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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2301595

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2301595

lundi 19 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2301595
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantROSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête et un mémoire, enregistrés les 21 mars et 31 mai 2023, M. B A, représenté par Me Rosé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2020-340-980 du 13 décembre 2022, par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou la mention " vie privée, vie familiale ", subsidiairement de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois au besoin sous astreinte, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

L'arrêté est entaché du vice d'incompétence de son signataire ;

La décision de refus de titre de séjour :

- ne résulte pas d'un examen particulier de sa situation ;

- est entachée d'une erreur de droit ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa vie privée et familiale protégée par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de motivation en droit et en fait ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision précédente ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

La décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité des décisions précédentes ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision précédente ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mai 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une décision du 23 février 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pater, rapporteur ;

- et les observations de Me Rosé, représentant M. A.

1. M. A, ressortissant guinéen, déclarant être entré sur le territoire national en décembre 2017, a présenté, le 21 septembre 2020, une demande de titre de séjour. Par un arrêté du 2 juin 2021, le préfet de l'Hérault a rejeté cette demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par jugement du tribunal administratif de Toulouse en date du 21 octobre 2021 confirmé par arrêt de la cour administrative d'appel de Toulouse en date du 18 octobre 2022, le recours formé par M. A à l'encontre de l'arrêté préfectoral du 2 juin 2021 a été rejeté. M. A s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire national et a déposé le 12 septembre 2022, une nouvelle demande de titre de séjour. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté n° 2020-340-980 du 13 décembre 2022, par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an.

Sur le moyen commun :

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. Poisot, secrétaire général de la préfecture de l'Hérault en vertu d'une délégation qui lui a été consentie à cet effet par l'arrêté du préfet de l'Hérault n° 2022-09 DRCL.0357 du 14 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 126 du 14 septembre 2022. Par suite le moyen tiré du vice d'incompétence dont serait entaché l'arrêté en litige doit être écarté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, les dispositions des articles R. 113-5 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, selon lesquels notamment un passeport en cours de validité permet de justifier de l'état civil, ne sont pas applicables aux demandes de séjour, conformément aux prévisions de l'article R. 113-9, 4° de ce code.

4. Il ressort des termes de la décision attaquée, qu'au soutien de sa demande de titre de séjour faite le 12 septembre 2022, le requérant a produit devant le préfet le jugement supplétif d'acte de naissance qui avait été jugé faux par jugement définitif du tribunal correctionnel de Montpellier le 21 août 2019, condamnant le requérant pour des faits de détention d'un faux jugement supplétif d'acte de naissance indiquant une naissance au 22 août 2001, et sa transcription au registre des naissances. Si le requérant reproche au préfet, pour rejeter sa demande de titre de séjour, de s'être notamment fondé sur l'absence de tout documents officiels confirmant sa date de naissance au 22 août 2001 alors qu'un nouveau passeport délivré en novembre 2022 et une carte d'identité consulaire délivrée le 31 mars 2021 lui avaient été communiqués, le préfet conteste avoir reçu lesdits documents et l'accusé réception illisible produit au dossier n'établit pas le contraire. En tout état de cause, un passeport et une carte d'identité consulaire ne constituent pas des actes d'état civil et il n'est pas allégué qu'ils auraient été obtenus sur la base d'autres documents que ceux produits devant le juge correctionnel, dont les constatations de fait s'imposent au juge administratif. Dans ces conditions, le moyen tiré d'un défaut d'examen particulier de sa situation, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

6. Si M. A reproche au préfet de l'Hérault de s'être cru lié par l'absence de visa de long séjour alors que la demande de titre en qualité de salarié a été faite sur le fondement de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort des termes mêmes de l'arrêté que le préfet s'est également fondé sur le fait qu'une promesse d'embauche ne peut être considérée comme un motif exceptionnel d'admission au séjour. Dans ces circonstances, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. En retenant l'incertitude quant à la date d'entrée sur le territoire national en l'absence de visa, la condamnation définitive dont il a fait l'objet par le tribunal correctionnel le 21 août 2019 mettant en cause l'identité qu'il déclare et ainsi par voie de conséquences les conditions de sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance, et la promesse d'embauche en qualité de manœuvre dont il se prévalait, le moyen invoqué par le requérant et tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, notamment de l'ancienneté de sa présence en France, de son expérience professionnelle ainsi que de ses qualifications, au regard des dispositions de l'article L.435-1 citées au point 5, doit être écarté pour n'être pas fondé.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A, selon ses déclarations, n'est entré en France qu'en décembre 2017 et s'il allègue, sans l'établir, n'avoir plus de famille dans son pays d'origine, il ne fait valoir l'existence en France d'aucun lien particulier tant familial que personnel. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de justice administrative et porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 précité, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que précédemment, nonobstant la démonstration par les nombreuses attestations versées au dossier de sa volonté d'intégration, le moyen invoqué par M. A tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa vie privée et familiale, au regard des dispositions de l'article L. 423-23 précité, doit être écarté pour n'être pas fondé.

11. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions en annulation de la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

12. La décision obligeant M. A à quitter le territoire national a été prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux termes desquels : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents (). " Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

13. En premier lieu, il résulte de ce qui est dit au point 11, que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour.

14. En deuxième lieu, la décision attaquée indique être fondée sur les dispositions de l'article L.611-1, 3° précitées et rappelle que M. A est en situation irrégulière pour ne pas avoir exécuté une précédente décision préfectorale du 2 juin 2021 lui refusant le bénéfice d'un titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire, confirmée par arrêt de la cour administrative d'appel de Toulouse en date du 18 octobre 2022 à la suite d'un jugement du tribunal administratif de Toulouse en date du 21 octobre 2021. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté pour manquer en fait.

15. En dernier lieu, compte tenu de ce que la date de naissance de M. A le 21 août 2021 n'est pas établie, en considérant qu'il ne démontre pas être dans l'impossibilité de regagner son pays d'origine ou il a vécu une grande partie de sa vie et où il ne justifie pas être isolé, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation quant à aux conséquences de la mesure d'éloignement sur sa situation personnelle.

16. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions en annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire, doivent être rejetées.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

17. La décision portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire n'étant, eu égard à ce qui vient d'être dit, pas entachées d'illégalité, l'exception d'illégalité soulevée par M. A à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi devra être écartée. Les conclusions tendant à son annulation doivent par suite être rejetées.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

18. Aux termes de l'article L.612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français.

Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L.612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

19. En l'espèce, le préfet a retenu l'absence de circonstances humanitaires et fixé à un an la durée pendant laquelle M. A ne peut revenir sur le territoire national. Compte tenu de la durée de présence en France du requérant, de l'absence de liens sur le territoire national dont il pourrait se prévaloir, de la précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre, le préfet de l'Hérault a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois, alors même que l'intéressé ne constituerait pas une menace pour l'ordre public.

20. Il résulte de tout ce qui précède, que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet de l'Hérault.

Copie en sera délivrée à Me Rosé.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2013, à laquelle siégeaient :

M. Besle, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2023

La rapporteure,

B. Pater

Le président,

D. Besle

Le greffier,

S. Sangaré

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 20 juin 2023

Le greffier,

S. Sangaré

gm

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