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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2301342

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2301342

vendredi 16 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2301342
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9 mars, 21 et 24 avril 2023, M. D A B, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 mars 2023 par lequel la préfète de Vaucluse lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pendant une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre à la préfère de Vaucluse de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A B soutient que :

- les décisions sont entachées d'incompétence de leur signataire, la délégation de signature octroyée à M. G. ne respectant pas le principe de spécialité propre à la matière ;

- les décisions méconnaissent les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- les décisions sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

La requête et les mémoires ont été communiqués à la préfète de Vaucluse qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 20 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pater, rapporteur ;

- et les observations de Me Ruffel, représentant M. A B.

1. Par l'arrêté attaqué du 7 mars 2023, la préfète de Vaucluse a fait obligation à M. A B, ressortissant tunisien né le 19 novembre 1986, de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur ce territoire pendant une durée de deux ans. Par la présente requête, M. A B demande au tribunal d'annuler ledit arrêté et de procéder au réexamen de sa situation.

Sur les conclusions en annulation :

2. En premier lieu, aux termes d'un arrêté du 23 février 2022, régulièrement publié, délégation de signature a été donnée à M. G., secrétaire général de la préfecture de Vaucluse en toutes matières, " à l'effet de signer tous arrêtés, () décisions, circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de Vaucluse, () " à l'exclusion de certains d'entre eux au nombre desquels ne figurent pas les décisions contenues dans l'arrêté en litige. Compte tenu de ce que relèvent des attributions de l'Etat dans le département les décisions préfectorales en matière de police des étrangers, cet arrêté, qui ne présente pas un caractère trop général, donnait dès lors à M. C compétence pour signer l'arrêté attaqué.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

4. Si M. A B fait valoir qu'il réside de manière continue sur le territoire national depuis 5 ans dont les trois premières années en situation régulière, a deux enfants nés en France, l'un en 2018 et l'autre le 4 avril 2023, et un frère résidant en France sous couvert d'un titre de séjour régulier, il ne conteste pas ne pas avoir exécuté l'arrêté du 7 juillet 2021 pris par le préfet de Vaucluse l'ayant obligé à quitter le territoire français et ayant prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. C'est dès lors en violation de ces obligations que M. A B s'est maintenu sur le territoire français, avec sa compagne de même nationalité, elle-même en situation irrégulière et a été interpellé le 7 mars 2023 dans le cadre de la lutte contre le travail irrégulier sur un chantier. Il ressort des pièces du dossier que sa mère et plusieurs de ses frères et sœurs résident en Tunisie. Dans ces conditions, et alors qu'aucune circonstance ne fait obstacle à ce que la cellule familiale, dont les membres ont tous la nationalité tunisienne, se reconstitue hors de France, avec les deux enfants, dont l'ainé peut y poursuivre sa scolarité, M. A B n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées portent atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de ses enfants, et méconnaissent ainsi les stipulations précitées.

5. En dernier lieu, si M. A B se prévaut d'une expérience professionnelle de 5 ans sur le territoire national, soutient bénéficier d'une promesse d'embauche de son frère, être bénévole dans le milieu associatif, déclarer ses revenus, payer ses cotisations sociales, être intégré, ces éléments ne sont pas de nature, compte tenu de ce qui indiqué au point 4, à considérer qu'en prenant les décisions attaquées, la préfète de Vaucluse a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

6. Il résulte de tout ce qui précède, que la requête de M. A B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfère de Vaucluse et à Me Ruffel.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023

La rapporteure,

B. Pater

Le président,

JP Gayrard

La greffière,

G. Munoz

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 19 juin 2023.

La greffière,

G. Munoz

N°230134

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