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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2301538

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2301538

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2301538
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantRAHAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 mars 2023, M. B D, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Sète, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 19 mars 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour d'une durée de dix-huit mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- le préfet a commis une erreur de droit en prenant à son encontre une obligation de quitter le territoire français alors que sa situation entre dans le champ des dispositions de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant l'Algérie comme pays de renvoi est insuffisamment motivée ;

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision fixant le pays de destination ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article

L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant l'Algérie comme pays de renvoi ;

- la décision portant interdiction de retour est insuffisamment motivée ;

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision portant interdiction de retour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E ;

- et les observations de Me Rahal, représentant M. D, assisté de M. A C, interprète.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né le 3 avril 1992, entré irrégulièrement sur le territoire français, le 18 mars 2023 selon ses déclarations, demande l'annulation, pour excès de pouvoir, de l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 19 mars 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour d'une durée de dix-huit mois.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, l'arrêté contesté fait référence aux 1° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que M. D est entré irrégulièrement sur le territoire français et qu'ayant été placé en garde à vue le 19 mars 2023 pour des faits de cambriolage, son comportement représente une menace pour l'ordre public. Ces indications qui ne sont pas stéréotypées ont permis au requérant de comprendre et de contester la mesure d'éloignement prise à son encontre. L'arrêté contesté est ainsi suffisamment motivé en droit et en fait. La régularité de cette motivation ne dépend pas du bien-fondé des motifs exposés.

4. En second lieu, les stipulations de l'article 31-2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impliquent nécessairement que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit autorisé à demeurer provisoirement sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Dès lors, lorsqu'en application des stipulations des conventions internationales conclues avec les Etats membres de l'Union européenne, l'examen de la demande d'asile d'un étranger ne relève pas de la compétence des autorités françaises mais de celles de l'un de ces Etats, la situation du demandeur d'asile n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais dans celui des dispositions du premier alinéa de l'article L. 572-1 du même code. En vertu de ces dispositions, " l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. ".

5. M. D se borne à affirmer qu'il a présenté une demande d'asile en Allemagne. Toutefois il n'apporte aucun élément probant à l'appui de ses allégations. Dès lors que M. D avait indiqué l'Etat membre dans lequel il aurait déposé une demande de protection internationale, le préfet des Pyrénées-Orientales n'était pas tenu de vérifier, en vertu des dispositions du a) du point 1 de l'article 17 du règlement (UE) n°603 /2013, s'il avait auparavant introduit une demande de protection internationale en entrant dans le système central les données dactyloscopiques relatives aux empreintes digitales de l'intéressé. Il suit de là que M. D n'est pas fondé à soutenir qu'il entrait dans le champ des dispositions du premier alinéa de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant, qui n'a pas manifesté l'intention de présenter une telle demande sur le territoire français, où il est entré irrégulièrement, entrait dans le champ d'application des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et pouvait ainsi légalement faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui a été exposé aux points 3 à 5 que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

7. En deuxième lieu, l'arrêté contesté fait référence aux dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permettent à l'autorité administrative de désigner comme pays de renvoi le pays dont l'étranger a la nationalité et mentionne que M. D a la nationalité algérienne. Il indique en outre que le requérant ne justifie pas être exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. Ces indications ont permis au requérant de comprendre et de contester la décision fixant le pays de destination. Cette décision est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Pour l'application des stipulations et des dispositions précitées, il appartient à l'autorité administrative de s'assurer que la décision fixant le pays de renvoi d'un étranger ne l'expose pas à des risques sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique, non plus qu'à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. M. D se borne à faire valoir, en des termes généraux, des craintes en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois il n'apporte aucun élément démontrant, en cas de retour en Algérie dans sa région d'origine, la réalité des risques qu'il allègue. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de l'interdiction de retour :

10. Il résulte de ce qui a été exposé du point 3 au point 9 que le moyen, tiré par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondé.

11. Contrairement à ce que soutient le requérant, la décision portant interdiction de retour comporte l'énoncé des considérations de droit ou de fait qui en constituent le fondement. Elle est ainsi suffisamment motivée.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 19 mars 2023.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.

Le magistrat désigné,

Signé :

H. ELe greffier,

Signé :

D. Martinier

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 23 mars 2023

Le greffier,

D. Martinier

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