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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2301808

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2301808

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2301808
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mars 2023, M. E A D, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 5 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour en qualité d'étranger malade et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer le titre de séjour sollicité ; à défaut, de procéder au réexamen de sa demande et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation à l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- sans travail et sans ressource, il ne peut se payer l'assurance maladie obligatoire et le RAMed ne permet pas non plus sa prise en charge médicale, ce qu'avait reconnu le préfet jusqu'à présent en lui délivrant un titre de séjour pour la période du 11 mars 2021 au 31 mai 2022 ;

- la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour " étranger malade " est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son état de santé s'est dégradé depuis la délivrance de son dernier titre de séjour et qu'il lui est impossible de bénéficier d'un traitement approprié au Maroc.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A D ne sont pas fondés.

M. A D a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B ;

- et les observations de Me Barbaroux, représentant M. A D.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant marocain né le 4 mai 1987, est entré en France le 17 mai 2017 muni d'un visa D " travailleur saisonnier ". Une première carte de séjour lui a été délivrée le 21 novembre 2017 en qualité de travailleur saisonnier valable du 12 octobre 2017 au 11 octobre 2020. Le 11 mars 2021, il s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire de six mois en qualité d'étranger malade du 20 janvier 2021 au 21 juillet 2021, renouvelée du 1er octobre 2021 au 31 mai 2022. Le 1er avril 2022, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par un arrêté du 5 janvier 2023, le préfet de l'Hérault a opposé un refus à sa demande et l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours. Par la présente requête, M. A D sollicite l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet, après avoir rappelé la teneur de l'avis du collège de médecins, a notamment précisé que M. A D ne produisait aucun document susceptible de contredire cet avis et qu'il n'apportait pas d'éléments de nature à établir que sa situation ne lui permettrait pas un accès effectif aux soins ou de bénéficier d'une prise en charge dans son pays d'origine, qui a mis en place un système universel de protection maladie sous forme d'une assurance obligatoire, complété par un dispositif destiné aux indigents (RAMed). Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, au regard de son état de santé, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. / Chaque année, un rapport présente au Parlement l'activité réalisée au titre du présent article par le service médical de l'office ainsi que les données générales en matière de santé publique recueillies dans ce cadre ". L'article R. 425-11 du même code dispose : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé ".

4. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus de titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en donnant toute mesure d'instruction utile.

5. Pour rejeter la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. A D, le préfet de l'Hérault s'est fondé sur l'avis émis le 12 septembre 2022 par le collège des médecins de l'OFII, indiquant que l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers le Maroc.

6. Pour contester cette décision, M. A D, qui a levé le secret médical, fait valoir qu'il souffre, depuis un accident de la circulation survenu en 2018, de pseudarthrose du condyle fémoral, qu'il est quotidiennement suivi par un kinésithérapeute pour récupérer de la mobilité articulaire, qu'il bénéficie d'une allocation aux adultes handicapés et que son état s'aggrave comme en atteste le certificat médical en date du 12 septembre 2022 mentionnant désormais une gonarthrose débutante. Si M. A D, en situation de handicap, sans travail et sans ressources, soutient qu'il ne pourra bénéficier au Maroc du régime de l'assurance maladie obligatoire (AMO) prévu pour les travailleurs et ne pourra prétendre qu'au régime d'assistance médicale prévu pour les plus démunis (RAMed), lequel ne prendrait pas en charge le coût de médicaments, les seules pièces versées au dossier, deux articles faisant état des dysfonctionnements de ce dernier régime et des insuffisances de l'inclusion des personnes en situation de handicap, sont insuffisantes pour établir que sa situation, dont il n'apporte aucun élément circonstancié relatif au coût des traitements nécessaires et à sa situation financière, ne lui permettrait pas un accès effectif aux soins ou de bénéficier d'une prise en charge au Maroc au titre des plus nécessiteux. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation et ne méconnaît pas les dispositions précitées au point 3 du présent jugement.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A D n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du préfet de l'Hérault lui refusant le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étranger malade et l'obligeant à quitter le territoire français. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A D, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.

Délibéré après l'audience du 8 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lison Rigaud, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

Mme Sophie Crampe, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023

La présidente-rapporteure,

L. B

L'assesseure la plus ancienne,

M. CLa greffière

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 22 juin 2023.

La greffière,

A.Junon

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