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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2301158

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2301158

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2301158
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er mars 2023 M. D A, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 27 février 2023 par laquelle le préfet de région Occitanie, département de la Haute-Garonne a prononcé son transfert aux autorités italiennes ainsi que son assignation à résidence ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de remise :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle méconnait l'article 4 du règlement CE du 604/2013

- il y a un risque de défaillance systémique de l'Italie dans le traitement de sa demande ;

S'agissant de la décision portant assignation à résidence :

- elle est entachée d'incompétence :

- elle est entachée d'illégalité par la voie de l'exception de l'illégalité de la décision de transfert.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mars 2023, le préfet de région Occitanie, de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu :

- la convention de Genève ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Pastor, première conseillère, pour statuer en tant que juge désigné en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 mars 2023 :

- le rapport de Mme B;

- et les observations de Me Carbonnier, substituant Me Ruffel, représentant M. A, absent à l'audience, qui reprend les conclusions et les moyens développés dans la requête et soutient en outre que la décision de remise méconnait l'article 5 du règlement CE en ce qu'il n'est pas possible d'identifier l'agent qui a mené l'entretien individuel de sorte qu'il apparait impossible de vérifier ses qualifications particulières nécessaires pour mener de tels entretiens.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né en juin 2002, a déposé une demande d'asile le 13 décembre 2022. Par arrêté du 27 février 2023 le préfet de la Haute-Garonne a prononcé son transfert aux autorités italiennes et l'a assigné à résidence. Par la présente requête, ile demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant du moyen commun aux décisions :

2. L'arrêté attaqué est signé par Mme E C, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Haute-Garonne. Par un arrêté n° 31-2023-041 du 30 janvier 2023, Mme C a reçu délégation du préfet de la Haute-Garonne à l'effet de signer, notamment, " les décisions d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant et de transfert (..) et la mise à exécution de ces décisions ". Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté de transfert et d'assignation à résidence doit donc être écarté.

En ce qui concerne l'arrêté de transfert aux autorités italiennes :

3. En vertu des dispositions de l'article 4 du règlement n° 604/2013, le demandeur d'asile doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et en tout cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue, pour le demandeur d'asile, une garantie.

4. Il ressort des pièces du dossier que le préfet a produit les copies des pages de garde du guide du demandeur d'asile, ainsi que de la brochure " A " intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de ma demande d'asile ' ", de la brochure " B " intitulée " Je suis sous procédure Dublin - Qu'est-ce-que cela signifie ' ", ainsi que du guide du demandeur d'asile, chacune en langue française, et revêtue du nom et de la signature de M. A, ainsi que de la date de l'entretien. Dans ces conditions, il y a lieu de considérer que M. A a bénéficié des brochures d'information, par écrit, dans la langue qu'il comprend et ne peut être regardé comme ayant été privé de la garantie mentionnée au point précédent. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 4 du règlement UE doit être écarté.

5. Aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. () ".

6. Aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à l'autorité administrative de mentionner l'identité et la qualité de l'agent ayant mené l'entretien prévu par les dispositions précitées de l'article 5 précité du règlement UE. La circonstance qu'il soit un agent de la préfecture lui donne la qualification nécessaire pour retranscrire par écrit les réponses faites par le demandeur de la protection internationale. Le moyen correspondant doit, par suite, être écarté.

7. L'Italie étant membre de l'Union Européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet État membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette présomption est toutefois réfragable lorsqu'il y a lieu de craindre qu'il existe des défaillances systémiques de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans l'État membre responsable, impliquant un traitement inhumain ou dégradant. Dans cette hypothèse, il appartient à l'administration d'apprécier dans chaque cas, au vu des pièces qui lui sont soumises et sous le contrôle du juge, si les conditions dans lesquelles un dossier particulier est traité par les autorités italiennes répondent à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile.

8. Les seules allégations de M. A quant aux défaillances systémiques dans le traitement des demandes d'asile par l'Italie ne permettent pas de tenir pour établi le risque que sa demande d'asile en Italie ne puisse être traitée dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Dans ces conditions les moyens invoqués tirés de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision du préfet au regard de l'article 17 du règlement 604/2013 et de la méconnaissance des articles 33 de la convention de Genève ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence pour une durée de 45 jours :

9. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision de transfert, présenté au soutien de la contestation de sa décision d'assignation à résidence, doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, ainsi que leurs conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la Haute-Garonne, préfet de région.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 2 mars 2023.

La magistrate désignée,

I. BLa greffière,

C. Touzet La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 2 mars 2023

La greffière,

C. Touzet

2

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