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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2302014

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2302014

lundi 17 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2302014
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantPASCAL LABROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 avril 2023, M. G, représentée par Me Pascal Labrot, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 6 avril 2023 par laquelle le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 18 mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il bénéficie d'une protection contre l'éloignement en ce qu'il peut bénéficier de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire méconnait l'article L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de sa situation personnelle qui constitue des circonstances exceptionnelles permettant de ne pas prononcer cette décision ;

- la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Huchot, premier conseiller, dans les fonctions de magistrat chargé du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- les observations de Me Pascal Labrot, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né en 1994 et de nationalité algérienne, a été interpelé par les services de gendarmerie à Céret le 6 avril 2023 à l'occasion d'un contrôle routier. Il a fait l'objet le même jour d'un arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales portant obligation de quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 18 mois et a été placé au centre de rétention administrative de Perpignan. Par une ordonnance du 8 avril 2023, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Perpignan a mis fin à la rétention et a assigné à résidence M. A en application de l'article L. 743-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par sa requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 6 avril 2023.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. L'arrêté contesté est signé, pour le préfet des Pyrénées-Orientales, par M. F C. Par un arrêté du 23 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à Monsieur F C, chef de bureau de la migration et de l'intégration, aux fins de signer notamment les décisions contenues dans l'arrêté contesté, en cas d'absence ou d'empêchement de Monsieur E D, directeur de la citoyenneté et de la migration. Par suite, et dès lors qu'il n'est pas établi, ni même allégué que M. D n'aurait pas été empêché, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. D'une part, aux termes de l'article 5 de l'accord franco-algérien : " Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () "

6. D'autre part, lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français.

7. S'il ressort des pièces du dossier, et en particulier des éléments retenus par le juge des libertés et de la détention pour l'assigner à résidence, que M. A est hébergé à Thuir chez ses parents lesquels disposent de titres de séjour, aucune information n'est donnée quant à la durée de sa présence en France et les pièces produites ne permettent pas d'établir sa présence effective sur le territoire français. Par ailleurs, la relation sentimentale avec une ressortissante française mineure, laquelle est enceinte, n'est pas davantage établie. Ensuite, il ressort des pièces du dossier que M. A a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 27 ans où vivent encore trois frères et trois sœurs. Enfin, M. A ne justifie d'aucune intégration particulière, sociale ou professionnelle. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il bénéficierait de plein droit d'un titre de séjour sur les stipulations précitées. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il ne pourrait pas faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet () ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

9. Il ressort de la décision en litige que le préfet a estimé l'existence d'un risque que M. A se soustraie à l'exécution de la décision d'éloignement sur le fondement des dispositions précitées du 1° et du 8° de l'article L. 612-3. S'il apparait que M. A, disposait de garanties de représentations suffisantes, ainsi que l'a considéré le juge des libertés et de la détention, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A serait entré régulièrement sur le territoire français et qu'il aurait déposé une demande de titre de séjour. Par suite, le préfet des Pyrénées-Orientales pouvait refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. A sur ce seul motif, prévu par le 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de ce que le préfet des Pyrénées-Orientales aurait fait une inexacte application des dispositions précitées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

11. S'il ressort des pièces du dossier que M. A a été contrôlé le 6 avril 2023 à l'occasion d'un contrôle routier pour des faits de " conduites sans permis, défaut d'assurance, conduite sous stupéfiants, défaut de contrôle technique, pneumatiques lisses ", il ne constitue pour autant une menace à l'ordre public au sens de l'article précité, et M. A n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que le préfet de l'Hérault a fait une inexacte application des dispositions précitées en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois. Par suite, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. L'exécution du présent jugement, qui annule la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Il n'y pas lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une quelconque somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois est annulée.

Article 3 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. H A, à Me Pascal Labrot et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2023.

Le magistrat désigné,

N. B

La greffière,

C. Touzet

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 14 avril 2023,

La greffière,

C. Touzet

N°2302014

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