vendredi 12 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2300996 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | BAZIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 21 février 2023 et le 14 avril 2023,
M. C A, représenté par Me Bazin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 7 novembre 2022 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à titre subsidiaire, enjoindre au réexamen de sa demande dans les mêmes délais ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de séjour :
- elle est insuffisamment motivée s'agissant notamment de sa situation familiale et professionnelle sur le territoire et du défaut de visa de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et complet s'agissant de sa situation sur le territoire et de l'ancienneté de son séjour ;
- le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant car ses deux enfants sont nés sur le territoire français et y sont scolarisés ;
- le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation car le centre de sa vie privée et familiale est en France ;
Sur la décision d'éloignement :
- elle a été signée par une autorité incompétente faute de délégation de signature ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car le centre de sa vie privée et familiale est en France.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 mars 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 13 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère,
- et les observations de Me Bazin, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant albanais né en 1984, a vu sa demande d'asile rejetée par décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 23 juin 2014. Par décision du 21 mars 2017, sa demande de réexamen a été rejetée, décision confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 14 septembre 2017. Le 24 octobre 2017 il a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français. Par arrêté du 7 novembre 2022 le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions :
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
2. En premier lieu, le préfet a relevé les éléments relatifs à la situation personnelle de
M. A tels que la date alléguée d'entrée en France et une situation de mariage et de concubinage avec une compatriote en séjour régulier, ayant donné lieu à la naissance de deux enfants en 2017 et 2019. Alors que le préfet n'est pas tenu de relever l'ensemble des circonstances propres à la situation personnelle de l'intéressé mais uniquement celles qui fondent utilement le sens de sa décision, la circonstance qu'il n'ait pas mentionné l'existence d'une activité professionnelle exercée auprès d'un particulier depuis 2020 à temps non complet n'entache pas la décision d'un défaut de motivation alors au demeurant que la demande du requérant ne tendait pas à la délivrance d'un titre de séjour " salarié ". De la même manière, alors que la présence en France de ses deux enfants a été soulignée et que les effets de l'arrêté ont été étudiés au regard de la situation familiale du requérant, le fait que ne soit pas visé l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant en vertu duquel : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ", n'entache pas la décision en litige d'un défaut de motivation en droit. Enfin, le fait que le passeport du requérant soit revêtu d'un tampon daté du 4 mai 2016, peu lisible, ne permet pas d'établir qu'il s'agirait de la dernière date d'entrée en France de l'intéressé et le préfet pouvait valablement estimer que la continuité du séjour depuis cette date n'était pas établie. Dès lors, la décision n'est pas entachée d'un défaut de motivation ou d'un défaut d'examen particulier de la situation de M. A.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ". L'article L. 432-1 du même code prévoit par ailleurs : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné à 400 euros d'amende avec sursis pour des faits de vol commis en octobre 2016, puis à une amende de 300 euros pour des faits de vente à la sauvette commise en réunion en juillet 2017 et, enfin, il a été condamné à 3 mois d'emprisonnement avec sursis et une amende de 500 euros pour des faits d'importation en contrebande et détention de tabac manufacturé sans justificatif, commis en février 2019.
5. La seule circonstance que les peines infligées à M. A consistent en des amendes ne permet pas d'exclure toute existence d'une menace à l'ordre public. En revanche, eu égard à la nature des faits commis et à l'absence de commission de faits répréhensibles depuis février 2019, la menace à l'ordre public que constitue le comportement du requérant n'est pas établie.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". L'article L. 435-1 du même code prévoit que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :
" 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. M. A déclare être présent en France depuis le mois de mai 2016, accompagné d'une compatriote avec laquelle il est marié depuis septembre 2013 et avec qui il a eu deux enfants nés en France en 2017 et 2019. Bien que sa femme se soit vue délivrer un titre de séjour valable un an à compter du 4 octobre 2022 et que ses enfants aient toujours été scolarisés en France, rien ne s'oppose à la reconstitution de la cellule familiale en Albanie, pays où le requérant a vécu la majeure partie de sa vie. Egalement, le fait de travailler à temps non complet auprès d'un particulier depuis septembre 2020 ne permet pas de conclure à l'intégration sociale ou professionnelle de M. A. Dans ces conditions, et alors que les faits répréhensibles commis par l'intéressé ne permettent pas de conclure à sa complète insertion dans la société française, c'est sans méconnaître les dispositions et stipulations précitées que le préfet a pu refuser de délivrer un titre de séjour à M. A au titre de sa vie privée et familiale. Egalement, la seule naissance et scolarisation en France des enfants de M. A ne permet pas de conclure que la décision en litige méconnaitrait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, cité au point 2 du présent jugement, eu égard à leur âge et à la possibilité pour la cellule familiale de se reconstituer en Albanie. Enfin, pour les mêmes motifs que ceux-ci-dessus développés, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet doit être écarté.
8. Il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision en se fondant sur le seul motif tiré de l'absence d'atteinte à la vie privée et familiale du requérant. Dès lors, la méconnaissance des dispositions citées au point 3 du présent jugement n'implique pas l'annulation de la décision en litige. Les conclusions de M. A dirigées contre la décision de refus de séjour doivent donc être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, la décision contestée est signée, pour le préfet de l'Hérault et par délégation, par M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture. Par un arrêté n° 2022-09-DRCL-0357 du 14 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 126 du 14 septembre 2022, accessible tant au juge qu'au public sur le site internet de la préfecture, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. B à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault, et notamment tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Le moyen tiré du vice d'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.
10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 7 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté dans la mesure où le requérant n'établit pas avoir transféré en France le centre de ses intérêts privés et familiaux.
11. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A à l'encontre de l'arrêté du 7 novembre 2022 pris par le préfet de l'Hérault à son encontre. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de l'Hérault et à
Me Bazin.
Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Eric Souteyrand, président,
M. Nicolas Huchot, premier conseiller,
Mme Audrey Lesimple, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.
La rapporteure,
A. Lesimple Le président,
E. Souteyrand
La greffière,
M-A. Barthélémy
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 12 mai 2023.
La greffière,
M-A. Barthélémy
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026