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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2302022

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2302022

mercredi 12 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2302022
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantPASCAL LABROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 avril 2023, M. I C, représentée par Me Pascal Labrot, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- l'arrêté méconnait le droit d'être entendu prévu par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- l'arrêté méconnait l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

La requête a été communiquée au préfet des Pyrénées-Orientales le 9 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Huchot, premier conseiller, dans les fonctions de magistrat chargé du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- les observations de Me Pascal Labrot, représentant M. C, assisté de M. F, interprète, qui ajoute le moyen tiré du défaut de respect du principe de contradictoire en l'absence de production du dossier par le préfet des Pyrénées-Orientales et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dirigé à l'encontre de la décision fixant le pays de destination en ce qu'il aurait dû être renvoyé au Portugal.

Considérant ce qui suit :

1. M. A se disant M. C, né en 1998 et de nationalité algérienne, a été contrôlé par le services de police le 6 avril 2023 dans l'enceinte de la gare SNCF de Perpignan. Il a fait l'objet le 7 avril 2023 d'un arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales portant obligation de quitter le territoire français sans délai, assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et placement en rétention administrative. Par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du 9 avril 2023, il a été maintenu en rétention, décision confirmée par une décision du 11 avril 2023 de la Cour d'appel de Montpellier. Par sa requête, M. C demande l'annulation de l'arrêté du 7 avril 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, il ne résulte d'aucun texte, ni d'aucun principe, qu'il incomberait au tribunal d'enjoindre au préfet de produire l'entier dossier de M. C. En tout état de cause, dès lors que l'affaire est en état d'être jugée et que le principe du contradictoire a été respecté, il n'apparaissait pas nécessaire d'ordonner la communication du dossier détenu par l'administration.

5. En deuxième lieu, l'arrêté contesté est signé, pour le préfet des Pyrénées-Orientales, par M. H D. Par un arrêté du 23 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à M. H D, chef de bureau de la migration et de l'intégration, aux fins de signer notamment les décisions contenues dans l'arrêté contesté, en cas d'absence ou d'empêchement de M. G E, directeur de la citoyenneté et de la migration. Par suite, et dès lors qu'il n'est pas établi, ni même allégué que M. E n'aurait pas été empêché, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

6. En troisième lieu, si aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. L'étranger peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Le requérant qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise l'arrêté attaqué et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à y faire obstacle. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu et de l'absence de procédure contradictoire doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Pour l'application des stipulations et dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. Si M. C indique disposer d'une autorisation de travail au Portugal, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier qu'il disposerait d'un titre de séjour délivré par les autorités de ce pays. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. C ne dispose d'aucun membre de sa famille sur le territoire français. Ensuite, l'arrêté attaqué indique que le requérant a été interpelé sous quatre identités différentes et des dates de naissances différentes, sans contredit sérieux de M. C, le 1er août 2021 pour des faits de vols en réunion et violence commise en réunion, le 12 août 2021 pour des faits d'agression sexuelle et le 21 janvier 2023 pour des faits de vol à l'étalage. Ensuite, l'intéressé déclare à l'audience que les membres de sa famille résident en Algérie, où il a vécu la majeure partie de sa vie. Enfin, M. C ne justifie d'aucune intégration particulière, sociale ou professionnelle, sur le territoire français. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée. Il n'a dès lors pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ;

2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ;

3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible.

Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

11. Il ressort des pièces du dossier d'une part que la décision attaquée reproduit les trois cas précités et ne fixe pas uniquement l'Algérie comme pays de destination et d'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C serait admis à séjourner au Portugal. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation quant à la désignation du pays de destination par l'arrêté attaqué doit être écarté.

12. En dernier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait privée de base légale doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'aide juridictionnelle est accordée provisoirement à M. C.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. I C, à Me Pascal Labrot et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2023.

Le magistrat désigné,

N. B

La greffière,

C. Touzet

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 12 avril 2023,

La greffière,

C. Touzet

N°230202

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