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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2300995

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2300995

vendredi 24 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2300995
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantNDOYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 février 2023, M. F B, représenté par Me A, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2023 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

*la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- méconnait l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme ;

*la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnait l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile quant à l'opportunité de prononcer une telle mesure et quant à la durée de l'interdiction ;

- méconnait l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme.

La requête a été communiquée au préfet de l'Hérault le 23 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Huchot, premier conseiller, dans les fonctions de magistrat chargé du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- les observations de Me A, représentant M. B, qui a présenté des pièces complémentaires, communiquées au préfet de l'Hérault.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né en 1995 et de nationalité algérienne a été interpellé le 20 février 2023 par les services de gendarmerie lors d'un contrôle routier à Ganges. Par un arrêté du 21 février 2023, M. B a été placé en rétention administrative au centre de Sète et le juge des libertés et de la détention l'y a maintenu par une ordonnance du 23 février 2023. Par un arrêté du 21 février 2023, dont M. B demande l'annulation, le préfet de l'Hérault a prononcé une obligation de quitter le territoire français sans délai et une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut-être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire est demandée sans forme au président du bureau ou de la section ou au président de la juridiction saisie. Elle peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué ". Il y a lieu, par application de ces dispositions, d'admettre M. B à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé, pour le préfet de l'Hérault, par Mme E D, cheffe de la section éloignement, à qui le préfet de l'Hérault a délégué sa signature aux fins de signer notamment tout arrêté " ayant trait à une mesure d'éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français ", par un arrêté du 21 septembre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, librement accessible sur le site internet de la préfecture de l'Hérault et produit au dossier. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. B, qui soutient être entré sur le territoire français pour la dernière fois en 2018, ne produit toutefois aucune pièce de nature à établir sa présence, même ponctuelle depuis cette date. Si le préfet de l'Hérault indique que M. B serait défavorablement connu des services de police pour diverses infractions, le préfet de l'Hérault, qui n'a communiqué aucune pièce dans la présente instance et n'était ni présent, ni représenté à l'audience, ne justifie pas ces allégations contredites tant par le requérant lors de l'audience, que par sa propre décision portant interdiction de retour sur le territoire français qui indique que M. B ne représente pas une menace à l'ordre public. Si M. B indique être en couple avec une ressortissante française, l'ancienneté de cette relation n'est étayée par aucune pièce probante, et seul un dépôt en mairie le 7 février 2023 d'un dossier de mariage et une facture télécom avec une adresse commune de février 2023 sont produites. Ensuite, à supposer même que les grands-parents et oncles et tantes de M. B soient présents régulièrement sur le territoire français, il ne soutient pas, ni même n'allègue, qu'il serait isolé en Algérie, dans lequel il a vécu à minima jusqu'à l'âge de 23 ans dans l'hypothèse d'une entrée sur le territoire français en 2018. Enfin, M. B a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français sans délai le 30 août 2021 prononcée par le préfet de l'Hérault. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale eu égard aux buts en vue desquels il a été pris et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B et sa compagne ont déposé en mairie un dossier complet pour leur mariage prochain et il ressort des pièces du dossier que M. B ne représente pas une menace à l'ordre public ainsi qu'il a été dit au point 5. Dans ces conditions, et quand bien même l'intéressé a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 31 août 2021, M. B est fondé à soutenir que le préfet de l'Hérault a fait une inexacte application des dispositions précitées en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par suite, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. L'exécution du présent jugement, qui annule la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Il n'y pas lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une quelconque somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans est annulée.

Article 3 : Le surplus de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. F B, à M. A et au préfet de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2023.

Le magistrat désigné,

N. C

La greffière,

C. Touzet

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 24 février 2023

La greffière,

C. Touzet

N°2300995

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