mardi 25 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2301979 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SCP BEDEL DE BUZAREINGUES - BOILLOT - BLAZY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 avril 2023, M. B A, représenté par la SCP Bedel de Buzareingues - C, agissant par Me C, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté n° PC03412722A0020 du 7 février 2023 par lequel le maire de la commune de Lansargues a refusé le permis de construire de régularisation pour le changement de destination d'un hangar en quatre logements d'habitation qu'il a sollicité ;
2°) d'enjoindre à la commune de Lansargues de lui délivrer un permis de construire, dans un délai d'un mois à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Lansargues une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) de condamner la commune de Lansargues aux entiers dépens en application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'il a été condamné le 17 novembre 2022 par le tribunal correctionnel de Montpellier à la remise en état des lieux ou des ouvrages dans un délai de 5 mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard or, le permis de construire tacite permet la régularisation des travaux ;
- l'arrêté en litige préjudicie gravement et immédiatement à sa situation ;
- les logements sont actuellement loués et permettent l'hébergement des salariés de l'exploitation ;
- le paiement de l'astreinte prononcée par le juge pénal doit être prise en compte pour apprécier l'urgence.
Sur le moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision :
- le permis de construire a été signé par une personne incompétente ;
- l'arrêté litigieux ne pouvait pas être fondé sur la méconnaissance des articles N-6, N-10 et N-12 du plan local d'urbanisme dès lors que la construction est achevée depuis plus de dix ans ;
- le projet ne méconnait pas l'article N-2 du règlement écrit du plan local d'urbanisme dès lors que le changement de destination du hangar est intervenu il y a plus de dix ans ;
- le projet ne méconnait pas l'article N-4 du règlement écrit du plan local d'urbanisme dès lors que la demande de permis de construire porte sur une construction existant déjà desservie par des ouvrages de raccordement à l'eau potable et d'assainissement privé ;
- le projet ne méconnait pas l'article N-11 du règlement écrit du plan local d'urbanisme dès lors que la hauteur du mur de clôture est d'1 mètre 80 et non de 2 mètres 40 ;
- le dossier de demande de permis de construire n'avait pas à faire apparaitre les ouvrages privés permettant l'alimentation en eau et en assainissement ;
- le service instructeur pouvait apprécier l'impact du projet du l'environnement dès lors que la construction est déjà existante ;
- la commune ne saurait fonder sa décision sur l'incomplétude du dossier dès lors qu'elle n'a procédé à aucune demande de pièces manquantes.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2023, la commune de Lansargues, représentée par la SCP SVA, agissant par Me Jeanjean, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie en l'espèce ; en effet, le requérant n'a été condamné qu'à remettre les lieux en état et non à démolir le bâtiment existant ;
- aucun des moyens soulevés n'est susceptible de faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
Vu :
- la requête enregistrée le 6 avril 2023 sous le n° 231978 par laquelle M. C demande l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Rigaud, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 21 avril 2023 à 14 heures :
- le rapport de Mme Rigaud, juge des référés ;
- les observations de Me C, représentant M. A, qui reprend et développe les moyens soulevés dans la requête ; il sollicite que la clôture de l'instruction soit différée afin de produire le permis de construire délivré pour la construction d'un hangar agricole en 1991 ainsi que l'arrêté interruptif de travaux pour le changement de destination opéré en 2009 ;
- et celles de Me Roche, représentant la commune de Lansargues, qui persiste dans ses écritures.
La clôture de l'instruction a été différée au lundi 24 avril 2023 à 11 heures.
Par un mémoire, enregistré le 21 avril 2023 à 18 heures 53, M. B A, représenté par représenté par la SCP Bedel de Buzareingues-Boillot, agissant par Me C, conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et soutient en outre que :
- il est établi que le hangar agricole litigieux a fait l'objet d'une demande de permis de construire datée du 20 février 1991, autorisé par arrêté du 22 mai 1991, à la suite de quoi la construction a été réalisée ;
- les dispositions de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme trouvent donc à s'appliquer, le hangar agricole étant achevé depuis plus de dix ans ; le refus de permis de construire ne peut donc pas être fondé sur son irrégularité au regard du droit de l'urbanisme ;
- le hangar agricole a été affecté à destination de logement, pour partie seulement, en 2009 ; la commune avait connaissance de ce changement d'affectation comme en atteste l'édiction d'un arrêté d'interruption des travaux en date du 18 novembre 2010 ; la méconnaissance de l'article N2 du règlement du plan local d'urbanisme ne peut plus être opposée ;
- en outre, les indications mentionnées dans le rapport de présentation permettant d'interpréter les dispositions de l'article N2 en permettant la réalisation de logements pour travailleurs saisonniers en zone N sous l'exception prévue pour les gîtes ;
- les dispositions de l'article N4 1 du règlement du plan local d'urbanisme ne sont pas opposables en l'espèce, ne s'agissant pas d'une construction ou d'une installation nouvelle mais d'une construction existante déjà desservie par des ouvrages de raccordement à l'eau potable et d'assainissement privés ;
- en outre, rien n'interdisait au maire d'accorder le permis de construire sollicité en l'assortissant de la mise en conformité des installations litigieuses et dans un délai déterminé, en particulier dans le cas d'un changement de destination d'une construction déjà équipée ;
- comme il a été précisé lors de l'audience, le jugement du tribunal correctionnel du 21 avril 2022 ne condamne pas M. A pour le changement de destination du hangar agricole tandis que le jugement du même tribunal du 17 novembre 2022 le condamne à la suppression des quatre logements aménagés dans le hangar ;
- une requête en reversement de l'astreinte a été introduite sur le fondement de l'article L. 480-7 du code de l'urbanisme.
Par un mémoire, enregistré le 24 avril 2023 à 10 heures 49, la commune de Lansargues, représentée par la SCP SVA, agissant par Me Jeanjean, conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir en outre que :
- la circonstance que le changement de destination soit intervenu en 2009 et que la commune n'ignorait pas la situation n'emporte aucune conséquence sur l'absence d'autorisation d'urbanisme et l'infraction commise de changement illégal de destination ; cette illégalité ne peut être régularisée par l'écoulement du temps ;
- le rapport de présentation du plan local d'urbanisme n'affirme pas que la problématique du logement des travailleurs saisonniers relève d'une activité de gîte ;
- la qualification de gîte définie par l'article D. 324-1 du code de tourisme ne s'applique pas en l'espèce ;
- la qualification de chambres d'hôtes définie par les articles L. 324-3 et D. 324-13 et suivants du code du tourisme ne s'applique pas non plus ;
- il a été établi lors de l'audience que la construction n'est pas desservie par des ouvrages de raccordement à l'eau potable, ni par des ouvrages d'assainissement aux normes, ce qui justifie le refus de permis de construire opposé à M. A ; en outre, il n'est nullement démontré que M. A se soit effectivement rapproché d'entreprises afin de mettre en conformité ses installations.
Considérant ce qui suit :
1. Par sa requête, M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté n° PC03412722A0020 du 7 février 2023 par lequel le maire de la commune de Lansargues a refusé le permis de construire de régularisation qu'il sollicite pour le changement de destination d'un hangar en quatre logements d'habitation.
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
Sur l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A a réalisé les travaux en cause tendant au changement de destination du hangar agricole existant sans autorisation d'urbanisme. Pour regrettable et répréhensible que soit un tel comportement, la demande de permis de construire déposée le 14 novembre 2022 par M. A a toutefois pour but d'obtenir la régularisation de ces constructions. La chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Montpellier, devant laquelle M. A était poursuivi, a, par jugement du 17 novembre 2022, ordonné la remise en état des lieux en procédant notamment à la suppression des quatre logements aménagés dans le hangar dans un délai de cinq mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard à l'issue de ce délai et ordonné l'exécution provisoire. Par suite, l'exécution de l'arrêté en litige préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à la situation du requérant. Par conséquent, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
5. Aux termes de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'une construction est achevée depuis plus de dix ans, le refus de permis de construire ou la décision d'opposition à déclaration préalable ne peut être fondé sur l'irrégularité de la construction initiale au regard du droit de l'urbanisme. / Les dispositions du premier alinéa ne sont pas applicables : () 5° Lorsque la construction a été réalisée sans permis de construire ; () ". Il résulte de ces dispositions que peuvent bénéficier de la prescription administrative ainsi définie les travaux réalisés, depuis plus de dix ans, lors de la construction primitive ou à l'occasion des modifications apportées à celle-ci, sous réserve qu'ils n'aient pas été réalisés sans permis de construire en méconnaissance des prescriptions légales alors applicables. S'il ressort des pièces du dossier que les travaux ayant consisté au changement de destination d'une partie du hangar agricole en quatre logements ainsi qu'en la modification de ses façades ont été réalisés sans autorisation il y a plus de dix ans, M. A ne peut toutefois pas se prévaloir de la prescription administrative prévue par ces dispositions dès lors que cette modification du bâtiment existant était soumise à permis de construire en vertu des dispositions de l'article L. 421-14 du code de l'urbanisme alors applicable.
6. D'une part, le motif de refus fondé sur la méconnaissance de l'article N2 du règlement du plan local d'urbanisme n'apparaît pas, en l'état de l'instruction, entaché d'une erreur de droit et il est de nature à lui-seul à justifier la légalité du refus de permis de construire en litige.
7. D'autre part, la circonstance qu'une construction existante ne soit pas conforme à une ou plusieurs dispositions d'un plan local d'urbanisme régulièrement approuvé ne s'oppose pas, en l'absence de dispositions de ce plan spécialement applicables à la modification des immeubles existants, à la délivrance ultérieure d'un permis de construire s'il s'agit de travaux qui, ou bien doivent rendre l'immeuble plus conforme aux dispositions réglementaires méconnues, ou bien sont étrangers à ces dispositions. Il ressort des pièces du dossier que le hangar agricole dans l'enceinte duquel les logements ont été créés en 2009, a été autorisé par le permis de construire délivré par le maire de la commune de Lansargues le 25 mai 1991.
8. En l'état de l'instruction, les motifs fondant l'arrêté en litige tirés la méconnaissance des articles N6, N10, N11-1, N11-2, N11-3 et N11-4 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Lansargues apparaissent entachés d'erreur de droit dans la mesure où les travaux dont la régularisation est sollicitée par M. A sont étrangers aux dispositions de ces articles. En revanche, ceux tirés de la méconnaissance des articles N4-1, N4-2 et N12 du même règlement, sont eux-aussi de nature à justifier la légalité du refus de permis de construire en litige dès lors, d'une part, que le bâtiment objet des travaux n'y est pas conforme et, d'autre part, que les travaux en cause n'étant ni étrangers à ces dispositions ni de nature à rendre l'immeuble existant plus conforme à celles-ci.
9. Aucun autre moyen n'étant susceptible de faire naître un doute quant à la légalité de la décision, il s'en suit, en l'état de l'instruction, que les conclusions à fin de suspension doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
10. La présente ordonnance n'impose aucune mesure d'injonction sous astreinte. Les conclusions tendant à cette fin doivent dès lors être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. En application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de laisser à chacune des parties la charge des frais qu'elles ont pu exposer et qui ne sont pas compris dans les dépens.
Sur les conclusions tendant à l'allocation des dépens :
12. La présente instance n'ayant pas donné lieu à dépens au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions de M. A tendant à ce que la commune de Lansargues supporte les dépens ne peuvent qu'être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Lansargues sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à la commune de Lansargues.
Fait à Montpellier, le 25 avril 2023.
La juge des référés,
L. Rigaud
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
M. D.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026