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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2302191

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2302191

lundi 3 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2302191
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantCISSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 avril 2023, M. B A, représenté par Me Cisse, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié ", a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, et d'annuler la décision du 24 mars 2023 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

5°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- le préfet a commis une erreur de droit, il est fondé à obtenir un titre de séjour salarié sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de son pouvoir général de régularisation afin de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas motivée, en méconnaissance de la directive 2008/115/CE ;

- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée en édictant cette décision comme conséquence automatique de celle portant refus de titre de séjour ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences quant à sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 4 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention signée le 21 septembre 1992 entre la France et la Côte d'Ivoire ;

- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, rapporteure ;

- et les observations de Me Cisse, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 27 mai 1996, est entré régulièrement en France le 3 août 2016 sous couvert d'un visa de long séjour étudiant valable jusqu'au 25 juillet 2017, renouvelé jusqu'au 9 septembre 2019. Il a fait l'objet de deux décisions de refus de renouvellement de son titre de séjour étudiant assorties d'obligations de quitter le territoire les 24 octobre 2019 et 14 décembre 2021. Par sa requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 février 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, le préfet vise les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention signée le 21 septembre 1992 entre la France et la Côte d'Ivoire ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles il se fonde. L'arrêté précise également de manière non stéréotypée le parcours de M. A en France ainsi que les motifs de fait qui en constituent le fondement, en faisant mention de sa promesse d'embauche en qualité de chef de partie cuisinier. S'il comporte une erreur dans les visas quant à la date de sa demande de titre de séjour salarié, et mentionne une fois le terme " étudiant " au lieu de " salarié ", ces erreurs de plume sont sans incidence. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet ne se serait pas livré à un examen réel et complet de sa situation. En outre, et contrairement à ce qu'allègue le requérant, le préfet a examiné sa situation personnelle au regard du droit au séjour en qualité de salarié. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède qu'en dépit d'erreurs de plume, le préfet n'a commis aucune erreur de fait dès lors qu'il a examiné la demande de titre de séjour de M. A sur le fondement sollicité, en qualité de salarié.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Aux termes de l'article 6 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux d'exercer sur le territoire de l'autre État une activité professionnelle industrielle, commerciale ou artisanale doivent être munis du visa de long séjour prévu à l'article 4 après avoir été autorisés à exercer cette activité par les autorités compétentes de l'État d'accueil. ".

6. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté que M. A est dépourvu du visa de long séjour exigé par les dispositions et stipulations précitées pour l'obtention d'un titre de séjour salarié. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur de droit en refusant de lui délivrer ce titre.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A n'a pas sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions précitées. Le préfet a toutefois examiné si l'intéressé pouvait bénéficier d'un titre de séjour sur ce fondement, en relevant qu'il ne justifiait pas de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires. Si M. A met en avant un contrat à durée indéterminée de vingt heures par semaine conclu le 15 novembre 2018 en qualité d'" homme toute main " au sein d'une brasserie montpelliéraine, et une promesse d'embauche du 6 janvier 2023 en qualité de cuisinier en contrat à durée indéterminée à temps plein dans ce même restaurant à compter du 1er mars 2023, ces éléments ne constituent pas, à eux seuls, des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " dans le cadre du pouvoir de régularisation qui lui appartient discrétionnairement.

9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du préfet portant refus de titre de séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, aux termes de l'article 12 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 : " 1. Les décisions de retour () ainsi que les décisions d'éloignement sont rendues par écrit, indiquent leurs motifs de fait et de droit (). ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour (). ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que lorsqu'une obligation de quitter le territoire français assortit un refus de séjour, la motivation de cette mesure se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, dès lors que ce refus est lui-même motivé, de mention spécifique pour respecter les exigences de l'article 12 de la directive précitée.

11. En l'espèce, et alors que le refus de titre est suffisamment motivé comme exposé au point 2, M. A n'est pas fondé à soutenir que les dispositions de l'article L. 613-1 ne seraient pas compatibles avec celles de l'article 12 de la directive et son moyen portant sur le défaut de motivation ne peut être qu'écarté.

12. En deuxième lieu, M. A, qui s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, entrait dans le cas énoncé par les dispositions précitées du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile où l'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français, sans toutefois qu'il ressorte des termes de la décision attaquée que le préfet se soit estimé en situation de compétence liée pour édicter cette mesure. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

13. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; () ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

14. Si M. A, célibataire et sans charge de famille, invoque la durée de son séjour en France depuis son arrivée en 2016, il ne justifie pas de l'existence de liens personnels intenses et stables sur le territoire où il a résidé pendant trois ans sous couvert de titres de séjour " étudiant ". Par ailleurs, s'il travaille en contrat à durée indéterminée à temps partiel en tant " qu'homme toute main " dans une brasserie montpelliéraine depuis le 15 novembre 2018 et justifie d'une promesse d'embauche à temps complet en qualité de cuisinier, ces éléments ne permettent pas, à eux seul, de regarder M. A comme ayant établi en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. En outre, M. A a vécu pendant vingt ans en Côte d'Ivoire, où il ne justifie pas être isolé. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise, et le préfet n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

15. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 14, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision contestée quant à sa situation personnelle.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, et celles présentées sur le fondement des articles R. 761-1 et L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de l'Hérault et à Me Cisse.

Délibéré après l'audience du 19 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2023.

La rapporteure,

ML. VialletLe président,

V. Rabaté

Le greffier,

S. Sangaré

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 4 juillet 2023.

Le greffier,

S. Sangaréfb

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