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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2301620

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2301620

vendredi 14 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2301620
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP COULOMBIE, GRAS, CRETIN, BECQUEVORT, ROSIER, SOLAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mars 2023, l'association des riverains des quatre boulevards, Mme K F, Mme C A, M. H E, Mme I D et M. B J, représentés par Me Pion Riccio, demandent au tribunal :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution des arrêtés du maire de Montpellier des 23 janvier et 6 février 2023 portant réglementation de la circulation ;

2°) de condamner la commune de Montpellier à leur verser à chacun la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'urgence est caractérisée dès lors que l'exécution des arrêtés contestés entraine une augmentation considérable de la circulation des véhicules sur les quatre boulevards Rabelais, Vieussens, d'Orient et Berthelot et donc la dégradation des conditions de vie au quotidien des riverains : perturbation du sommeil, nuisances sonores, gaz d'échappement, risques pour la santé, insécurité des pistes cyclables et des traversées des voies, difficultés d'accès au domicile, agressivité des automobilistes ;

- il existe plusieurs moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité des arrêtés contestés : ceux-ci sont insuffisamment motivés, en violation des dispositions des articles L. 2213-1 à L. 2213-6 du code général des collectivités territoriales ; ils sont entachés d'un vice de procédure, en l'absence de réalisation d'étude préalable, dès lors qu'ils constituent en réalité un nouveau plan de mobilité, lequel est régi par les dispositions des articles L. 1214-14 et suivants du code des transports ; ils méconnaissent les dispositions de l'article 1er de la charte de l'environnement relatives au droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé compte tenu du report massif de la circulation des véhicules dans le centre-ville de Montpellier sur les quatre boulevards ; en adoptant les arrêtés litigieux sans avoir réalisé aucune étude d'impact ni aucune évaluation de l'incidence sur la qualité de l'air, le maire de Montpellier a manifestement méconnu les dispositions de l'article L. 220-1 du code de l'environnement ainsi que de l'article L. 1214-8 du code des transports ; ils méconnaissent manifestement les objectifs et orientations fixées par le schéma de cohérence territoriale (SCoT) de la Métropole de Montpellier ; ils sont entachés d'une erreur d'appréciation dès lors, d'une part, qu'en l'absence de tout commencement d'exécution des travaux sur cette avenue, la fermeture à la circulation de l'avenue Albert Dubout n'est pas justifiée et entraîne un report de 15 000 véhicules par jour, et, d'autre part, que les profils des voies des quatre boulevards ne sont pas adaptés à une circulation à double sens ; ils entrainent une rupture d'égalité devant les charges publiques ; en adoptant des arrêtés de circulation isolés sur la base des dispositions des articles L. 2213-1 et suivants du code général des collectivités territoriales en lieu et place de l'élaboration d'un plan de mobilité dans les conditions fixées par les articles L. 1214-14 et suivants du code des transports, le maire a commis un détournement de procédure.

Par un mémoire enregistré le 12 avril 2023, la commune de Montpellier, représentée par la SCP CGCB et Associés, conclut au rejet de la requête et à la condamnation solidaire des requérants à lui verser la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- l'urgence à suspendre les arrêtés contestés n'est pas établie ;

- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des arrêtés contestés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la charte de l'environnement ;

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des transports ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Jérôme Charvin, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 avril 2023 :

- le rapport de M. G,

- les observations de Me Pion Riccio, représentant les requérants, qui maintient ses conclusions et moyens, et soutient en outre que les dispositions de l'article L. 1214-6 du code des transports ont été méconnues dès lors que les arrêtés contestés méconnaissent les dispositions du plan de déplacement urbain ;

- et les observations de Me Rosier, représentant la commune de Montpellier, qui maintient ses écritures.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par deux arrêtés des 23 janvier 2023 et 6 février 2023, le maire de Montpellier a réglementé la circulation sur le boulevard Rabelais et le boulevard d'Orient, du 1er février 2023 jusqu'au 1er janvier 2024, et sur le boulevard de Strasbourg et le boulevard d'Orient, du 18 janvier 2023 au 31 mars 2024, en instaurant notamment une circulation à double sens sur une partie de ces boulevards. L'association des riverains des quatre boulevards, Mme F, Mme A, M. E, Mme D et M. J demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de ces deux arrêtés.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. Pour contester les arrêtés du maire de Montpellier des 23 janvier et 6 février 2023, les requérants soutiennent qu'ils sont insuffisamment motivés, en violation des dispositions des articles L. 2213-1 à L. 2213-6 du code général des collectivités territoriales, qu'ils sont entachés d'un vice de procédure, en l'absence de réalisation d'étude préalable, dès lors qu'ils constituent en réalité un nouveau plan de mobilité, lequel est régi par les dispositions des articles L. 1214-14 et suivants du code des transports, qu'ils méconnaissent les dispositions de l'article 1er de la charte de l'environnement relatives au droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé compte tenu du report massif de la circulation des véhicules dans le centre-ville de Montpellier sur les quatre boulevards, qu'en l'absence d'étude d'impact ou d'évaluation de l'incidence sur la qualité de l'air, le maire de Montpellier a méconnu les dispositions de l'article L. 220-1 du code de l'environnement et de l'article L. 1214-8 du code des transports, que les arrêtés contestés méconnaissent les dispositions du plan de déplacement urbain, en violation des dispositions de l'article L. 1214-6 du code des transports, qu'ils méconnaissent les objectifs et orientations fixées par le schéma de cohérence territoriale de la Métropole de Montpellier, qu'ils sont entachés d'une erreur d'appréciation dès lors, d'une part, qu'en l'absence de tout commencement d'exécution des travaux sur cette avenue, la fermeture à la circulation de l'avenue Albert Dubout n'est pas justifiée et entraîne un report de 15 000 véhicules par jour, et, d'autre part, que les profils des voies des quatre boulevards ne sont pas adaptés à une circulation à double sens, qu'ils entraînent une rupture d'égalité devant les charges publiques et, enfin, qu'en adoptant des arrêtés de circulation isolés sur la base des dispositions des articles L. 2213-1 et suivants du code général des collectivités territoriales en lieu et place de l'élaboration d'un plan de mobilité dans les conditions fixées par les articles L. 1214-14 et suivants du code des transports, le maire a commis un détournement de procédure.

4. Toutefois, et dès lors, notamment, qu'il ne résulte pas de l'instruction que les arrêtés contestés, portant réglementation de la circulation sur les voies qu'ils visent, constitueraient un nouveau plan de mobilité, s'inscriraient dans le cadre d'un tel plan ou se substitueraient au plan de déplacement urbain existant, dont le terme était fixé à l'année 2020, aucun des moyens ainsi soulevés n'est propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées. Par suite, l'une des conditions posées par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas remplie, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin de suspension présentées par les requérants, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition tenant à l'urgence.

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Montpellier, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance de référé, la somme demandée par les requérants au titre des frais non compris dans les dépens qu'ils ont exposés. Dans les circonstances de l'espèce il y a également lieu de rejeter les conclusions présentées sur ce même fondement par la commune de Montpellier.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête susvisée est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Montpellier sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association des riverains des quatre boulevards, première dénommée pour l'ensemble des requérants, et à la commune de Montpellier.

Fait à Montpellier, le 14 avril 2023.

Le juge des référés,

J. G

La greffière,

A. Lacaze

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 14 avril 2023

La greffière,

A. Lacaze

N°2301620

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