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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2301383

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2301383

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2301383
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantMOULIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et une pièce complémentaire enregistrées les 10 et 22 mars 2023, Mme D C, représentée par Me Moulin, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 26 septembre 2022 par laquelle la commission de médiation de l'Hérault a rejeté son recours gracieux formé contre la décision du 8 mars 2022 refusant de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande d'hébergement présentée en application du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

2°) d'enjoindre à la commission de médiation de procéder à son accueil et celui de ses enfants dans une structure d'hébergement adaptée à sa situation familiale et au handicap de sa fille ; à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de huit jours ;

3°) de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 1 200 euros au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence est caractérisée dès lors qu'elle se maintient de manière indue dans le dispositif d'hébergement d'urgence des demandeurs d'asile, depuis le rejet de sa première demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides puis la Cour nationale du droit d'asile, et que l'appartement partagé dans lequel elle vit avec ses deux filles n'est pas adapté au polyhandicap dont est atteinte sa fille cadette ; elle sollicite en vain quasi-quotidiennement le 115 depuis plusieurs mois ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que son lieu d'hébergement n'est pas adapté aux besoins de sa fille lourdement handicapée.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 mars 2023, le préfet de l'Hérault s'en remet à la sagesse du tribunal en indiquant que, par une décision notifiée le 18 janvier 2023, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a accordé la protection subsidiaire à Mme C et que, lorsqu'elle s'est prononcée sur la demande d'hébergement de l'intéressée, la commission de médiation ne disposait pas d'un certificat médical circonstancié qui lui aurait permis d'apprécier l'inadaptation du logement occupé au handicap de l'enfant.

Vu :

- la requête enregistrée le 10 mars 2023 sous le n° 2301382 par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision de la commission de médiation de l'Hérault susvisée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Encontre, vice-présidente, pour statuer sur les requêtes en référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience :

- le rapport de Mme Encontre, juge des référés,

- les observations de Me Moulin, pour la requérante, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et demande, en outre, son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

- les observations de Mme B, pour le préfet de l'Hérault.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Compte tenu de l'urgence, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire en application de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Par la présente requête, Mme C, ressortissante ukrainienne née le 12 octobre 1978, mère de deux enfants mineures dont la plus jeune est polyhandicapée, doit être regardée comme demandant au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 8 mars 2022, confirmée sur recours gracieux par décision du 26 septembre 2022, par laquelle la commission de médiation de l'Hérault a refusé de reconnaître le caractère urgent et prioritaire de sa demande d'hébergement présentée en application du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation.

3. L'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose que " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ".

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte en litige sont de nature à caractériser une urgence qui doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

5. Il résulte des pièces médicales produites par la requérante que sa seconde fille, A C, née le 7 mai 2017, souffre d'un polyhandicap résultant de l'association d'une déficience motrice, d'une déficience intellectuelle et d'une restriction extrême de l'autonomie, secondaire à un syndrome malformatif cérébral, qu'elle est suivie régulièrement dans le service de neuropédiatrie du centre hospitalier universitaire de Montpellier depuis de graves crises d'épilepsie qui ont évolué vers une tétraparésie hypotonique et dystonique et qui nécessitent un traitement médicamenteux permanent et un contrôle régulier. L'état de santé de l'enfant a conduit la cour administrative d'appel de Marseille, par un arrêt du 15 mars 2022, à annuler le jugement n° 2102195 par lequel le magistrat désigné du tribunal administratif de Montpellier avait rejeté le recours de Mme C tendant à l'annulation de l'arrêté préfectoral du 2 avril 2021 lui faisant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours. En exécution de ce même arrêt, le préfet de l'Hérault a statué à nouveau sur la situation de la requérante et lui a délivré une autorisation provisoire de séjour en qualité parent d'enfant malade. Par ailleurs, si la première demande d'asile présentée par Mme C avait été rejetée en 2021 par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile, l'office lui a accordé la protection subsidiaire par une décision du 10 janvier 2023.

6. Il résulte en outre de l'instruction que, si Mme C dispose d'un appartement partagé dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence des demandeurs d'asile (HUDA), situé en rez-de-chaussée, le rapport établi par le médecin neuropsychiatre du centre hospitalier universitaire de Montpellier le 13 janvier 2023 indique que, outre des traitements médicamenteux et un suivi régulier, sa fille A nécessite divers appareillages en raison de ses lourds handicaps, à savoir un corset siège sur socle inclinable et assise à roulettes, un verticalisateur moulé sur socle inclinable, un déambulateur, une poussette médicale spécialisée de transport, un fauteuil roulant, un siège de douche spécialisé pour enfants polyhandicapés et des attelles anti-équin pour la verticalisation. Il résulte de ce même rapport que l'appartement qu'occupe Mme C, tant par la configuration de son accès que par l'exiguïté du séjour, des chambres et de la salle de bain, rend difficiles les déplacements de l'enfant et ne permet pas l'utilisation des divers appareillages indispensables au quotidien à son état. Au vu de ces éléments, Mme C justifie d'une urgence à obtenir la suspension des décisions attaquées.

7. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que le logement qu'occupe la requérante n'est pas adapté aux handicaps dont est atteinte sa fille mineure est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées. Il y a lieu, par suite, d'en suspendre l'exécution.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. La présente ordonnance implique nécessairement que le préfet de l'Hérault saisisse la commission de médiation afin qu'elle procède au réexamen de la situation de Mme C dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision.

Sur les conclusions présentées au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées au titre des dispositions susmentionnées.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 8 mars 2022 par laquelle la commission de médiation de l'Hérault a refusé de reconnaître le caractère urgent et prioritaire de la demande d'hébergement présentée par Mme C sur le fondement du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et de la décision du 26 septembre 2022 portant rejet du recours gracieux formé contre cette décision est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de saisir la commission de médiation afin qu'elle procède au réexamen de la situation de Mme C dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D C, au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement, et à Me Moulin.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Fait à Montpellier, le 23 mars 2023.

La juge des référés

S. Encontre

La greffière,

L. Rocher

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

A Montpellier, le 23 mars 2023.

La greffière,

L. Rocher

La juge des référés,

S. Encontre

lr

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