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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2301149

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2301149

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2301149
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLEAL-BERNARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 février 2023, M. D A, représenté par Me Leal-Bernard, demande au juge des référés, saisi en application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de faire cesser l'atteinte grave et manifestement illégale portée par la maire de la commune de Le Soler à la liberté fondamentale que constitue son droit d'expression dans le bulletin municipal et sur le site officiel de la commune en prononçant, à cet effet, toutes les mesures nécessaires et immédiates, et notamment :

- la suspension de la communication sur le site internet officiel de la mairie de Le Soler du magazine " So MAG. " ainsi que le retrait des exemplaires papiers actuellement

accessibles en libre-accès dans les locaux de la mairie et/ou auprès des lieux publics de diffusion de ce magazine ;

- la publication immédiate de son expression en lien direct avec le contenu du n° 1 " So MAG. " par un supplément à publier sous toute forme écrite et sur le site internet officiel ainsi que la mise en ligne sur le site officiel et distribution papier des excuses publiques présentées par la maire à ses administrés ;

2°) de condamner Mme F, maire de la commune de Le Soler à lui verser la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a intérêt et qualité pour agir en sa qualité d'élu et de membre du conseil municipal de la commune de Le Soler ; il dispose d'un droit d'expression politique dont il est privé à titre individuel et au titre de sa qualité de président du groupe de l'opposition " Le Soler Arc-en-ciel ", tant sur le site officiel de la mairie que dans le bulletin d'information municipal dont le n°1 du nouveau magazine de la commune de Le Soler, baptisé " So MAG. " sans que le conseil municipal en soit informé et sans qu'il ait été procédé à un appel à projet, a été publié le 23 janvier 2023 ;

- l'urgence de la situation est avérée dès lors qu'il ne peut, par aucun moyen, faire valoir son expression sur des supports majeurs d'expression de la démocratie locale, ni exprimer ses souhaits et/ou ses orientations pour l'année 2023 dans un délai pertinent, et/ou apporter des observations aux résultats de mi-mandat sur lesquels le magazine n°1 " So MAG. " a exclusivement ciblé sa communication ;

- il est porté une atteinte particulièrement grave à sa liberté d'expression politique en tant que conseiller municipal d'opposition ainsi qu'à la démocratie représentative locale et au caractère pluraliste des courants de pensée, sa liste ayant recueilli 39,70 % des suffrages exprimés aux dernières élections municipales ;

- cette atteinte à la liberté d'expression politique inhérente à l'exercice effective et efficace de tout mandat électif de représentation directe, est manifestement illégale dès lors que les dispositions de l'article L. 2121-27-1 du code général des collectivités territoriales et de l'article 32 du règlement intérieur du conseil municipal n'ont pas été respectées, la liberté d'expression étant au surplus garantie par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il ne peut s'agir d'une simple maladresse de la part de la maire de Le Soler qui, ayant été réélue, n'ignorait pas la règlementation en matière de communication politique ; l'effectivité de l'expression démocratique doit impérativement être concomitante au magazine N°1, dès lors que la parution du prochain magazine est prévue en avril.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Encontre, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. A, élu d'opposition au sein du conseil municipal de la commune de Le Soler, fait valoir que son groupe " Le Soler Arc-en-ciel " n'a pas été invité à s'exprimer dans l'espace réservé à l'opposition municipale dans le n°1 du bulletin d'information générale sur les réalisations et la gestion du conseil municipal " So MAG. ", publié le 23 janvier 2023 à l'occasion de la cérémonie des vœux à la population, le privant ainsi des libertés fondamentales que constituent la liberté d'expression et la liberté fondamentale d'exercice du mandat de l'élu local, en méconnaissance des stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 2121-27-1 du code général des collectivités territoriales et du règlement intérieur du conseil municipal de Le Soler. Il demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre à la maire de la commune de Le Soler de suspendre la communication sur le site internet officiel de la mairie de Le Soler du bulletin municipal ainsi que le retrait des exemplaires papiers

accessibles en libre-accès dans les locaux de la mairie et/ou auprès des lieux publics de diffusion de ce magazine et de procéder à la publication immédiate de son expression en lien direct avec le contenu du n° 1 " So MAG. " par un supplément à publier sur le site internet de la commune ainsi qu'à la mise en ligne sur ce site et distribution papier des excuses publiques présentées par la maire à ses administrés.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 dudit code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. Aux termes de l'article L. 2121-27-1 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, lorsque la commune diffuse, sous quelque forme que ce soit, un bulletin d'information générale sur les réalisations et la gestion du conseil municipal, un espace est réservé à l'expression des conseillers n'appartenant pas à la majorité municipale. Les modalités d'application de cette disposition sont définies par le règlement intérieur ".

4. Lorsque la requête est fondée sur la procédure de protection particulière du référé liberté instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il appartient au requérant de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cet article soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. À cet égard, la seule circonstance qu'une atteinte à une liberté fondamentale, portée par une mesure administrative, serait avérée n'est pas de nature à caractériser l'existence d'une situation d'urgence au sens de ces dispositions. Il appartient au juge des référés d'apprécier, au vu des éléments que lui soumet le requérant comme de l'ensemble des circonstances de l'espèce, si la condition d'urgence particulière est satisfaite, en prenant en compte la situation du requérant et les intérêts qu'il entend défendre mais aussi l'intérêt public qui s'attache à l'exécution des mesures prises par l'administration.

5. Si M. A, en sa qualité d'élu de l'opposition au sein du conseil municipal de la commune de Le Soler, invoque la liberté d'expression protégée par l'article 10 paragraphe 1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que le droit garanti à l'article L. 2121-27-1 du code général des collectivités territoriales et la liberté fondamentale d'exercice du mandat de l'élu local, il résulte des principes rappelés au point 4 que la seule circonstance que la publication, le 23 janvier 2023, du bulletin municipal n°1 " So MAG. " sans que les conseillers n'appartenant pas à la majorité municipale aient pu s'exprimer dans l'espace qui doit leur être réservé porte atteinte à ces droits et libertés n'est pas de nature à caractériser l'existence d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative qui justifierait l'édiction d'une mesure dans un délai de quarante-huit heures, en l'absence de circonstances particulières exigeant que les lecteurs du bulletin municipal en aient connaissance dans un très bref délai. En outre, il résulte de l'instruction que la maire de Le Soler a indiqué, dans le courrier du 13 février 2023 qu'elle a adressé au requérant et reçu le 17 février, que les services en charge de la parution du n° 1 de " So-MAG. " ont omis de le contacter afin de l'inviter à communiquer un texte à insérer dans le bulletin municipal, en précisant qu'elle assume l'entière responsabilité de cette erreur et en l'informant que l'espace qui lui sera réservé dans le prochain bulletin municipal devant paraître au mois d'avril sera doublé. Enfin, M. A ne soutient ni n'allègue qu'il aurait vainement demandé à la maire de Le Soler, sans attendre la diffusion du prochain bulletin municipal, la publication d'un texte en lien direct avec le contenu du n° 1 " So MAG. " paru le 23 janvier 2023 dans le cadre d'un complément ou erratum de ce bulletin.

5. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à saisir le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Il y a lieu, dès lors, en application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative de rejeter la présente requête, en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E C épouse B.

Fait à Montpellier, le 2 mars 2023.

La juge des référés,

S. ENCONTRE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 2 mars 2023

Le greffier,

D. MARTINIER

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