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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2301676

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2301676

mercredi 21 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2301676
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mars 2023, M. A C, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il pourra être renvoyé ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir et, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai de deux mois et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation à l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que l'arrêté en litige :

- est affecté d'un vice d'incompétence compte tenu de la délégation trop générale accordé à M. B ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de 1'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de 1'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'illégalité au regard des risques qu'il encourt en cas de retour en Albanie compte tenu des menaces actuelles à son égard de la part de la famille du défunt mari de son épouse.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 mai 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de 1'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousseau, premier conseiller,

- et les observations de Me Brulé, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, né le 23 mars 1971, de nationalité albanaise, déclare être entré en France le 25 août 2017 sous couvert de son passeport biométrique accompagné de son épouse et leur fils mineur. La demande d'asile qu'il a présentée a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 21 novembre 2017, décision confirmée par la cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 27 février 2018. Par un arrêté du 5 juillet 2018, le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement. La légalité de cette décision a été reconnue par un jugement du magistrat désigné de ce tribunal du 12 septembre 2018 et confirmée par un arrêt de la cour administrative d'appel de Marseille n° 19MA00195 du 27 décembre 2019. La demande de réexamen présentée par le requérant au titre de l'asile a été déclarée irrecevable par l'OFPRA le 11 décembre 2018, décision confirmée par la CNDA le 12 février 2019. Le 1er décembre 2022, M. C a sollicité du préfet de l'Hérault la délivrance d'un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 13 décembre 2022, le préfet de l'Hérault a refusé de lui accorder le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions en annulation :

2. L'arrêté attaqué est signé, pour le préfet de l'Hérault, par M. Frédéric Poisot. Par un arrêté n° 2022-09-DRCL-0357 du 14 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 126 du 14 septembre 2022, accessible au juge et aux parties, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture, aux fins de signer notamment tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Compte tenu de sa précision et des exceptions qu'elle prévoit, cette délégation n'est pas d'une portée trop générale. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ;() ".

4. M. C se prévaut de la durée de son séjour en France, supérieure à cinq ans, avec son épouse et leur fils lequel, désormais majeur, réside en Allemagne avec son frère aîné. Il précise ne plus avoir d'attaches familiales en Albanie et soutient être bien intégré en France au regard de son implication dans les actions de bénévolat qu'il mène au sein de la société de Saint-Vincent de Paul, des cours de français qu'il suit auprès du secours catholique et qu'il remplit ses obligations déclaratives vis-à-vis de l'administration fiscale. Toutefois, et comme rappelé au point 1, M. C a fait l'objet d'un rejet définitif de sa demande d'asile, d'une obligation de quitter le territoire français dont la légalité a été confirmée par décisions de ce tribunal et par la juridiction d'appel. Son épouse, de même nationalité, est également en situation irrégulière et leurs deux enfants, majeurs, ne sont plus à charge. M. C ne justifie pas, comme il l'allègue, d'une résidence continue sur le territoire français sur une durée supérieure à cinq ans, à défaut d'en apporter la preuve au dossier et, hormis l'activité de bénévolat qu'il exerce depuis mars 2019 au sein de la société Saint-Vincent de Paul, il ne justifie pas d'une insertion socio-professionnelle particulière ni être privé de tout lien dans son pays d'origine. Ainsi, il n'existe pas d'obstacle à ce que M. C et son épouse regagnent l'Albanie pour y reconstituer leur vie privée et familiale. Dans ces conditions, l'arrêté litigieux n'a pas porté au droit du requérant au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n'a donc méconnu ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".

6. Compte tenu de ce qui vient d'être exposé au point 4, le préfet de l'Hérault n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'admission au séjour de M. C ne répondait pas, par les éléments qu'il faisait valoir, à des considérations humanitaires et n'était pas davantage justifiée au regard de motifs exceptionnels. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

7. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

8. M. C soutient qu'il encourt, ainsi que son épouse, des risques en cas de retour en Albanie en raison des représailles de la famille de l'ex-conjoint de son épouse, laquelle, au cours d'une violente altercation au mois de janvier 2000 avec celui-ci et après avoir été rouée de coup et blessée par balle à la main, l'a tué et que les menaces de la famille de son défunt mari sont toujours d'actualité dès lors que la tentative de conciliation menée en 2014 a échoué. Toutefois, le requérant, en dehors de son récit et de son recours devant l'OFPRA et la CNDA, n'apporte aucun élément probant au soutien de ses allégations et sa demande de réexamen a été rejetée pour irrecevabilité par l'OFPRA le 11 décembre 2018, décision confirmée par la CNDA le 12 février 2019. Par suite, le requérant, qui n'apporte pas d'éléments nouveaux, ne démontre ni la réalité du risque qu'il invoque, ni l'impossibilité dans laquelle se trouveraient les autorités albanaises de le protéger contre le risque allégué. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'illégalité en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées, doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et à fin d'application des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 doivent conséquemment être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A C, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

Mme Teuly-Desportes, première conseillère,

M. Rousseau, premier conseiller,

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 21 juin 2023.

Le rapporteur,

M. ROUSSEAU

La présidente,

S. ENCONTRE La greffière,

C. ARCE

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 21 juin 2023

La greffière,

C. ARCE

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