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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2302119

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2302119

lundi 17 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2302119
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantVICTOR TELES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 avril 2023 à 11h34, M. A B retenu au centre de rétention administrative de Perpignan, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté n° 23/84/229G du 12 avril 2023 par lequel la préfète de Vaucluse lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour pendant le délai de deux ans avec inscription d'un signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, somme qui sera versée à son conseil à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'incompétence ;

- elle décision porte atteinte au respect de sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que les faits qui lui sont reprochés, isolés, sont insuffisants pour caractériser une menace pour l'ordre public ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire enregistré le 17 avril 2023, la préfète de Vaucluse conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 ;

- le règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rousseau, premier conseiller, pour statuer sur les procédures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C, premier-conseiller ;

- les observations de Me Teles, pour M. B, présent à l'audience, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et ajoute que la commission rogatoire diligentée ne vise qu'à déterminer les auteurs d'un vol de camion sans pour autant présumer d'une quelconque culpabilité de sa part, n'étant ni auteur, ni complice des faits.

- la préfète de Vaucluse, régulièrement convoquée, n'étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée après les observations orales du requérant en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 6 janvier 2001, a été interpellé à son domicile le 11 avril 2023 par les militaires de la gendarmerie nationale d'Apt, agissant à Aix-en-Provence dans le cadre d'une commission rogatoire pour des faits d'extorsion avec une arme et vol simple de véhicule puis il a fait l'objet, le 12 avril 2023, d'un arrêté préfectoral portant placement en rétention administrative notifié le même jour. Par un arrêté du 12 avril 2023, dont M. B demande l'annulation, la préfète de Vaucluse a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé la Tunisie comme pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. L'arrêté en litige a été signé par M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfecture de Vaucluse. Ce dernier dispose, aux termes de l'arrêté réglementaire du 9 décembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs et consultable sur le site internet de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer tous arrêtés, requêtes et mémoires présentés dans le cadre de recours contentieux, décisions, circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de Vaucluse, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figure pas les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Ces stipulations ne sauraient, en tout état de cause, s'interpréter comme comportant pour un État partie l'obligation générale de respecter le choix fait par les ressortissants étrangers du lieu de leur établissement.

5. M. B est entré en France en juin 2016, à l'âge de quinze ans pour être placé, par acte de kafala en date du 11 juillet 2016, sous l'autorité de son oncle régulièrement installé sur le territoire national. Scolarisé en France, il a travaillé en contrat d'apprentissage à partir du mois d'octobre 2017 et a obtenu un CAP " agent polyvalent de restauration " au mois de juillet 2019. Titulaire d'un contrat de travail à durée déterminée conclu avec l'entreprise " Bah La Fontaine " à compter du 1er mars 2020 pour occuper le poste de commis pizzaiolo, il a été ensuite employé, par contrat à durée déterminée, en qualité de commis de cuisine du 1er juin au 30 décembre 2022 au restaurant " Mela " à Aix-en-Provence. Il bénéficie désormais d'un contrat de travail en qualité de commis de cuisine conclu à compter du 8 février 2023 avec le restaurant à l'enseigne " La Fontaine " basé à Aix-en-Provence. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet, par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 15 mai 2020, d'un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours, validé par un jugement définitif du tribunal administratif de Marseille du 25 janvier 2021, mesure à laquelle il n'a pas déféré, ainsi que d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire national assorti d'une interdiction de retour d'une durée de 2 ans édicté par cette même autorité le 23 décembre 2021, non exécuté également, se maintenant ainsi délibérément en situation irrégulière et qu'il n'a pas respecté l'intégralité des obligations de pointage relatives à l'assignation à résidence dont il a fait l'objet le 25 avril 2022, notifiée le 26 avril suivant. L'intégration sociale dont il se prévaut est contrebalancée par l'inscription au fichier de traitement des antécédents judiciaires de plusieurs faits constitutifs d'une menace pour l'ordre public précisés au point 7. L'intéressé, célibataire et sans enfant, n'établit pas qu'il entretiendrait des liens personnels et familiaux intenses en France et n'allègue pas être dépourvu de tout lien dans son pays d'origine où il mentionne la présence de ses parents et deux sœurs. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, notamment des conditions du séjour en France de M. B, qui est défavorablement connu des services de police, la décision qui l'oblige à quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

7. Il résulte des termes de l'arrêté attaqué que pour obliger M. B à quitter le territoire français, la préfète de Vaucluse s'est fondée sur les dispositions des 3° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en constatant que l'intéressé s'était vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents, et que son comportement constituait une menace pour l'ordre public. Il résulte encore des précisions apportées au dossier que M. B est connu au fichier du traitement des antécédents judiciaires et mis en cause en qualité d'auteur pour des faits, en 2020 et 2021, de maintien irrégulier sur le territoire après placement en rétention ou assignation à résidence d'un étranger ayant fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire, recel de bien provenant d'un vol, délit de fuite après accident par conducteur de véhicule terrestre, blessures involontaires avec incapacité n'excédant pas 3 mois par conducteur de véhicule à moteur non titulaire du permis de conduire, usage illicite de stupéfiants. Dans son ordonnance du 14 avril 2023 relative à la première demande de prolongation de la rétention administrative, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Perpignan a relevé que M. B avait fait l'objet d'une condamnation par le tribunal correctionnel d'Aix-en-Provence le 22 octobre 2021 à une peine de 24 mois d'emprisonnement dont 18 mois assortis d'un sursis probatoire dont la partie ferme de cette peine a fait l'objet d'un aménagement sous la forme d'une détention à domicile sous surveillance électronique. Contrairement à ce qu'il soutient, ces faits, récents, réitérés et non isolés, sont empreints d'une gravité suffisante pour considérer, sans qu'une inexacte appréciation n'ait été portée par la préfète, que son comportement est constitutif d'une menace à l'ordre public. En outre, et en tout état de cause, la préfète de Vaucluse a pu décider d'édicter la mesure d'éloignement en litige sur l'autre motif, non contesté, qu'il s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées n'est pas fondé et doit être écarté.

Sur la légalité de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

9. Il résulte de ce qui a été énoncé ci-dessus que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour d'une durée de deux ans est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B à fin d'annulation de l'arrêté du 12 avril 2023 par lequel la préfète de Vaucluse lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de Vaucluse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2023.

Le magistrat désigné,

M. C

La greffière,

C. Touzet La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 17 avril 2023

La greffière,

C. Touzet

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