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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2300997

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2300997

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2300997
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantSUMMERFIELD GABRIELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - sous le numéro 2300997, par une requête, enregistrée le 21 février 2023, M. B A, représenté par Me Summerfield, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté sa demande d'autorisation provisoire de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;

3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent d'un enfant malade d'une durée de six mois ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

* Sur la décision portant refus d'autorisation provisoire de séjour :

- elle porte atteinte à son droit à être entendu ;

- elle méconnait les articles L. 425-9 et L.425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

* Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait le 9° de l'article 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

* Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

* Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

II - Sous le numéro 2300998, par une requête, enregistrée le 21 février 2023, Mme C A, représentée par Me Summerfield, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté sa demande d'autorisation provisoire de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;

3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent d'un enfant malade d'une durée de six mois ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

* Sur la décision portant refus d'autorisation provisoire de séjour :

- elle porte atteinte à son droit d'être entendu ;

- elle méconnait les articles L. 425-9 et L.425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

* Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait du 9° de l'article 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

* Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

* Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens présentés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Besle a été entendu au cours de l'audience publique :

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 23000997 et n° 2300998 présentées par M. et Mme A, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. et Mme A, ressortissants albanais, nés respectivement les 21 février 1979 et 20 décembre 1987, déclarent être entrés en France en août 2021 avec leurs deux enfants de nationalité albanaise afin de déposer une demande d'asile. Le 28 février 2022, les demandes de M. et Mme A sont rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et confirmées par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) par une décision du 30 juin suivant. Le 4 août 2022, M. et Mme A ont demandé leur admission provisoire au séjour en qualité de parents d'une enfant malade. Par des arrêtés du 7 février 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté leurs demandes, les a obligés à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Par les requêtes nos 2300997 et 2300998 susvisées, M. et Mme A demandent au tribunal l'annulation de ces arrêtés.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

4. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. et Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ". Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée ". La partie qui justifie d'un avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'accès effectif à un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. Il résulte des pièces du dossier que M. et Mme A sont parents de deux enfants nés en 2014 et 2018 et que l'aînée souffre d'un lourd handicap. Si, dans son avis du 4 novembre 2022, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a estimé que l'état de santé de la fille aînée de M. et Mme A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et qu'elle pouvait voyager sans risque vers son pays d'origine, il ressort des pièces du dossier que celle-ci est atteinte d'une pathologie neurologique très handicapante qui nécessite des soins de kinésithérapie, d'orthophonie et de psychomotricité ainsi qu'une scolarité adaptée en milieu spécialisé. Il ressort également des pièces du dossier que l'enfant a commencé à bénéficier d'une prise en charge par des services médicaux spécialisés, notamment par le service de rééducation fonctionnelle Saint-Pierre à Palavas-les-Flots et que sans cette prise en charge son handicap ne pourra s'améliorer, en particulier si elle retourne dans son pays d'origine. Par suite, alors même que le défaut de soins ne pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, dans les circonstances de l'espèce, compte des conséquences d'une rupture de la prise en charge actuellement engagée de l'enfant, le préfet des Pyrénées-Orientales a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de délivrer l'autorisation provisoire de séjour sollicitée par M. et Mme A.

7. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des deux requêtes, que M. et Mme A sont fondés à demander l'annulation des décisions du préfet des Pyrénées-Orientales refusant de leur délivrer une autorisation provisoire de séjour et, par voie de conséquence, les décisions les obligeant à quitter le territoire français, fixant le pays de destination et leur faisant interdiction de retour sur le territoire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet des Pyrénées-Orientales délivre à M. et Mme A l'autorisation provisoire de séjour qu'ils ont sollicitée. Il y a lieu d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de délivrer cette autorisation dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

9. M. et Mme A étant admis provisoirement à l'aide juridictionnelle, leur avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Summerfield, avocate de M. et Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de ses clients à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Summerfield de la somme de 1 500 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. et Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 500 euros sera versée à M. et Mme A.

D E C I D E:

Article 1er: M. et Mme A sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les arrêtés du 7 février 2023 par lesquels le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté les demandes de M. et Mme A d'autorisation provisoire de séjour, les obligeant à quitter le territoire français, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Pyrénées-Orientales de délivrer à M. et Mme A une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. et Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Summerfield renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Summerfield, avocate de M. et Mme A, une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. et Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 500 euros sera versée à M. et Mme A.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, Mme C A, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Summerfield.

Délibéré après l'audience du 21 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Besle, président,

Mme Bayada, première conseillère,

Mme Bossi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

Le président-rapporteur,

D. BesleL'assesseure la plus ancienne,

A. Bayada

La greffière,

I. Laffargue

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 12 mai 2023.

La greffière,

I. Laffargue

N°s 2300997 et 2300998il

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