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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2301811

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2301811

vendredi 23 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2301811
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantFORUM REFUGIES - CENTRE DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE DE PERPIGNAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mars 2023, M. B A demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois et a fixé le pays de destination ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

* S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

* S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français et de signalement à fin de non admission dans le système d'information Schengen :

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gayrard a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 9 mai 1979, de nationalité marocaine, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 29 mars 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour pendant le délai de dix-huit mois avec inscription d'un signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté attaqué :

4. L'arrêté contesté est signé, pour le préfet des Pyrénées-Orientales, par M. D., chef du bureau de la migration et de l'intégration. Par un arrêté du 14 avril 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à M. D, chef du bureau de la migration et de l'intégration, aux fins de signer notamment les décisions contenues dans l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 621-1 du même code : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. () ".

6. Si M. A soutient que le préfet des Pyrénées-Orientales a commis une erreur de droit en n'examinant pas s'il y avait lieu de le réadmettre en priorité au Portugal, pays où il exerce une activité professionnelle, il ne justifie toutefois aucunement être titulaire d'un titre de séjour ou d'une quelconque autorisation de séjourner dans ce pays en se bornant à produire une déclaration d'intérêt en vue d'obtenir la délivrance d'un tel titre et alors qu'il a produit de faux documents d'identité belges lors de son interpellation. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur de droit. Il n'est pas davantage fondé, pour les mêmes motifs, à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

7. En premier lieu, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision prononçant une interdiction de retour doit être écartée.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

9. Il ressort de l'acte attaqué que la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français est fixée à dix-huit mois. Pour justifier cette mesure, la décision rappelle que l'intéressé a été interpellé muni de faux documents d'identité et qu'il n'a aucun lien personnel et familial en France, ce que ne conteste pas le requérant, alors que son épouse et son fils résident au Maroc. En outre, la seule circonstance que son activité professionnelle soit affectée par la décision litigieuse ne peut suffire à caractériser une erreur d'appréciation de la part du préfet. Le moyen tiré de l'erreur de droit ou d'appréciation ne peut qu'être écarté.

10. Il découle de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 29 mars 2023 du préfet des Pyrénées-Orientales peuvent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Délibéré après l'audience du 2 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Bayada, première conseillère,

Mme Bossi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juin 2023.

Le président-rapporteur,

J.-Ph. Gayrard L'assesseure la plus ancienne,

A. Bayada La greffière,

I. Laffargue

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 23 juin 2023.

La greffière,

I. Laffargueil

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