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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2301118

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2301118

lundi 22 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2301118
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantCYRIELLE BONOMO FAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 février 2023, Mme A B, représentée par Me Bonomo-Fay, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour mention " étranger malade " ou " vie privée et familiale ", et à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de deux cents euros par jour de retard ;

3°) en cas d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 ;

4°) en cas de non admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

5°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation en passant sous silence ses conditions d'entrée régulière en France ;

- le préfet a commis une erreur de fait quant à ses attaches familiales en France ;

- la décision portant refus d'un titre de séjour mention " étranger malade " est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de son état de santé ; elle souffre d'une pathologie dont la prise en charge serait rompue à court ou moyen terme en cas de retour dans son pays d'origine ; elle n'a pas connaissance de l'avis du collège des médecins de l'OFII du 14 décembre 2022 ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa vie privée et familiale.

Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 mars 2023.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

En réponse à la demande de communication adressée le 5 avril 2023, l'office français de l'immigration et de l'intégration a produit le 21 avril 2023 le rapport médical et les autres pièces au vu desquelles il a rendu un avis le 14 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante burkinabée née le 20 juillet 1975 est entrée en France le 25 avril 2018 sous couvert d'un visa de court séjour " Etats Schengen " valable du 15 février au 14 mai 2018. Elle a présenté une demande d'asile, rejetée le 6 mai 2021 par l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 15 février 2022 par la cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 14 juin 2022, Mme B a fait l'objet d'une mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour de quatre mois. Le 15 septembre 2022, l'intéressée a déposé une demande d'admission au séjour pour raisons de santé. Par sa requête, Mme B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture de l'Hérault, qui a reçu délégation à cet effet par arrêté préfectoral 2022-09-DRCL-0357 du 14 septembre 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, contrairement à ce qu'allègue la requérante, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a fait mention de l'entrée de Mme B en France sous couvert d'un visa de court séjour " Etats Schengen " en cours de validité. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet n'aurait pas procédé à un examen complet de sa situation. Le moyen doit donc être écarté.

4. En troisième lieu, la circonstance que le préfet ait omis de mentionner la présence en France d'une sœur de la requérante est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors qu'il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il avait tenu compte de cette présence. Ce moyen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

6. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'OFII, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

7. Après avoir rappelé que le collège des médecins de l'OFII avait émis le 14 décembre 2022 un avis sur la demande de Mme B, le préfet de l'Hérault a repris à son compte les termes de cet avis et a rejeté la demande de titre de séjour présentée par l'intéressée en se fondant sur les motifs tirés de ce que si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut est susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, Mme B peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, et son état de santé lui permet de voyager sans risque.

8. Il ressort des pièces du dossier que la requérante, qui a levé le secret médical dans ses écritures en produisant une vingtaine de documents ou examens médicaux, a été diagnostiquée séropositive au VIH en 2003 et souffre notamment de lipodystrophies des membres inférieurs. Elle est suivie à ce titre dans le service des maladies infectieuses et tropicales du centre hospitalier universitaire de Montpellier depuis le 20 juin 2019. Selon les pièces versées au dossier par l'OFII, son état, stabilisé, nécessite un traitement au long cours, avec une consultation en infectiologie et des bilans sanguin deux fois par an, un suivi gynécologique annuel ainsi qu'un suivi ORL-chirurgie faciale, kinésithérapique et psychothérapique. Si Mme B fait valoir qu'elle n'est pas assurée de pouvoir bénéficier d'un accès continu aux soins au Burkina Faso, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ne pourrait effectivement y bénéficier d'un traitement approprié en cas de retour, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé. Par suite, aucune des circonstances invoquées par Mme B n'est de nature à faire regarder l'arrêté attaqué comme entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de son état de santé.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; () ". Pour l'application des dispositions et stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

10. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, célibataire et sans charge de famille, est entrée en France en 2018 après avoir vécu jusqu'à l'âge de 42 ans au Burkina Faso, où résident ses deux enfants, sa mère, son frère et deux de ses sœurs. Si elle indique avoir effectué quelques heures de ménage en octobre et novembre 2022 ainsi qu'en janvier 2023, elle ne justifie pas avoir établi en France le centre de ses intérêts privés et familiaux et ne démontre pas une insertion particulière dans la société française. Par suite, l'arrêté attaqué n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels il a été pris, et le préfet n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, celles présentées sur le fondement des articles R. 761-1 et L. 761-1 du code de justice administrative et celles présentées sur le fondement des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Bonomo-Fay et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2023.

La rapporteure,

ML. VialletLe président,

V. Rabaté

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 23 mai 2023.

Le greffier,

F. Balickifb

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