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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2301519

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2301519

mercredi 10 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2301519
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantCAUMIL-HAEGEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête et des mémoires enregistrés le 18 mars et les 21, 24 et 25 avril 2023, M. C B, représenté A Me Caumil Haegel, avocate, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 mars 2023 A lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une période d'un an.

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil sous réserve d'une renonciation expresse à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris A une autorité qui ne justifie pas de sa compétence ;

- l'arrêté méconnaît l'article 8 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français révèle un défaut d'examen de sa situation ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît le 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît l'article 6-4 de l'accord franco-algérien ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est entachée d'une erreur de fait ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision lui interdisant de retourner pendant une durée d'un an sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- la décision lui interdisant de retourner pendant une durée d'un an sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- la décision lui interdisant de retourner pendant une durée d'un an sur le territoire français révèle un défaut d'examen de sa situation ;

- la décision lui interdisant de retourner pendant une durée d'un an sur le territoire français méconnaît le 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision lui interdisant de retourner pendant une durée d'un an sur le territoire français méconnaît l'article 6-4 de l'accord franco-algérien ;

- la décision lui interdisant de retourner pendant une durée d'un an sur le territoire français est entachée d'une erreur de fait ;

- la décision lui interdisant de retourner pendant une durée d'un an sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

A un mémoire enregistré le 24 avril 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il expose que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien modifié ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné M. D dans les fonctions de magistrat chargé du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thévenet, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Caumil Haegel, avocate de M. B qui persiste dans ses moyens et conclusions.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit A le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit A la juridiction compétente ou son président. ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur la légalité de l'arrêté du 17 mars 2023 :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

3. M. B a été interpellé A les services de police et n'a pu justifier son entrée ni sa présence régulière en France où il a déclaré être présent depuis 2017. A suite, il entrait dans les cas où l'autorité administrative pouvait légalement obliger M. B à quitter le territoire français.

4. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que M. B est le père d'un enfant né le 7 avril 2022 à Perpignan (Pyrénées-Orientales). Dans le procès-verbal du 17 mars 2023, M. B a déclaré être le père de cet enfant et avoir reçu ce jour la notification du jugement du tribunal judiciaire de Perpignan du 13 mars 2023 fixant la résidence habituelle de l'enfant au domicile de la mère à Perpignan et lui accordant un droit de visite. Or, l'arrêté du 17 mars 2023 ne mentionne pas cette circonstance mais précise, au contraire, qu'il ne possède aucune attache familiale avérée sur le territoire national. Ainsi, cette omission révèle un défaut d'examen de la situation de M. B. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation de M. B doit être accueilli. A suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, l'arrêté du 17 mars 2023 doit être annulé.

Sur les frais liés au litige :

5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Caumil Haegel, avocate de M. B, renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État, sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, le versement à Me Caumil Haegel de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 17 mars 2023 est annulé.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Caumil Haegel renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Caumil Haegel, avocate de M. B, la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B A le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Caumil Haegel.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 10 mai 2023.

Le magistrat désigné,

F. D

Le greffier,

D. Martinier

La République mande et ordonne au préfet s Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 10 mai 2023.

Le greffier,

D. Martinier

N°2301519

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