jeudi 1 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2301292 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SCP DESSALCES & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 mars 2023, Mme A B, représentée par la SCP Dessalces, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiant " sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ou, subsidiairement, d'enjoindre au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de deux mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable car la notification de l'arrêté en litige est irrégulière du fait d'une adresse erronée alors qu'il n'est pas établi qu'elle aurait été régulièrement avisée de la mise en instance du courrier ;
Sur la décision portant refus de séjour :
- elle est insuffisamment motivée s'agissant notamment des motifs exceptionnels qui justifient la régularisation de son séjour ;
- elle est entachée d'un vice de procédure car le droit d'être entendu, prévu par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, n'a pas été respecté ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation étant donné ses efforts d'intégration, notamment scolaires, et sa situation privée et familiale ;
- la décision méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales puisque sa vie privée et familiale est en France ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est irrégulière par voie de conséquence de l'irrégularité entachant la décision de refus de séjour ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales puisque sa vie privée et familiale est en France et que les liens avec son pays d'origine sont fragiles.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable car l'arrêté comportait la mention des voies et délais de recours, il a été régulièrement notifié et malgré cela, la requête n'a pas été enregistrée dans le délai d'un mois prévu par l'article R. 776-2 du code de justice administrative.
- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux, qui ne s'applique pas aux Etats membres de l'Union européenne, est inopérant ;
- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lesimple, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 5 juillet 2022 le préfet de l'Hérault a refusé de délivrer à Mme B, ressortissante marocaine née en 2003, un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français. Mme B demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions a fin d'annulation du refus de séjour :
2. En premier lieu, le préfet a fait état de l'ensemble des circonstances de droit et de faits qui fondent la décision en litige, permettant à Mme B de la contester utilement. Si la requérante fait grief au préfet de ne pas avoir développé les circonstances exceptionnelles de sa situation qui justifiaient une régularisation de son séjour, elle n'en précise pas la nature alors que le préfet a détaillé les éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressée. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision serait insuffisamment motivée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré, comme en l'espèce, de la violation de l'article 41 de la charte, par une autorité d'un État membre est inopérant. En tout état de cause, s'il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union et qu'il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré, ce droit, qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.
4. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux.
5. Il résulte de ce qui précède que le préfet de l'Hérault n'était, en tout état de cause, pas tenu d'inviter expressément Mme B à présenter des observations qu'elle demeurait libre d'apporter. Au surplus, il n'est pas établi que l'appelante aurait été placée dans l'incapacité de faire évoluer son dossier initial de demande en apportant toute information qu'elle jugeait utile ni qu'elle aurait eu des éléments pertinents, susceptible d'influer sur la décision en litige, à faire valoir. Dès lors, et en tout état de cause, le droit de Mme B d'être entendue n'a pas été méconnu par le préfet.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
7. Mme B, entrée en France le 13 novembre 2020, sous couvert d'un titre de séjour étudiant valable jusqu'au 27 novembre 2020, soutient être hébergée par sa tante. Alors qu'elle n'établit pas le lien de parenté ainsi allégué, elle ne démontre pas plus l'impossibilité qu'elle allègue de rejoindre son père, résidant au Maroc, ou sa mère, résidant à Malte. Notamment, la circonstance que cette dernière ait pu être victime de violences conjugales au cours de l'année 2021 ne permet pas de conclure à la rupture de tout lien entre Mme B et ses deux parents alors même qu'il ressort des pièces du dossier que la mère de la requérante réside à Malte avec deux de ses enfants. Par ailleurs, si la requérante insiste sur son parcours scolaire en lycée français, celui-ci ne révèle pas une intégration particulière alors que la date de la décision en litige permettait à Mme B de finir l'année scolaire entamée et que rien ne s'oppose à la reprise de sa scolarité en dehors du territoire. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les dispositions et stipulations précitées ni commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire :
9. Eu égard aux éléments ci-dessus développés, le moyen tiré de l'irrégularité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, par voie de conséquence de l'irrégularité de la décision de refus de séjour, doit être écarté.
10. Par ailleurs, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 7 du présent jugement, Mme B n'établit pas avoir fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
11. Les conclusions de Mme B dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français doivent être rejetées.
12. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B à l'encontre de l'arrêté du 5 juillet 2022 pris par le préfet de l'Hérault, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de l'Hérault.
Délibéré après l'audience du 12 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Eric Souteyrand, président,
M. Nicolas Huchot, premier conseiller,
Mme Audrey Lesimple, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.
La rapporteure,
A. Lesimple Le président,
E. Souteyrand
La greffière,
M-A. Barthélémy
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 1er juin 2023.
La greffière,
M-A. Barthélémy
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026