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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2301188

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2301188

lundi 22 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2301188
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantBAUDARD MELANIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête, enregistrée le 1er mars 2023, Mme A B, représentée par Me Baudard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2022-ETR-150 en date du 13 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour " "vie privée, vie familiale" ", lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trois mois et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour " "vie privée, vie familiale" " dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Mme B soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'un vice de procédure, en l'absence de saisine préalable de la commission de consultation préalable de la commission du titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait les articles L. 211-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration en ce qu'elle est insuffisamment motivée sur sa situation personnelle ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale, en ce qu'elle a sa famille de nationalité française en France et qu'elle prend soin de sa mère dont la maladie requiert sa présence constante.

La décision d'obligation de quitter le territoire :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- est entachée d'une erreur de droit, car son droit à un titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile fait obstacle à une telle mesure ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation familiale et des conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par décision n° 2022/013542 du 19 janvier 2023, Mme B a obtenu l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

-le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pater, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante marocaine née 26 octobre 1969, entrée sur le territoire national le 20 juillet 2022 munie d'un visa court séjour valable du 4 juillet 2022 au 1er octobre 2022, a formé, le 3 octobre 2022, une demande de titre de séjour portant la mention " "vie privée, vie familiale". Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de l'arrêté en date du 13 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. Il ressort de l'examen de l'arrêté attaqué, qu'il vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987. Il mentionne l'identité de la requérante, sa date d'entrée sur le territoire national, la durée et les conditions de son séjour en France et sa situation personnelle et familiale au Maroc. Il indique que la demande est rejetée au motif que Mme B ne remplit pas les conditions des articles L. 423-12 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en retenant des éléments précis et circonstanciés. Dans ces conditions, la décision comporte les éléments de droit et de fait sur lesquels elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté pour n'être pas fondé.

4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, arrivée très récemment sur le territoire national, le 20 juillet 2022, sous couvert d'un visa court séjour, s'y est maintenue irrégulièrement à l'expiration de ce visa et a sollicité un titre de séjour " "vie privée, vie familiale". Si elle a en France des frères et sœurs et sa mère de nationalité française, elle a vécu une partie substantielle de son existence au Maroc qu'elle a quitté à l'âge de 52 ans et où résident ses quatre enfants majeurs. Si Mme B produit une attestation de sa mère indiquant l'héberger en échange de soins, il n'est justifié par aucune pièce que l'état de santé de sa mère et l'absence de possibilité d'aide institutionnelle ou familiale imposent la présence de la requérante auprès d'elle. Dans ces circonstances, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations et des dispositions citées au point 4 doit être écarté.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ".

7. Il résulte de ce qui vient d'être dit au point 5, que la requérante n'en remplissant pas les conditions, ne peut se voir délivrer un titre de séjour au titre de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet n'avait pas à saisir la commission mentionnée à l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le moyen tiré de l'absence de consultation de la commission du titre de séjour doit être écarté.

8. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doit être rejetées.

Sur la décision d'obligation de quitter le territoire :

9. Mme B s'étant maintenue sur le territoire national à l'expiration de son visa court séjour expirant le 1er octobre 2022, le préfet a pris à son encontre une décision d'obligation de quitter le territoire sur le fondement de l'article L. 611-1 aux termes duquel : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré () s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour () ".

10. La décision portant refus de séjour n'étant, eu égard à ce qui vient d'être dit, pas entachée d'illégalité, l'exception d'illégalité soulevée par Mme B doit être écartée.

11. Pour les mêmes motifs qu'exposés au point 5, la décision portant obligation de quitter le territoire ne porte pas au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des mêmes stipulations et dispositions doit être écarté. Et pour les mêmes motifs, la décision litigieuse n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ou de ses conséquences sur sa situation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation et d'injonction du recours doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié Mme A B et au préfet de l'Hérault.

Copie en sera transmise à Me Baudard.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2023

La rapporteure,

B. Pater

Le président,

V. Rabaté

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 23 mai 2023.

Le greffier,

F. Balicki

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