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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2301526

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2301526

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2301526
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP COULOMBIE, GRAS, CRETIN, BECQUEVORT, ROSIER, SOLAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 mars 2023 et le 26 septembre 2023, Mme C D, représentée par Me Pilone, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2023 par lequel le maire de la commune de Mauguio a accordé un permis de construire modificatif à la société FDI Promotion pour la modification de la serrurerie sur les terrasses, la suppression de la pierre en façade, l'ajout de la teinte taupe en remplacement de la pierre et la modification de la modénature des clôtures ;

2°) de mettre à la charge de la société FDI Promotion la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- Elle a intérêt à agir eu égard à la création d'une noue de rétention au Nord et aux modifications des façades ;

- l'arrêté méconnait l'article UD13 du plan local d'urbanisme relatif aux espaces libres ;

- l'arrêté est illégal en ce qu'un nouveau permis de construire aurait dû être déposé en ce que l'ajoute au Nord d'une noue de rétention bouleverse le projet.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 août 2023, la commune de Mauguio, représentée par la SCP CGCB conclut :

- à titre principal, au rejet de la requête ;

- à titre subsidiaire, le cas échéant, à ce qu'il soit sursis à statuer pour la mise en œuvre de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme afin de régulariser l'éventuel vice ;

- à titre très subsidiaire, à ce qu'une annulation partielle soit prononcée ;

- en tout état de cause, à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable pour défaut d'intérêt à agir au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme au regard des simples modifications apportées par l'arrêté en litige ;

- à titre subsidiaire, les moyens ne sont pas fondés ;

- à titre très subsidiaire, si un moyen devait être retenu, sa régularisation est possible par la mise en œuvre des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire enregistré le 11 mai 2023, la société FDI Promotion, représentée par la Scp SVA, conclut :

- à titre principal, au rejet de la requête ;

- à titre subsidiaire, le cas échéant, à ce qu'il soit mis en œuvre les articles L. 600-5 et ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme afin de régulariser l'éventuel vice ;

- en tout état de cause, à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et la somme de 13 euros au titre du droit de plaidoirie sur le fondement des articles R. 723-26-1 et R. 723-26-2 du code de la sécurité sociale.

Elle soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable pour défaut d'intérêt à agir au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme au regard des simples modifications apportées par l'arrêté en litige ;

- à titre subsidiaire, les moyens ne sont pas fondés ;

- à titre très subsidiaire, si un moyen devait être retenu, sa régularisation est possible par la mise en œuvre des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les conclusions de M. Goursaud, rapporteur public ;

- les observations de Me Schneider, représentant Mme D ;

- les observations de Me Gilliocq, représentant la commune de Mauguio ;

- et les observations de Me Monflier, représentant la société FDI Promotion.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 4 mai 2018, le maire de la commune de Mauguio a accordé un permis de construire à la société Général Vendors valant permis de démolir et création d'un immeuble d'habitation collective de 16 logements sur les parcelles cadastrées section CM n°521 et 522 au 594 chemin de Peyre Blanque. Ce permis a été transféré en dernier lieu à la société FDI Promotion le 17 juillet 2020. Par un arrêté du 19 janvier 2023, le maire de la commune de Mauguio a accordé un permis de construire modificatif à la société FDI Promotion pour la modification de la serrurerie sur les terrasses, la suppression de la pierre en façade, l'ajout de la teinte taupe en remplacement de la pierre et la modification de la modénature des clôtures. Par sa requête, Mme D demande l'annulation de l'arrêté du 19 janvier 2023.

Sur l'intérêt à agir de Mme D :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. Le présent article n'est pas applicable aux décisions contestées par le pétitionnaire ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Lorsque le requérant, sans avoir contesté le permis initial ou après avoir épuisé les voies de recours contre le permis initial, ainsi devenu définitif, forme un recours contre un permis de construire modificatif, son intérêt pour agir doit être apprécié au regard de la portée des modifications apportées par le permis modificatif au projet de construction initialement autorisé. Il appartient dans tous les cas au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées, mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction ou, lorsque le contentieux porte sur un permis de construire modificatif, des modifications apportées au projet.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme D n'a pas demandé l'annulation du permis de construire initial accordé par un arrêté du 4 mai 2018, lequel est devenu définitif. Si Mme D indique en réplique disposer d'un intérêt à agir dès lors que le permis de construire modificatif attaqué prévoit la création d'une noue de rétention en partie Nord, il ressort toutefois des pièces du dossier, et en particulier de la notice hydraulique complémentaire du 20 mars 2018 communiquée en réponse à une demande de la commune, que cette noue de rétention était déjà prévue, de 254 m2 pour une capacité de 65 m3, au même emplacement.

5. Il ressort ensuite des pièces du dossier que l'implantation de l'immeuble sur la parcelle et sa configuration restent identiques, avec seulement quelques ajustements suite à l'intervention d'un plan de bornage faisant passer la surface initiale du terrain d'assiette de 1 050m2 à 1 057m2, ayant pour conséquence notamment d'augmenter la distance de retrait par rapport aux limites séparatives de quelques centimètres, de diminuer l'emprise au sol de 90 cm2 et de réduire de 2,60 m2 les espaces de pleine terre. Par ailleurs, les modifications d'une partie des clôtures d'1,80 mètres initialement composées d'un mur bahut de 60 cm surmonté d'une grillage à mailles rigides de 1,20 m par un même grillage d'1,80 mètres, l'abaissement d'un mur maçonné de 2 mètres à 1,65 mètres et la modification de certaines teintes des façades et l'ajout limité de serrurerie de type moucharabieh sur des balcons ne sont pas de nature à apporter une quelconque nuisance visuelle à Mme D dans les conditions d'occupation, de jouissance et d'exploitation de ses biens eu égard à la portée très limitée de ces modifications. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Mauguio et par la société FDI Promotion tirée de l'absence d'intérêt à agir de Mme D doit être accueillie.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la société FDI Promotion, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme D la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de Mme D le versement à la commune de Mauguio et à la société FDI Promotion d'une somme de 750 euros à chacune sur le fondement de ces mêmes dispositions.

Sur le droit de plaidoirie :

8. En application de l'article R. 652-26 du code de la sécurité sociale : " Le droit de plaidoirie prévu au premier alinéa de l'article L. 652-6 est exigible devant les juridictions administratives de droit commun et les juridictions de l'ordre judiciaire () Le droit de plaidoirie ne peut faire l'objet d'aucune dispense. " et aux termes de l'article R. 652-27 du même code : " Le droit de plaidoirie est dû à l'avocat pour chaque plaidoirie faite aux audiences dont la liste est fixée par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice. A défaut de plaidoirie, est considéré comme ayant plaidé l'avocat représentant la partie à l'audience () ". Enfin, en application des dispositions de l'article R. 652-28 de ce code : " Le montant du droit de plaidoirie est fixé à 13 euros. ".

9. La société FDI Promotion, qui a été représentée à l'audience, est fondée à demander le versement de la somme de 13 euros au titre du droit de plaidoirie.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Mme D versera la somme de 750 euros à la commune de Mauguio et la somme de 750 euros à la société FDI Promotion au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Mme D versera la somme de 13 euros à la société FDI Promotion sur le fondement de l'article L. 723-3 du code de sécurité sociale.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à Mme D, à la commune de Mauguio et à la société FDI Promotion.

Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.

Le rapporteur,

N. A

La présidente,

F. CorneloupLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 8 février 2024,

La greffière,

M. B

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