mardi 6 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2301380 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SUMMERFIELD GABRIELLE |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 13 mars 2023, sous le n° 2301379, M. E C, représenté par Me Summerfield, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 décembre 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il pourra être renvoyé ;
2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, subsidiairement, de lui enjoindre de saisir la commission du titre de séjour et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ce règlement emportant renonciation à l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que l'arrêté litigieux :
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne prend pas en compte l'intérêt supérieur de ses enfants en violation des stipulations des articles 3-1, 24, 27 et 29 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine préalable de la commission du titre de séjour dès lors qu'il réside habituellement en France depuis plus de dix ans au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 avril 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet.
Il soutient que les moyens invoqués par M. C ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 février 2023.
II. Par une requête enregistrée le 13 mars 2023, sous le n° 2301380, et par des moyens identiques à l'instance n° 2301379, Mme G F, épouse C, représentée par Me Summerfield, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 décembre 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée ;
2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, subsidiairement, de lui enjoindre de saisir la commission du titre de séjour et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ce règlement emportant renonciation à l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 avril 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par Mme F, épouse C, ne sont pas fondés.
Mme F, épouse C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 février 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Rousseau, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes susvisées n°2101379 et 2001380 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il a y lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. M. et Mme C, nés respectivement en 1981 et 1988, de nationalité arménienne, déclarent être entrés sur le territoire français le 11 octobre 2012, dépourvus de visa, avec leurs deux enfants nés en Arménie respectivement les 14 septembre 2007 et 1er juin 2012. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 17 août 2015 et de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 20 février 2018. Le 19 octobre 2021, ils ont sollicité du préfet des Pyrénées-Orientales la délivrance d'un titre de séjour au titre de leur vie privée et familiale et au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par deux arrêtés du 30 décembre 2022, dont ils demandent l'annulation, le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de leur délivrer un titre de séjour et les a obligés à quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel ils pourront être renvoyés.
Sur les conclusions en annulation :
3. Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. Ainsi qu'il est rappelé au point 1 ci-dessus, M. et Mme C sont entrés irrégulièrement en France le 11 octobre 2012 accompagnés de leurs deux enfants mineurs et ont vu leurs demandes d'asile rejetées par l'OFPRA et la CNDA. Ils ont fait l'objet, par arrêtés du préfet des Pyrénées-Orientales du 10 mai 2017, d'un refus de séjour et d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai d'un mois auxquels ils n'ont pas déféré, de sorte que les époux C sont tous les deux en situation irrégulière. Ils ne justifient pas d'une intégration socio-économique particulière et sont pris en charge par des associations humanitaires. Ils sont par ailleurs défavorablement connus des services de police, pour avoir été condamnés, pour M. C, à une peine de trois mois d'emprisonnement délictuel par jugement du tribunal correctionnel de Perpignan du 16 mai 2018 pour des faits de faux ou usage de faux documents administratifs le 11 mars 2013, vol en réunion le 15 novembre 2013, vol en réunion le 4 janvier 2018, soustraction à l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français du 10 mai 2017 au 4 janvier 2018, et pour Mme F, à une amende avec sursis par jugement du tribunal correctionnel de Perpignan du 25 septembre 2017 pour des faits de vol commis le 30 mai 2017, puis, à une peine de 3 mois d'emprisonnement avec sursis par jugement du tribunal correctionnel de Perpignan du 16 mai 2018 pour des faits de vol en réunion commis le 4 janvier 2018 et soustraction à l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français du 10 mai 2017 au 4 janvier 2018. La circonstance que les deux enfants du couple sont scolarisés et qu'un troisième enfant est né à Perpignan le 27 janvier 2023 ne s'oppose pas à ce que la cellule familiale, dont tous les membres possèdent la nationalité arménienne, se reconstitue en Arménie où les enfants des requérants pourront poursuivre leur scolarité. Dans ces conditions, les arrêtés litigieux n'ont pas porté au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ils ont été pris et n'ont donc méconnu ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. Aux termes de l'article 3 de la convention de New York du 26 janvier 1990 sur les droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
6. Les arrêtés attaqués ne portent pas atteinte à l'intérêt supérieur des trois enfants des requérants, quand bien même deux d'entre eux sont scolarisés en France, dès lors que les mesures d'éloignement litigieuses n'ont pas pour effet de les séparer de leurs parents et qu'ils pourront poursuivre leur scolarité en Arménie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.
7. Les époux C ne peuvent utilement invoquer les stipulations du 1 de l'article 24 de la convention relative aux droits de l'enfant selon lesquelles " Les Etats parties reconnaissent le droit de l'enfant de jouir du meilleur état de santé possible et de bénéficier de services médicaux et de rééducation. Ils s'efforcent de garantir qu'aucun enfant ne soit privé du droit d'avoir accès à ces services. " dès lors qu'elles ne créent d'obligations qu'envers les Etats et ne produisent pas d'effet direct à l'égard des particuliers en droit interne ni, pour les mêmes raisons, celles du 1 de l'article 27 de cette convention aux termes desquelles "Les Etats parties reconnaissent le droit de tout enfant à un niveau de vie suffisant pour permettre son développement physique, mental, spirituel, moral et social. " et celles du 1 de l'article 29 qui stipulent que " Les Etats parties conviennent que l'éducation de l'enfant doit viser à : a) Favoriser l'épanouissement de la personnalité de l'enfant et le développement de ses dons et de ses aptitudes mentales et physiques, dans toute la mesure de leurs potentialités ; () ".
8. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. " Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".
9. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du cas des étrangers qui remplissent effectivement toutes les conditions prévues à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Or, ainsi qu'il vient d'être dit, A et Mme C ne remplissent pas les conditions leur permettant de bénéficier de plein droit d'un titre de séjour sur ce fondement. Toutefois, les dispositions précitées ne dispensent pas le préfet de saisir ladite commission lorsqu'il envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans.
10. Les époux C, qui déclarent être entrés en France le 11 octobre 2012 pour y solliciter l'asile, se prévalent d'une durée de séjour supérieure à dix ans. S'ils produisent au dossier les certificats de scolarité de leurs enfants, B et D, ainsi qu'un courrier du maire de Cabestany adressé au préfet le 21 mai 2021 indiquant que la famille C est domiciliée dans cette commune depuis le mois de décembre 2014, ces seules pièces ne suffisent pas à démontrer la réalité de leur présence habituelle en France depuis plus de dix ans à la date des décisions contestées. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet des Pyrénées-Orientales ne pouvait pas régulièrement leur refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées sans avoir préalablement consulté la commission du titre de séjour.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. et Mme C, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte et d'application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E
Article 1er : Les requêtes susvisées de M. et Mme C sont rejetées.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. E C, à Mme G F épouse C, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Summerfield.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Encontre, présidente,
Mme Teuly-Desportes, première conseillère,
M. Rousseau, premier conseiller.
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.
Le rapporteur,
M. ROUSSEAU
La présidente,
S. ENCONTRE La greffière,
L. ROCHER
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 6 juin 2023
La greffière,
L. ROCHER
N° 2301379 -
lr
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026