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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2301447

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2301447

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2301447
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationVice-Président ENCONTRE
Avocat requérantBELLOULOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 mars 2023. Mme C A D et M. E A D, représentés par Me Belloulou Amara, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 décembre 2022 par laquelle la commission de médiation de l'Hérault a rejeté leur demande de logement dans le cadre des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

2°) de mettre à la charge de la commission de médiation la somme de 2 000 au tire de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la commission de médiation a méconnu les dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que leur expulsion a été prononcée par une décision judiciaire, exécutoire, avec le concours de la force publique si besoin, et ce malgré la résorption de leur dette locative et l'appel interjeté contre cette décision ; la commission a considéré à tort qu'une solution amiable au litige les opposant à leur bailleur était envisageable ; ils sont parents de trois enfants mineurs, dont l'un en situation de handicap ; leur situation financière ne leur a pas permis d'obtenir un relogement tant dans le secteur locatif public que privé, malgré leurs nombreuses recherches.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Encontre, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Encontre,

- les observations de Mme B, représentant le préfet de l'Hérault,

Considérant ce qui suit :

1. Mme et M. A D ont saisi, le 29 juin 2022, la commission de médiation du département de l'Hérault afin que leur demande de logement social soit reconnue comme prioritaire et urgente. La commission a rejeté leur demande par une décision du 6 décembre 2022 dont Mme et M. A D, par la présente requête, demandent l'annulation.

2. Aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " II. La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement sur-occupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap (). Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement. Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y'a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte des démarches précédemment effectuées. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social et qui se trouvent dans l'une des situations suivantes : () - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 () - -avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; () - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées au 2° de l'article D. 542-14 du code de la sécurité sociale, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. " Aux termes de l'article R. 822-25 du même code : " Le logement au titre duquel le droit à l'aide personnelle au logement est ouvert doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus. ".

3. La décision attaquée énonce les considérations et de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

4. Il résulte des dispositions précitées que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitat et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.

5. Il ressort des motifs de la décision attaquée que la commission de médiation de l'Hérault a relevé que M. et Mme A D n'avaient pas reçu de proposition de relogement dans un délai anormalement long de 36 mois, qu'ils étaient parents de trois enfants mineurs à charge, dont l'un en situation de handicap, et qu'ils étaient sous le coup d'une décision de justice prononçant leur expulsion en raison d'une dette locative. Toutefois, pour refuser de reconnaître à leur demande un caractère urgent, la commission a retenu qu'ils occupaient un logement d'une superficie adaptée à la composition de leur famille, que, si un commandement de quitter les lieux leur avait été délivré avec prise d'effet au 26 septembre 2022, leur dette locative était en cours de résorption et qu'à la date de sa décision le concours de la force publique n'avait pas été accordé et, enfin, que les intéressés ne justifiaient pas de démarches préalables entreprises dans le secteur public ou privé afin de résoudre leur problème de logement alors que les revenus de leur foyer étaient suffisants pour leur permettre de se reloger.

6. Si, pour contester le bien-fondé de la décision attaquée, les requérants font valoir que leurs revenus ne leur permettaient pas de trouver un logement dans le parc locatif privé et que leurs recherches d'un logement seraient restées vaines, ils ne bornent à produire, à l'appui de leurs allégations, le relevé des prestations qui leur ont été servies par la caisse d'allocations familiales de l'Hérault pour les mois de février 2022 à juillet 2022, alors qu'il ressort des bulletins de salaire de M. A D et du relevé des ressources annuelles prises en compte par la caisse d'allocations familiales, versés au dossier par le préfet de l'Hérault, que les ressources du foyer s'élevaient, en décembre 2022, à 42 323,25 euros, et ils ne justifient, en outre, d'aucune démarche entreprise auprès de bailleurs du parc locatif privé, les seules recherches de logement qu'ils démontrent avoir accomplies ayant été effectuées auprès de bailleurs sociaux, au demeurant postérieurement à l'intervention de la décision attaquée. Dès lors que les seuls éléments produits par M. et Mme A D ne sont pas de nature à établir qu'ils ne disposaient pas de ressources suffisantes pour accéder à un logement par leurs propres moyens et qu'ils ne contestent pas, par ailleurs, qu'à la date de la décision attaquée le concours de la force publique n'avait pas été accordé par le préfet de l'Hérault pour procéder à leur expulsion forcée, ils ne sont pas fondés à soutenir qu'en refusant de reconnaître un caractère urgent à leur demande de logement social, la commission de médiation de l'Hérault aurait entaché sa décision d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. et Mme A D doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que celles présentées au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, la présente instance n'ayant pas généré de dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A D, à M. E A D et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement.

Copie-en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024

La magistrate désignée,

S. Encontre

La greffière,

L. Rocher

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 10 avril 2024

La greffière,

L. Rocher

2301447

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