Pech de Laclause Escale Knoepffler Huot Piret Joubes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 7 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lesimple, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, épouse C, ressortissante algérienne née en 1993, déclare être entrée en France en août 2019 avec son conjoint, ressortissant espagnol, et leur enfant, également de nationalité espagnole, né en 2017. Elle s'est vue délivrer le 22 juin 2021 un titre de séjour d'une durée d'un an en sa qualité de conjointe d'un ressortissant de l'Union européenne. Par décision du 30 novembre 2022, le préfet de l'Hérault a refusé de renouveler son titre de séjour. Mme B demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de séjour :
2. Aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° () ". Aux termes de l'article R. 233-7 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés au 1° de l'article L. 233-1 conservent leur droit au séjour en qualité de travailleur salarié ou de non-salarié dans les situations suivantes : 1° Ils ont été frappés d'une incapacité de travail temporaire résultant d'une maladie ou d'un accident ; 2° Ils se trouvent en chômage involontaire dûment constaté après avoir exercé leur activité professionnelle pendant plus d'un an et sont inscrits sur la liste des demandeurs d'emploi ; 3° Ils entreprennent une formation professionnelle devant être en lien avec l'activité professionnelle antérieure à moins d'avoir été mis involontairement au chômage. Ils conservent au même titre leur droit de séjour pendant six mois s'ils sont involontairement privés d'emploi dans les douze premiers mois qui suivent le début de leur activité professionnelle et sont inscrits sur la liste des demandeurs d'emploi ".
3. Il résulte des dispositions citées au point précédent qu'un citoyen de l'Union européenne ne dispose du droit de se maintenir sur le territoire national pour une durée supérieure à trois mois que s'il remplit l'une des conditions, alternatives, exigées à l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au nombre desquelles figure l'exercice d'une activité professionnelle en France.
4. En premier lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que la notion de travailleur, au sens du droit de l'Union européenne, doit être interprétée comme s'étendant à toute personne qui exerce des activités réelles et effectives, à l'exclusion d'activités tellement réduites qu'elles se présentent comme purement marginales et accessoires.
5. Il ressort des pièces du dossier que le mari de la requérante, ressortissant espagnol, a créé une entreprise de livraison de repas à domicile à vélo, avec un commencement d'activité au 9 juin 2020. Les déclarations URSSAF au titre de cette activité font état d'un chiffre d'affaires de 9766 euros pour l'année 2021 et de 7 800 euros sur les deux derniers trimestres de l'année 2022. A supposer même que l'arrêt de travail pour raison de santé, du 15 juin au 11 août 2021, n'ait pas fait perdre à l'intéressé sa qualité de travailleur, il ressort des éléments précités qu'aucune ressource n'a été déclarée entre janvier et juin 2022 et les revenus mensuellement générés pour l'année 2022 sont inférieurs à 510 euros, après déduction des seules cotisations et impositions, les éventuelles charges liées à l'activité en litige n'étant pas précisées. Dans ces conditions, et alors que les conditions d'exercice de l'activité déclarée ne sont pas précisées, le préfet a régulièrement pu estimer que le mari de Mme B exerçait une activité professionnelle marginale et accessoire.
6. Par ailleurs, si la requérante établit que son époux va débuter une formation professionnelle, rémunérée à hauteur de 712,40 euros par mois, à compter du 12 décembre 2022 jusqu'au 30 juin 2023, cette circonstance, postérieure à la décision en litige, est sans influence sur la légalité de la décision en litige.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'il est exigé, le caractère suffisant des ressources est apprécié en tenant compte de la situation personnelle de l'intéressé. En aucun cas, le montant exigé ne peut excéder le montant forfaitaire du revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles. La charge pour le système d'assistance sociale que peut constituer le ressortissant mentionné à l'article L. 233-1 est évaluée en prenant notamment en compte le montant des prestations sociales non contributives qui lui ont été accordées, la durée de ses difficultés et de son séjour ".
8. Mme B établit qu'elle a suivi, du 24 janvier au 5 août 2022, une formation professionnelle rémunérée à hauteur de 4 438,80 euros et qu'elle suit, depuis le 7 novembre 2022 jusqu'au 30 juin 2023, une seconde formation, rémunérée à hauteur de 712,40 euros par mois. Alors que le montant forfaitaire du revenu de solidarité active pour un couple avec un enfant est de 1077,27 euros par mois, la requérante et son époux n'établissent pas avoir perçu, ni en 2021, ni en 2022, une somme moyenne au moins égale à celle-ci. Dans ces conditions, et alors que les ressources déclarées par Mme B ne sont pas pérennes, le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées en opposant à la requérante l'insuffisance des ressources de son foyer, sur le fondement du 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 10 du règlement (UE) n° 492/2011 du Parlement européen et du Conseil du 5 avril 2011 : " Les enfants d'un ressortissant d'un Etat membre qui est ou a été employé sur le territoire d'un autre Etat membre sont admis aux cours d'enseignement général, d'apprentissage et de formation professionnelle dans les mêmes conditions que les ressortissants de cet Etat, si ces enfants résident sur son territoire. () ".
10. Si la scolarité de l'école maternelle fait partie de l'enseignement du premier degré en application de l'article L. 321-1 du code de l'éducation, la mission éducative de l'école maternelle, destinée à favoriser l'éveil de la personnalité des enfants selon l'article L. 321-2 du même code, comporte une première approche des outils de base de la connaissance, prépare les enfants aux apprentissages fondamentaux dispensés à l'école élémentaire et leur apprend les principes de la vie en société. Dès lors, l'enfant de la requérante, âgé de cinq ans à la date de la décision attaquée, scolarisé en classe de grande section de maternelle, ne peut être regardé comme suivant des cours d'enseignement général au sens des dispositions précitées du règlement communautaire. Ainsi la requérante ne peut prétendre à un droit au séjour sur le fondement des dispositions citées au point précédent.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Par ailleurs, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
12. Il résulte de ce qui précède que l'époux de Mme B ne peut se prévaloir d'un droit au séjour sur le territoire français. Dès lors, et en tout état de cause, la décision en litige n'implique pas la séparation de la requérante avec son mari ou son enfant. Par ailleurs, alors que Mme B a bénéficié, par le passé, d'un titre de séjour espagnol, il n'est pas établi que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en Espagne, pays dont est originaire sa famille ou, le cas échéant, en Algérie, pays dont elle est originaire. Dans ces conditions, et eu égard au jeune âge de son enfant, la seule circonstance qu'il soit scolarisé en France ne permet pas de conclure que la décision en litige porterait atteinte à son intérêt supérieur. Dès lors, c'est sans méconnaître les stipulations précitées que le préfet a pu refuser de délivrer un titre de séjour à Mme B.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision refusant à Mme B un titre de séjour doivent être écartées. Dès lors, la requérante ne peut se prévaloir de l'irrégularité de cette décision pour faire valoir l'irrégularité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi :
14. Il résulte des éléments développés au point 12 du présent jugement qu'il n'est pas établi que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en Espagne ou en Algérie. Dès lors, en fixant comme pays à destination duquel Mme B pourrait être reconduite d'office le pays dont elle a la nationalité ou tout autre pays dans lequel elle est légalement admissible, le préfet n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de l'arrêté pris à son encontre par le préfet des Pyrénées-Orientales le 30 novembre 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence il y a lieu de rejeter également ses conclusions à fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Summerfield.
Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Eric Souteyrand, président,
M. Nicolas Huchot, premier conseiller,
Mme Audrey Lesimple, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.
La rapporteure,
A. Lesimple Le président,
E. Souteyrand
La greffière,
M-A. Barthélémy
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 12 mai 2023.
La greffière,
M-A. Barthélémy
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026