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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2301073

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2301073

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2301073
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantVICENTE PIERRE-ALEXANDRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 février 2023, Mme C A, représentée par Me Vicente, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " entrepreneur/profession libérale " ou à défaut un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que l'arrêté attaqué :

- est signé par une autorité incompétente ;

- est entaché d'une erreur de droit en méconnaissance de l'article R. 421-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens présentés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une décision du 27 mars 2023, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Besle a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, née le 25 mars 1994, de nationalité marocaine, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté est signé, pour le préfet des Pyrénées-Orientales et par délégation, par M. Yohan Marcon, secrétaire général de la préfecture des Pyrénées-Orientales. Par un arrêté du 19 décembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet des Pyrénées-Orientales a accordé à M. B délégation à l'effet de signer " tous les actes, arrêtés, décisions, circulaires, rapports, mémoires, requêtes juridictionnelles, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département des Pyrénées-Orientales () " Cette délégation donnait compétence à M. B pour signer un arrêté portant refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 421-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger présente un projet tendant à la création d'une activité commerciale, industrielle ou artisanale, il sollicite, préalablement au dépôt de sa demande tendant à la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 421-5, un avis sur la viabilité économique du projet auprès du service en charge de la main d'œuvre étrangère compétent pour la département dans lequel il souhaite réaliser son projet. ".

4. Il ressort de l'acte attaqué que pour lui refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet des Pyrénées-Orientales a relevé, d'une part, qu'un avis défavorable avait été émis par les services de la main d'œuvre étrangère et, d'autre part, qu'elle ne justifiait pas d'éléments relatifs à la viabilité de l'activité entreprise et de moyens d'existence issus de cette activité. En admettant que le préfet n'était pas tenu de solliciter l'avis des services de la main d'œuvre étrangère pour statuer sur la demande de Mme A, il ne résulte pas des pièces du dossier que le préfet des Pyrénées-Orientales se serait estimé lié par cet avis facultatif pour prendre sa décision qui est également fondée sur l'absence de viabilité du projet d'entreprise. Par suite, le préfet n'a commis aucune erreur de droit pour avoir sollicité, même sans y être obligé, l'avis des services de la main d'œuvre étrangère.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur/ profession libérale " d'une durée maximale d'un an. ". Il résulte de ces dispositions que la délivrance d'une carte de séjour temporaire autorisant l'exercice d'une activité professionnelle à l'étranger qui vient exercer en France une profession commerciale, industrielle ou artisanale est subordonnée, notamment, à la viabilité économique de l'activité envisagée. Lorsque l'étranger est lui-même le créateur de l'activité qu'il vient exercer, il lui appartient de présenter à l'appui de sa demande les justificatifs permettant d'évaluer la viabilité économique de son activité ou entreprise, que celle-ci soit encore au stade de projet ou déjà créée.

6. Les éléments produits par Mme A, à savoir, un avis d'imposition de l'année 2021 indiquant des salaires pour un montant de 3 670 euros, ainsi qu'un business plan, ne sont pas de nature à attester que son activité non salariée était économiquement viable et qu'elle aurait pu en tirer des moyens d'existence suffisants. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté. En outre, Mme A ne saurait utilement se prévaloir des termes de la circulaire du 29 octobre 2007, relative aux règles applicables à l'exercice d'une profession commerciale, industrielle ou artisanale par les étrangers, qui ne comporte que des orientations générales que le ministre a adressées aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir d'instruction.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

8. Mme A se prévaut de la durée de son séjour en France et des études qu'elle y a menées. Toutefois, la seule circonstance qu'elle résiderait sur le territoire depuis 2013, soit depuis dix années, est insuffisante à établir qu'elle y aurait fixé le centre de ses intérêts privés alors que les titres qui lui ont été délivrés entre 2013 et 2022, en qualité d'étudiante ne lui donnaient pas vocation à s'installer durablement en France. De plus, Mme A est célibataire et sans charge de famille, et ne se prévaut d'aucune attache privée ou familiale, ni d'une particulière intégration en France dès lors qu'elle est sans emploi. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle serait dépourvue d'attaches avec son pays d'origine dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de dix-neuf ans et où vivent ses parents. Dans ces conditions, le préfet des Pyrénées-Orientales n'a pas, en refusant de lui délivrer un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français, porté au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par ces mesures.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Vicente.

Délibéré après l'audience du 21 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Besle, président,

Mme Bayada, première conseillère,

Mme Bossi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

Le président-rapporteur,

D. Besle L'assesseure la plus ancienne,

A. Bayada La greffière,

I. Laffargue

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 12 mai 2023.

La greffière,

I. Laffargueil

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