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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2301844

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2301844

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2301844
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBAUTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 31 mars 2023 et le 12 mai 2023, Mme A B, représentée par Me Bautes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de renouveler son titre de séjour en qualité d'étudiante et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement, au besoin sous astreinte, et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation selon les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à Me Bautes en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen complet de sa situation ;

- la décision méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que ses résultats ont connu une progression et que des problèmes de santé justifient les difficultés qu'elle a pu rencontrer ;

- la décision de refus de séjour méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle est parfaitement intégrée sur le territoire français et qu'elle vit en concubinage avec un ressortissant ivoirien titulaire d'un titre de séjour étudiant ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est privée de base légale compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de son état de santé.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 1er mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Mali du 26 septembre 1994 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rigaud, présidente ;

- et les observations de Me Llinares, représentant Mme B.

Un note en délibéré, présentée pour Mme B, a été enregistrée le 22 juin 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante malienne née le 23 décembre 1999, est entrée en France le 16 septembre 2017 sous couvert d'un visa de long séjour en qualité d'étudiante. Elle a été mise en possession de plusieurs titres de séjour en cette qualité jusqu'au 22 décembre 2022. Le 14 octobre 2022, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 26 janvier 2023, le préfet de l'Hérault a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an.

En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.

Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ".

3. Il résulte de ces dispositions que le renouvellement d'une carte de séjour en qualité d'étudiant est subordonné notamment à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études poursuivies. Il appartient alors à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement de cette carte de séjour, de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si l'intéressé peut être raisonnablement considéré comme poursuivant effectivement des études.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B s'est inscrite au titre de l'année 2017-2018 en première année de licence en droit à l'université de Montpellier et a été ajournée. Elle s'est de nouveau inscrite, au titre de l'année universitaire 2018-2019 en première année de cette même licence et a, cette fois, été admise. Elle a ensuite validé sa deuxième année de licence au titre de l'année 2019-2020. Elle a ensuite redoublé à deux reprises en troisième année de licence en droit au titre des années 2020-2021 et 2021-2022. Pour justifier cette absence de résultats, Mme B invoque, d'une part, des difficultés d'apprentissage en raison de la crise sanitaire qui, compte tenu des cours et travaux dispensés à distance, l'a empêchée de suivre les années universitaires 2020-2021 et 2021-2022 dans des conditions normales, et d'autre part, des problèmes de santé importants ayant eu, ces deux dernières années, un retentissement sur sa scolarité et sa qualité de vie. Les pièces médicales qu'elle produit au dossier établissent l'existence d'une pathologie vasculaire chronique rare au niveau du membre inférieur droit, diagnostiquée en 2018, pour laquelle elle est suivie régulièrement et qui, suite à une aggravation, a nécessité une hospitalisation et un arrêt de travail d'un mois en fin d'année 2022. Il ressort, en outre, des certificats médicaux établis par les médecins assurant son suivi que sa pathologie nécessite des hospitalisations itératives et que " son état de santé peut être responsable d'événements aigus pouvant altérer sa scolarité et avoir un retentissement sur sa qualité de vie " ainsi qu'en attestent encore les examens réalisés en juillet 2020 et 2022 établissant des états de poussées douloureuses. Il ressort également des pièces du dossier que Mme B bénéficie d'une convention de mentorat auprès d'un conseiller à la cour d'appel de Montpellier pour l'année 2023, lequel témoigne de son assiduité, de son implication et de ses solides connaissances en droit lui permettant d'envisager, au-delà de la licence, une poursuite d'études universitaires. Dans ces circonstances, compte tenu, d'une part, des progrès constatés, de sa persévérance, de son assiduité et de sa motivation à poursuivre son cursus universitaire, d'autre part, de ses difficultés personnelles liées à son état de santé, et dès lors qu'un redoublement ne remet pas en cause, par lui-même, le caractère sérieux des études, Mme B doit être regardée comme justifiant de la réalité et du sérieux des études qu'elle poursuit. Il s'ensuit que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en ce qui concerne la poursuite effective des études de l'intéressée.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision de refus de renouvellement de titre de séjour attaquée est illégale et doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'un changement dans les circonstances de fait ou de droit, qu'il soit enjoint au préfet de l'Hérault dans les deux mois suivant sa notification, de délivrer à Mme B un titre de séjour d'un an mention " étudiant ". Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Bautes, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Hérault du 26 janvier 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault, sous réserve d'un changement dans les circonstances de fait ou de droit, de délivrer à Mme B un titre de séjour d'un an portant la mention " étudiant " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Bautes, avocate de Mme B, la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de l'Hérault et à Me Bautes.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lison Rigaud, présidente ;

M. Nicolas Huchot, premier conseiller ;

M. François Goursaud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

La Présidente-rapporteure,

L. Rigaud

L'assesseur le plus ancien,

N. HuchotLa greffière

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

A. Junon00

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