mardi 13 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2301487 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS MAZAS - ETCHEVERRIGARAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 mars 2023, Mme A B, représentée par Me Mazas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté du préfet de l'Hérault du 8 décembre 2022 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour au titre de son état de santé dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir ;
3°) à défaut d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la décision à intervenir ;
4°) de condamner l'Etat à payer à son conseil la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Sur les décisions de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français :
- ces décisions sont insuffisamment motivées en droit et en fait ;
- le motif de la décision de refus de séjour tenant au contenu de l'avis du collège des médecins est entaché d'une erreur de fait déterminante au regard de son droit au séjour ;
- la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du même code ;
- les décisions sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et méconnaissent les articles 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Couégnat,
- et les observations de Me Lambert, représentant Mme B.
Une note en délibéré, enregistrée le 30 mai 2022, a été présentée pour Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, de nationalité arménienne, déclare être entrée en France le 11 juin 2018. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 24 décembre 2018. Mme B a sollicité le 1er avril 2019 son admission au séjour en qualité d'étranger malade. Après avis du collège des médecins du 11 septembre 2020 considérant que l'état de santé de l'intéressée nécessitait une prise en charge médicale pour une durée de 24 mois, le préfet de l'Hérault lui a délivré une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étranger malade " valable du 9 juillet 2020 au 8 juillet 2022, dont Mme B a sollicité le renouvellement le 12 avril 2022. Par un arrêté du 8 décembre 2022, le préfet de l'Hérault a refusé le renouvellement du titre de séjour de la requérante et a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours à destination de l'Arménie. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler les décisions de refus de séjour, d'obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination contenues dans cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ". Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ;d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays ".
3. Pour rejeter la demande de renouvellement du titre de séjour " étranger malade " présentée par la requérante, le préfet s'est fondé sur la circonstance qu'aucune pièce versée au dossier ne permettait de contredire l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII° du 21 juillet 2022 qui estime que le défaut de prise en charge médicale de l'intéressée ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'au vu des éléments du dossier, son état de santé lui permettait de voyager sans risque vers son pays d'origine.
4. Il est constant que l'avis du collège des médecins de l'OFII du 21 juillet 2022 indique que l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que celle-ci peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. La requérante est par suite fondée à soutenir qu'en se fondant sur la circonstance que l'avis du collège de médecins avait estimé qu'un défaut de prise en charge ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité le préfet a entaché ce motif de sa décision d'une erreur de fait.
5. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
6. Compte tenu de ses écritures en défense le préfet doit être regardé comme faisant valoir que la décision prise est légalement motivée par la circonstance que, si le défaut de traitement est susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, Mme B peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine.
7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a bénéficié d'une greffe de rein au centre hospitalier universitaire (CHU) de Montpellier le 16 avril 2019, qualifiée en avril 2022 par son médecin spécialiste hospitalier de greffe à haut risque immunologique, qu'elle doit suivre à vie un traitement médicamenteux incluant des anti-rejets dont le " Cellcept " indiqué non substituable. Le certificat établi par son médecin spécialiste à destination de l'avis du collège des médecins de l'OFII indique qu'elle fait l'objet d'un bilan biologique mensuel et d'une consultation spécialisée au CHU de Montpellier au moins tous les trois mois. Pour justifier de la disponibilité de son traitement médicamenteux en Arménie, le préfet produit une " liste des médicaments disponibles en Arménie " où figure le Cellcept. Toutefois, et alors que ce document mentionne qu'il est " à jour au 31 mai 2020 ", la requérante produit un arrêté du ministre de la santé arménien daté du 28 juillet 2021 portant " détermination de la liste des médicaments de base " dans lequel ne figure pas le Cellcept. En outre, elle produit un certificat établi le 26 décembre 2022 évoquant l'obligation d'un suivi par des équipes très spécialisées. Si le dernier compte rendu de suivi hospitalier produit fait état de la bonne évolution à trois ans de la transplantation rénale, il évoque plusieurs épisodes infectieux, dont un en cours. Dans les circonstances particulières de l'espèce, compte tenu de la greffe dont Mme B a fait l'objet, de la nécessité attestée par son praticien hospitalier de consultations régulières dans son centre de transplantation référent, à savoir le CHU de Montpellier, et alors que le préfet ne peut être regardé comme établissant la disponibilité en Arménie du Cellcept, le motif dont le préfet de l'Hérault demande qu'il soit substitué est entaché d'une erreur d'appréciation et la demande de substitution de motif ne peut être admise.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du préfet de l'Hérault du 8 décembre 2022 refusant de renouveler le titre de séjour en qualité d'étranger malade de Mme B doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Le présent jugement, eu égard à son motif et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'un autre motif de droit ou de fait y ferait obstacle, implique nécessairement que le préfet délivre à Mme B le titre sollicité dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
10. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Mazas renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Mazas.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Hérault du 8 décembre 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de délivrer à Mme B un titre de séjour en qualité d'étranger malade dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera une somme de 1 200 euros à Me Mazas, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de l'Hérault et à Me Mazas.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Jérôme Charvin, président,
M. Hervé Verguet, premier conseiller,
Mme Michelle Couégnat, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 13 juin 2023.
La rapporteure,
M. Couégnat
Le président,
J. Charvin
La greffière,
A. Lacaze
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 13 juin 2023
La greffière,
A. Lacaze
Ls
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026