mardi 4 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2301651 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | DE GUARDIA-DEPONTE CYRIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 23 mars et 10 mai 2023, Mme E C B, représentée par Me de Guardia de Ponte, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 février 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté sa demande de titre de séjour, a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiante dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision sous astreinte journalière de 100 euros ; subsidiairement, de lui enjoindre de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros à verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué n'est pas démontrée ;
- la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'administration ne saurait porter une appréciation pédagogique sur son projet d'études, en l'absence de tout principe de sélection à l'entrée de l'université française ;
- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation quant au caractère sérieux des études ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire est insuffisamment motivée
- est illégale au regard de l'article 7-2 de la directive 2008/115/CE dès lors que le délai de départ qui lui a été accordé est inapproprié à sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 7 avril 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B, ressortissante comorienne née en 1993, est entrée en France le 8 novembre 2018 munie de son passeport revêtu d'un visa et a bénéficié, à compter de cette date, d'un titre de séjour en qualité d'étudiante, renouvelé jusqu'au 9 décembre 2022. Le 18 octobre 2022, Mme C B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 27 février 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer le titre sollicité et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Par la présente requête, Mme C B demande l'annulation de cet arrêté.
2. Par un arrêté n° PREF/SCPPAT/2022353-0003 du 19 décembre 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales a accordé à M. Yohann Marcon, secrétaire général de la préfecture des Pyrénées-Orientales, une délégation à l'effet de signer, " tous actes, arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département des Pyrénées-Orientales (), à l'exception, d'une part des réquisitions de la force armée et, d'autre part, des arrêtées portant élévation de conflit () ". Cette délégation de signature habilitait ainsi M. A à signer l'arrêté portant refus de séjour, avec obligation de quitter le territoire français, pris à D de Mme C B. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
En ce qui concerne le refus de séjour :
3. D'une part, Mme C B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article 14 de la loi du 26 janvier 1984 sur l'enseignement supérieur codifié à l'article L. 612-3 du code de l'éducation, ni de celles du décret du 13 mai 1971 modifié par le décret du 31 décembre 1981 et du principe d'autonomie administrative des universités dès lors que la décision contestée n'a pas pour objet de statuer sur l'accès d'un étudiant à une formation d'enseignement supérieur mais sur la délivrance à un ressortissant étranger d'un titre de séjour en qualité d'étudiant.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour présentée en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies.
5. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser à Mme C B le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiante, le préfet des Pyrénées-Orientales a notamment relevé que, durant ses quatre années d'études universitaires, elle n'avait validé qu'une seule année de formation, ayant été ajournée à deux reprises, en 2018-2019 et 2019-2020, en 3ème année de licence en droit, économie, gestion, mention " droit " et au diplôme universitaire langue européenne B1 espagnol en 2021-2022, que ses relevés de notes faisaient apparaître un manque de travail sérieux et que son inscription au titre de l'année 2022-2023 en première année de mastère européen " management des ressources humaines " dans une école de commerce qui dispense des formations à distance ne justifiait pas qu'elle se maintienne sur le territoire français, l'intéressée pouvant solliciter la délivrance d'un visa " étudiant-concours " pour se présenter aux examens. Si Mme C B fait valoir que son état de santé est à l'origine de ses échecs, les pièces médicales qu'elle produit ne permettent pas de démontrer qu'elle aurait été dans l'impossibilité d'assister à ses cours, le certificat médical du 21 novembre 2018 qu'elle produit ne comportant pas d'indication de durée d'absence et la fiche individuelle de l'hôpital Saint-Jean du 17 décembre 2018 indiquant seulement plusieurs rendez-vous pour les mois de novembre et décembre 2018. Par ailleurs, si la requérante soutient que le préfet des Pyrénées-Orientales a considéré à tort qu'elle ne démontrait pas suivre un enseignement en présentiel en produisant au dossier un certificat de scolarité à l'université de Perpignan pour l'année 2021-2022, son inscription, à nouveau, au diplôme universitaire langue européenne B1 espagnol, au surplus pour un total annuel de 50 heures de cours seulement, n'est pas de nature à remettre en cause l'absence d'une progression suffisante et donc du caractère réel et sérieux dans ses études. Par suite, le préfet des Pyrénées-Orientales n'a pas commis d'erreur de droit, d'erreur de fait ou d'erreur d'appréciation en refusant de renouveler le titre de séjour " étudiant " de Mme C B.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
6. D'une part, l'absence d'illégalité entachant le refus de séjour, Mme C B n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale.
7. D'autre part, la décision portant refus de séjour énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et satisfait ainsi aux exigences des articles L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. L'arrêté vise les articles L. 611-1 et L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la décision portant obligation de quitter le territoire français, prise concomitamment à la décision portant refus de séjour, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne le délai de départ volontaire de trente jours :
8. Aux termes de l'article 7 de la directive 2008/1l5/CE ci-dessus visée : " 1. La décision de retour prévoit un délai approprié allant de sept à trente jours pour le départ volontaire, sans préjudice des exceptions visées aux paragraphes 2 et 4. Les États membres peuvent prévoir dans leur législation nationale que ce délai n'est accordé qu'à la suite d'une demande du ressortissant concerné d'un pays tiers. Dans ce cas, les États membres informent les ressortissants concernés de pays tiers de la possibilité de présenter une telle demande. / Le délai prévu au premier alinéa n'exclut pas la possibilité, pour les ressortissants concernés de pays tiers, de partir plus tôt. / 2. Si nécessaire, les États membres prolongent le délai de départ volontaire d'une durée appropriée, en tenant compte des circonstances propres à chaque cas, telles que la durée de séjour, l'existence d'enfants scolarisés et d'autres liens familiaux et sociaux. () ". Aux termes du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour satisfaire à l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français, l'étranger dispose d'un délai de trente jours à compter de sa notification pour rejoindre le pays dont il possède la nationalité () L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. ".
9. Il résulte des termes mêmes des dispositions précitées des paragraphes 1 et 2 de l'article 7 de la directive 2008/l15/CE du 16 décembre 2008 qu'une décision de retour doit indiquer le délai, approprié à chaque situation, dont dispose le ressortissant d'un pays tiers pour quitter volontairement le territoire national, sans que ce délai puisse être inférieur à sept jours, sauf dans les cas prévus au paragraphe 4 du même article, ni être supérieur à trente jours, à moins que des circonstances propres à la situation de l'étranger ne rendent nécessaire une prolongation de ce délai, comme le prévoit le paragraphe 2 du même article. L'allongement du délai de départ volontaire au-delà d'une durée de trente jours correspond à une situation d'exception. Les dispositions du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient que l'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas, ne sont donc pas incompatibles avec les objectifs de l'article 7 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008.
10. Dès lors que le délai de trente jours accordé à un étranger pour exécuter une obligation de quitter le territoire français constitue un délai équivalent au délai de droit commun le plus long susceptible d'être accordé en application des dispositions précitées de l'article 7 de la directive du 16 décembre 2008, l'absence de prolongation de ce délai n'a pas à faire l'objet d'une motivation spécifique, distincte de celle du principe même de ladite obligation, à moins que l'étranger ait expressément demandé le bénéfice d'une telle prolongation ou justifie d'éléments suffisamment précis sur sa situation personnelle, susceptibles de rendre nécessaire, au sens desdites dispositions de l'article 7, une telle prolongation. Or en l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C B aurait demandé au préfet à bénéficier d'une prolongation du délai accordé pour exécuter volontairement l'obligation de quitter le territoire français et l'intéressée ne fait état d'aucune circonstance permettant d'établir que le préfet aurait dû, sur le fondement des articles 7 et 14 de la directive du 16 décembre 2008, accorder à la requérante un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Ainsi, le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C B tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 février 2023 du préfet des Pyrénées-Orientales doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C B et au préfet des Pyrénées-Orientales.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Sabine Encontre, présidente,
Mme Delphine Teuly-Desportes, première conseillère,
M. Marc Rousseau, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.
La présidente-rapporteure,
S. D
L'assesseure la plus ancienne,
D. Teuly-Desportes
La greffière,
C. Arce
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 4 juillet 2023
La greffière,
C. Arce lr
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026