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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2301935

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2301935

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2301935
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 avril 2023 et un mémoire enregistré le 30 mai 2023, Mme A B épouse C, représentée par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 décembre 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire de réexaminer la situation de l'intéressée dans les mêmes conditions ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros à Me Ruffel au titre des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

-l'arrêté attaqué a été pris par une autorité disposant d'une délégation trop générale et irrégulière ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- il est entaché d'une erreur de droit ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il viole l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gayrard,

- et les observations de Me Barbaroux, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, née le 30 juin 1998, de nationalité arménienne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 29 décembre 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé, pour le préfet des Pyrénées-Orientales, par M. M., secrétaire général de la préfecture, qui bénéficie aux termes d'un arrêté du 19 décembre 2022, tant accessible au juge qu'aux parties, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, d'une délégation, qui ne revêt pas un caractère trop général, lui donnant notamment compétence pour la mise en œuvre des mesures relevant des attributions de l'Etat dans le département dont la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, en rappelant que l'intéressée avait fait l'objet d'un refus implicite de regroupement familial sur demande d'admission d'exceptionnelle au séjour, confirmé par un jugement du tribunal administratif de Montpellier du 9 mars 2021, le préfet n'a commis aucune erreur de fait.

4. En troisième lieu, en faisant valoir que Mme B pouvait bénéficier de la procédure du regroupement familial alors même qu'elle serait rentrée régulièrement en France et s'y est mariée avec un ressortissant russe, le préfet des Pyrénées-Orientales n'a également commis aucune erreur de droit alors que l'intéressée a déjà fait l'objet d'une telle procédure et que le préfet n'a pas opposé ce seul motif pour refuser la délivrance d'un titre de séjour mais a procédé à un examen complet de sa situation.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

6. Mme B fait valoir qu'elle s'est mariée en France le 20 octobre 2018 avec un ressortissant russe, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 20 juin 2025, avec lequel elle a eu un enfant né le 8 avril 2019. Il ressort des pièces du dossier que son époux a fait une demande d'admission exceptionnelle au séjour de Mme B au titre du regroupement familial sur place qui a fait l'objet d'une décision de rejet le 11 décembre 2019, confirmée par un jugement du tribunal administratif de Montpellier le 9 mars 2021. Comme l'a opposé le préfet des Pyrénées-Orientales, Mme B relève de la catégorie des étrangers pour laquelle est prévue la procédure du regroupement familial pour l'entrée et le séjour en France impliquant seulement que l'intéressée retourne temporairement dans son pays d'origine dans l'attente de la décision du préfet. Si son époux possède la nationalité russe, il ressort des pièces du dossier qu'il est d'origine arménienne comme son épouse. Il n'est dès lors pas établi que les époux et leur enfant ne puissent également reconstituer leur cellule familiale en Arménie, pays dans lequel la requérante a vécu jusqu'à l'âge de vingt ans et où elle n'est pas dénuée d'attaches familiales. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, le préfet des Pyrénées-Orientales n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis par son arrêté et n'a donc méconnu, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 : " dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur des enfants doit être une considération primordiale ". Compte-tenu de ce qui a été dit au point précédent, et eu égard au jeune âge de l'enfant, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet, en prenant l'arrêté querellé, aurait méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 29 décembre 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme B n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme quelconque au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Ruffel.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Bayada, première conseillère,

Mme Bossi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

Le président-rapporteur,

J-Ph. Gayrard L'assesseure la plus ancienne,

A. Bayada

La greffière,

I. Laffargue

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 13 juillet 2023,

La greffière,

I. Laffargueil

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