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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2301134

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2301134

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2301134
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantRUIZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 février 2023 M. C D, représenté par Me Ruiz, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision en date du 26 février 2023 par laquelle le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire national sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour du territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet et sérieux de sa situation ; le préfet ne relève à aucun moment sa situation personnelle en France ni le fait qu'il n'a plus d'attaches en Algérie ;

- elle viole le droit à être entendu en méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'union européenne ; il a été placé en garde à vue alors qu'il était en état d'ébriété ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant à la durée de son séjour en France ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant refus d'octroi un délai de départ volontaire :

- elle méconnait l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il n'a jamais caché son identité ni ne s'est jamais soustrait à une précédente mesure d'éloignement ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour du territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen des quatre critères énoncés pour fixer la durée de l'interdiction.

Par un mémoire, enregistré le 28 février 2023, le préfet de l'Hérault a communiqué au tribunal la procédure.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la directive 2013/32/UE du parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Le président du tribunal a désigné Mme Pastor, première conseillère, pour statuer en tant que juge désigné en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pastor, magistrate désignée,

- et les observations de Me Ruiz représentant M. D qui reprend les moyens et conclusions développés dans la requête.

Considérant ce qui suit :

1. M. D ressortissante algérien né en 1964 a été interpellé par les services de police le 25 février 2023 pour des faits de " menaces avec arme ". Par arrêté du 26 février 2023 le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire national sans délai et a assorti cette mesure d'une interdiction de retour du territoire français d'une durée de deux ans. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 2022.03.DRCL.167 du 9 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture spécial n° 39 du 10 mars 2022 et accessible au juge comme aux parties, le préfet de l'Hérault a accordé à Mme E A, nommée sous-préfète chargée de mission de secrétaire générale adjointe auprès du préfet de l'Hérault par décret du 20 octobre 2020, une délégation à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. Thierry Laurent, secrétaire général de la préfecture, " tous actes, décisions, conventions, correspondances et documents dans les limites de l'arrondissement chef-lieu ". Dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B n'était pas absent ou empêché, Mme A était donc compétente pour signer l'arrêté en litige.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".

6. L'arrêté en litige mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Ainsi, alors même qu'il n'expose pas tous les éléments relatifs à la situation individuelle de M. D, il est suffisamment motivé. Il vise les 1° et 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement duquel il a été pris et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8 et indique les éléments relatifs à la situation personnelle de M. D, notamment la circonstance que l'intéressé n'a pas procédé à la régularisation de sa situation et est connu défavorablement des services de police. Par suite, l'arrêté attaqué est suffisamment motivé.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Hérault ne se soit pas livré à un examen réel et complet de sa situation. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; (). ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de cette charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

9. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

10. En l'espèce, il ressort du procès-verbal d'audition établi le 26 février 2023 par les services de police que M. D a été informé qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement à destination de son pays d'origine et qu'il a été mis à même de présenter ses observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu, tel que protégé par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne peut qu'être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger, qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

12. A l'appui de ce moyen, M. D, célibataire sans charge de famille en France, se prévaut de ce qu'il résiderait en France depuis les années 1970. Toutefois il n'apporte aucun élément, début de commencement de preuve, permettant de penser qu'il aurait été effectivement admis à séjourner en France pendant près de 20 ans. Par suite, ses seules allégations ne permettent pas de tenir pour établie la circonstance que sa vie privée et familiale serait désormais constituée en France. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'une atteinte disproportionnée aurait été portée à son droit de mener une vie privée et familiale sur le territoire français.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : (..) 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

14. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. D le préfet de l'Hérault s'est fondé sur la circonstance que le comportement de l'intéressé présentait une menace pour l'ordre public ainsi que sur l'existence d'un risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français, du fait de son maintien sur le territoire sans avoir sollicité de titre de séjour et de l'absence de garanties de représentation. Il ressort des pièces du dossier que M. D qui déclare ne pas avoir sollicité le renouvellement d'un titre de séjour, qu'il prétendait détenir jusqu'en 2019, est dépourvu de pièces d'identité et déclare vivre dans la rue et ne présente, ainsi, pas de garantie de représentation. En outre, si M. D conteste la menace à l'ordre public que son comportement constitue, il ne nie pas avoir été interpellé par les services de police le 25 février 2023 pour des faits de " menaces avec arme " et n'apporte aucun élément sérieux permettant de remettre en cause la circonstance qu'il serait connu défavorablement des services de police. Par suite, ces deux motifs, risque de fuite et menace à l'ordre public, permettaient au préfet de l'Hérault de refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. D. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de l'Hérault aurait fait une inexacte application des dispositions précitées doit être écarté.

15. En septième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon l'article L. 612-10 du même code, pour fixer la durée de l'interdiction de retour : " l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

16. Il résulte de ces dispositions que seules des circonstances humanitaires peuvent faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour lorsque l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et que la durée de cette interdiction doit alors être fixée en prenant en compte la durée de présence en France, les liens tissés, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et la menace à l'ordre public. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, cette circonstance n'est pas retenue au nombre des motifs justifiant la durée de l'interdiction, l'autorité administrative n'est pas tenue, sous peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

17. Aucun délai de départ n'ayant été accordé à M. D, il est dans la situation, prévue par les dispositions du III de l'article L. 612-6, où l'administration assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français en l'absence de circonstances humanitaires y faisant obstacle. En l'espèce, M. D n'invoque aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une interdiction de retour. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier et eu égard à la situation de l'intéressé telle que décrite au point 14 quant à son comportement, le moyen tiré ce que le préfet de l'Hérault aurait fait une inexacte application des dispositions précitées en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans doit être écarté.

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de réexaminer sa situation doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à l'avocate de M. D la somme qu'il réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, au préfet de l'Hérault et à Me Ruiz.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 2 mars 2023

La magistrate désignée,

I. PastorLa greffière,

C. Touzet La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 2 mars 2023

La greffière,

C. Touzet

2

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