mardi 28 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2301048 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | FORUM REFUGIES - CENTRE DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE DE PERPIGNAN |
Vu la procédure suivante :
H une requête, enregistrée le 23 février à 16h05, M. B C, représenté H Me Kouahou , demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté pris H le préfet des Bouches-du-Rhône, portant obligation de quitter le territoire français sans délai et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation à l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- l'auteur de cette décision n'a pas justifié de sa compétence ;
- le préfet aurait dû privilégier un arrêté de remise vers l'Italie et a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle porte atteinte à son droit à une vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
H un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés H M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lorriaux, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lorriaux, magistrate désignée ;
- et les observations de Me Kouahou, avocat, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures H les mêmes moyens, et les explications de M. C H le truchement de son interprète M. A D.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant tunisien né le 25 mai 1992, a été interpellé le 20 février 2023 H les services de la police de Marignane pour dégradation volontaire de biens en réunion et infraction à la législation sur les étrangers et placé en garde à vue. H un arrêté du 21 février 2023, le préfet des Bouches du Rhône l'a obligé à quitter sans délai le territoire français à destination du pays dont il a la nationalité et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans. M. C a H ailleurs été placé au centre de rétention administrative de Perpignan. H une ordonnance du 23 février 2023, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Perpignan a prononcé le maintien en rétention de l'intéressé. H la requête visée ci-dessus, M. C demande l'annulation de l'arrêté du préfet des Bouches du Rhône du 21 février 2023.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit H le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit H la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
4. H un arrêté n° 13-2022-02-07 du 7 février 2023, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture des Bouches-du-Rhône, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet des Bouches-du-Rhône a donné délégation à Mme F E, cheffe du bureau de l'éloignement du contentieux et de l'Asile, pour signer, notamment, les décisions relatives à la mise en œuvre des mesures concernant les ressortissants étrangers en situation irrégulière. H suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. Aux termes de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " H dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises H un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7() ". En outre, l'article L. 621-2 du même code dispose que : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne, de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009. ". De plus, l'article L. 621-3 du même code dispose que : " L'étranger en provenance directe du territoire d'un État partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 peut se voir appliquer les dispositions de l'article L. 621-2 lorsqu'il est entré ou a séjourné sur le territoire français sans se conformer aux stipulations des paragraphes 1 et 2 de l'article 19, du paragraphe 1 de l'article 20, et des paragraphes 1 et 2 de l'article 21, de cette convention, relatifs aux conditions de circulation des étrangers sur les territoires des parties contractantes, ou sans souscrire, au moment de l'entrée sur ce territoire, la déclaration obligatoire prévue H l'article 22 de la même convention, alors qu'il était astreint à cette formalité ".
6. Il ressort de ces dispositions que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre Etat ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire H rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application de l'article L. 621-1 ou des deuxième à quatrième alinéas de l'article L. 621-2, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'Etat membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, sur le fondement des articles L. 621-1 et suivants, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 621-1. Ces dispositions ne font pas non plus obstacle à ce que l'administration engage l'une de ces procédures alors qu'elle avait préalablement engagée l'autre. Toutefois, si l'étranger demande à être éloigné vers l'Etat membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, ou s'il est résident de longue durée dans un Etat membre ou titulaire d'une " carte bleue européenne " délivrée H un tel Etat, il appartient au préfet d'examiner s'il y a lieu de reconduire en priorité l'étranger vers cet Etat ou de le réadmettre dans cet Etat.
7. Il est constant que M. C qui est entré irrégulièrement sur le territoire n'a formulé, ni demande d'admission au séjour ni demande d'asile. Il relevait ainsi du cas où, en application des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une obligation de quitter le territoire français pouvait être prise à son encontre. Lors de son audition, faisant suite à son interpellation, l'intéressé a déclaré notamment se trouver en France depuis plus près de 4 mois, en provenance d'Italie. S'il a indiqué préférer repartir en Italie, il ne peut se prévaloir d'aucun droit au séjour sur le territoire italien alors que son visa de type C était expiré depuis mai 2021, et qu'il ne justifie pas y être titulaire d'un titre de séjour ou même d'un récépissé suite à une demande de titre. Dès lors, M. C n'entre pas dans les hypothèses de remise aux autorités italiennes ou d'un autre pays de l'espace européen, et le préfet n'était pas tenu de mettre en œuvre la procédure prévue H l'article L. 621-1 du même code. H suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers manque en fait.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.
Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée H l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".
9. Il est constant que M. C ne justifie pas de la régularité de son séjour sur le territoire français où il dit être arrivé il y a quelques mois, sans visa en cours de validité ou à tout le moins expiré depuis mai 2021, en provenance d'Italie, pays dans lequel il dit faire des aller-retour réguliers avec la France. Il ne présente aucune garantie de représentation, se présente comme sans domicile fixe et exprime ne pas vouloir retourner en Tunisie. H ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. C est défavorablement connu des services de police, sous deux autres identités Rajhi Samir et Amir C né le 25 mai 1992, pour des faits d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et rébellion commis à Vitrolles le 10 janvier 2022 et dégradation ou détérioration du bien d'autrui le 7 janvier 2023, en sus des faits précités pour lesquels il a été interpellé le 20 février 2023. Il est constant qu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à M. C pour quitter le territoire français. Ce dernier n'allègue ni n'établit aucune circonstance humanitaire pouvant justifier que l'autorité n'édicte pas d'interdiction de retour sur le territoire français. Le préfet pouvait donc légalement prendre à l'encontre de M. C une telle interdiction. M. C, 31 ans, qui a pourtant déclaré être célibataire sans enfants et vivre habituellement à Marignane sans y bénéficier d'un domicile fixe lors de son audition H le service de police, verse au dossier un extrait d'attestation matrimoniale émis H le service de l'état civil de la commune de Mascali suite à son union, le 5 septembre 2020, avec Mme G née à Taormina (Sicile). Toutefois, aucun élément du dossier n'étaye un lien conjugal ou une communauté de vie effectifs à la date de la décision attaquée. Si M. C soutient que sa sœur réside régulièrement en Italie où elle serait mariée à un italien avec lequel elle a une petite fille, il ne justifie pas du lien de parenté dont il se prévaut. Surtout, M. C n'apporte aucun élément au soutien de l'existence d'une vie privée et familiale en France. Dans ces conditions, M. C ne contestant pas la présence d'attaches familiales dans son pays d'origine, le préfet ne peut être regardé comme ayant méconnu l'article 8 de la convention de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme, en prenant à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, quand bien même, en application de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette interdiction emporte signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et compromet ainsi également, dans ce délai, son éventuel retour en Italie. Au demeurant, en application de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'interdiction de retour peut faire l'objet d'une abrogation à tout moment dès lors que l'obligation de quitter le territoire français a été exécutée. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français de deux ans prise à son encontre, le quantum maximal étant de trois ans, serait disproportionnée dans son principe et sa durée, notamment au regard des conséquences qu'elle engendrerait sur sa situation personnelle et familiale
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées H M. C doivent être rejetées. H voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991doivent aussi être rejetées.
D E C I D E
Article 1er : M. C est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet des Bouches-du-Rhône et à Me Kouahou.
Rendu public H mise à disposition au greffe le 28 février 2023.
La magistrate désignée,
D. Lorriaux
Le greffier,
D. Martinier
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 28 février 2023
Le greffier,
D. Martinier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026