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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2301975

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2301975

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2301975
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantLENOIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 avril 2023 et le 24 mai 2023, M. D C, représenté par Me Lenoir, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2023 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

*la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit quant à la menace à l'ordre public qu'il représenterait ;

*la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

- est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Huchot ;

- les observations de Me Lenoir, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né en 1968 et de nationalité polonaise, a été interpelé par les services de gendarmerie le 4 avril 2023 et placé en garde à vue pour des faits de tentative de vol et de transports sans motif légitime. Par un arrêté du 5 avril 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Hérault a prononcé une obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-02 du 28 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de l'Hérault a donné à Mme A B, cheffe du bureau d'asile, attachée d'administration de l'État, délégation de signature aux fins de signer, notamment, " tout arrêté ayant trait à une mesure d'éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français () ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ". Aux termes de l'article 27 de la directive 2004/38/CE du parlement européen et du conseil du 29 avril 2004 : " () les États membres peuvent restreindre la liberté de circulation et de séjour d'un citoyen de l'Union (). Le comportement de la personne concernée doit représenter une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société ".

4. Lorsqu'elle entend prendre une mesure d'éloignement sur le fondement du 2° des dispositions précitées de l'article L. 251-1, il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

5. Pour considérer que M. C représentait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, le préfet de l'Hérault a pris en considération dix signalements auprès des services de police, à savoir neuf passés et le dernier lors de l'arrestation du 4 avril 2023. S'il ressort des pièces du dossier que six de ces signalements portent sur des faits très anciens, entre 1994 et 1995 pour des faits de vols sans condamnation, qui ne pouvaient ainsi être pris en compte pour apprécier la menace à l'ordre public, il ressort des pièces du dossier que M. C a été interpellé pour des faits de vols et tentatives de vol les 21 avril 2018 et 5 septembre 2022. Par ailleurs et surtout, le requérant a été interpelé en flagrant délit de vol le 4 avril 2023 après s'être introduit de nuit dans une maison d'habitation en possession de deux couteaux dans son sac à dos et avoir été maitrisé par les occupants des lieux avant l'arrivée de la gendarmerie. Ces derniers faits, justifient la menace à l'ordre public sur laquelle s'est fondé le préfet pour obliger M. C à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet a fait une inexacte application des dispositions précitées et le moyen tiré de l'erreur de droit doivent être écartés.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 251-4 de ce code : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".

7. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que M. C représente une menace à l'ordre public et pouvait faire l'objet d'une décision d'interdiction de circulation sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. D C, à Me Lenoir et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Souteyrand, président,

M. Huchot, premier conseiller,

Mme Lesimple, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

Le rapporteur,

N. Huchot

Le président,

E. SouteyrandLa greffière,

M.-A Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 29 juin 2023,

La greffière,

M.-A Barthélémy

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