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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2301809

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2301809

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2301809
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantBOURRET MENDEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 mars 2023, M. C E, représenté par Me Bourret-Mendel, demande au tribunal :

1°) l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- sa requête est recevable car il a agi dans les délais et a intérêt à agir ;

Sur la décision d'éloignement :

- elle est insuffisamment motivée car le préfet n'a pas pris en compte sa situation personnelle et familiale ;

- la décision a été prise par une autorité incompétente faute de délégation de signature régulière ;

- en tant que ressortissant algérien parent d'enfant français il bénéficie d'un titre de séjour de plein droit et ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ;

- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur l'interdiction de retour :

- la décision a été prise par une autorité incompétente faute de délégation de signature régulière ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'irrégularité de la décision d'éloignement ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de ses attaches fortes sur le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1991 ;

- l'accord franco-algérien signé à New-York le 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lesimple, première conseillère, dans les fonctions de magistrate chargée du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Madame Lesimple, magistrate désignée ;

- les observations de Me Bourret-Mendel, représentant M. E persistant dans ses conclusions et moyens ;

- et celles de M. E, assisté de M. A B, interprète.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 28 mars 2023 le préfet des Bouches-du-Rhône a obligé M. E, ressortissant algérien né en 2002, à quitter le territoire français sans délai et a également prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. M. E demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

4. En premier lieu, les décisions contestées ont été signées par Mme F D, chef de bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile de la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté n° 13-2023-02-07-00006 du 7 février 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de son bureau au nombre desquelles figurent notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination d'une mesure d'éloignement et portant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées auraient été signées par une autorité incompétente doit être écarté.

En ce qui concerne la décision d'éloignement :

5. En premier lieu, le préfet a précisé les circonstances de droit et de faits qui fondent sa décision, permettant à M. E de la contester utilement. S'agissant notamment de la situation familiale et personnelle de M. E, il souligne que si ce dernier allègue être entré en France à l'âge d'un an, entretenir une vie de couple sur le territoire et être père d'un enfant d'un an, aucune justification probante de ces éléments n'est apportée. Dès lors, le préfet a bien procédé à l'examen de la situation du requérant et il a suffisamment motivé sa décision. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. En deuxième lieu, indépendamment de l'énumération donnée par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une telle mesure à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi ou une convention internationale bilatérale prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français.

7. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an () ".

8. En l'espèce, si M. E fait état de sa qualité de père d'un enfant français, cette qualité ne saurait être établie par la seule production de quelques photographies. Aucun élément ne permet d'établir qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale ou qu'il subvient aux besoins d'un enfant français. En tout état de cause, les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public. Or, le préfet a fondé sa décision sur la menace que le comportement de M. E constitue compte tenu d'une condamnation à six mois d'emprisonnement avec sursis le 7 octobre 2020 pour vol, à quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour vol en réunion le 17 novembre 2020, à quatre mois de prison pour vol aggravé le 26 décembre 2020, à trois mois de prison pour vol par effraction le 27 décembre 2021 et à un an de prison pour vol aggravé par plusieurs circonstances et violence sur personne dépositaire de l'autorité publique le 15 juillet 2022. Dans ces conditions, M. E n'établit nullement pouvoir prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en sa qualité de parent d'enfant français.

9. En troisième lieu, l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule que : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. Il résulte des éléments précités que M. E n'établit pas être père d'un enfant français. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. E tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

12. Eu égard aux éléments précités M. E ne peut se prévaloir de l'irrégularité de la décision d'éloignement pour faire valoir, par voie de conséquence, l'irrégularité de la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans.

13. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

14. Si l'intéressé se prévaut de ses attaches privées et familiales sur le territoire ainsi que de l'ancienneté de son séjour, aucun élément ne vient au soutien de ses allégations. Par ailleurs, l'intéressé ne conteste pas la menace à l'ordre public que son comportement constitue et il ressort des pièces du dossier qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 10 février 2022. Dans ces conditions, c'est sans méconnaître les dispositions précitées que le préfet a pu prendre à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

15. Les conclusions de M. E tendant à l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées.

16. Il résulte du présent jugement qu'il y a lieu de rejeter l'ensemble des conclusions à fin d'annulation de M. E. Dès lors, il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais du litige.

DECIDE

Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de M. E sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, au préfet des Bouches-du-Rhône et à Me Bourret-Mendel.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

La magistrate désignée,

A. Lesimple

La greffière,

C. Touzet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 4 avril 2023

La greffière,

C. Touzet

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