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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2302237

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2302237

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2302237
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 avril 2023, M. C A, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans le délai de deux mois et dans les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à Me Ruffel au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 en contrepartie d'une renonciation à la perception de la contribution de l'Etat.

Il soutient que :

- les décisions sont entachées d'incompétence compte tenu d'une délégation de signature trop générale ;

- le préfet a commis une erreur de droit en ne procédant pas à l'examen de sa situation au titre de l'admission exceptionnelle au séjour en application de son pouvoir de régularisation ;

- le refus de séjour est entaché d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation au regard de la promesse d'embauche dont il s'est prévalu à l'appui de sa demande de titre de séjour ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaissent les dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers ;

- les décisions attaquées méconnaissent les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 21 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rigaud, présidente ;

- et les observations de Me Brulé, représentant M. A.

Une note en délibéré présentée pour M. A a été enregistrée le 26 juin 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais né le 27 mai 1994, est entré en France le 14 décembre 2016. Il a présenté, le 25 octobre 2022, une demande de titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale, en qualité de salarié et au titre de circonstances humanitaires. Par arrêté en date du 27 décembre 2022, le préfet de l'Hérault a pris une décision portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'ensemble des décisions :

2. Les décisions contestées sont signées, pour le préfet de l'Hérault et par délégation, par M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture. Par un arrêté n°2022.09.DRCL.0357 du 14 septembre 2022, régulièrement publié, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. B à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault, et notamment tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Cette délégation de signature, qui n'est pas générale, habilitait dès lors M. B à signer l'arrêté contesté. Le moyen tiré du vice d'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.

Sur le refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, il est constant que M. A est entré en France sous couvert de son passeport biométrique le dispensant de visa court séjour mais ne l'autorisant pas à séjourner durablement en France. Ainsi, le préfet de l'Hérault a relevé à bon droit que l'intéressé ne disposait pas du visa long séjour prévu par l'article L. 412-1 pour la délivrance d'un titre de séjour " salarié " et qu'il n'était, par conséquent, pas tenu de statuer sur la demande d'autorisation de travail présentée.

4. Il ne ressort pas, par ailleurs, des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Hérault n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation tant personnelle que familiale de l'intéressé. L'autorité administrative a notamment examiné la demande d'admission exceptionnelle au séjour de M. A en qualité de salarié en relevant qu'il ne justifiait pas, en présentant un contrat à durée indéterminée établi le 16 août 2022 pour un poste d'aide-maçon, dont il ne rapporte pas, au demeurant, la preuve de la transmission aux services préfectoraux de la demande d'autorisation de travail, de motifs exceptionnels de nature à permettre son admission exceptionnelle. Ainsi, le préfet, qui a examiné le droit au séjour de M. A au regard de sa situation professionnelle et personnelle, n'a pas entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux de sa situation.

5. En deuxième lieu, le requérant ne saurait utilement se prévaloir, au titre d'une admission exceptionnelle au séjour, des termes de la circulaire du 28 novembre 2012, laquelle, étant dépourvue de portée normative et ne présentant pas le caractère de lignes directrices, n'est pas susceptible d'avoir des effets notables sur les droits ou la situation d'autres personnes que les agents chargés, le cas échéant, de la mettre en œuvre. Le moyen tiré de l'erreur de droit à n'avoir pas respecté les indications de cette circulaire doit donc, en tout état de cause, être écarté.

6. En troisième lieu, M. A soutient qu'il réside en France depuis le mois de décembre 2016, soit depuis plus de cinq ans, qu'il travaille dans le secteur du bâtiment depuis deux ans et qu'il dispose d'une promesse d'embauche sérieuse, citée au point 4, pour un emploi d'aide-maçon en contrat à durée indéterminée à temps complet, justifiant ainsi d'une expérience significative ainsi que de réelles perspectives professionnelles. Toutefois, alors qu'au demeurant l'intéressé a été embauché sans disposer d'une autorisation de travail ou d'un contrat de travail visé par l'autorité compétente, les éléments dont il se prévaut ne permettent pas, à eux-seuls, de considérer que le requérant ferait état de motifs exceptionnels justifiant que le préfet mette en œuvre son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Ce faisant, en écartant la possibilité de l'admettre au séjour dans le cadre de son pouvoir de régularisation à titre exceptionnel le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

7. Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () ".

8. M. A soutient résider en France depuis le mois de décembre 2016 et y avoir établi le centre de sa vie privée auprès de sa compagne et de son neveu, mineur placé. Il ne démontre toutefois pas l'ancienneté et l'intensité de sa relation avec sa compagne ni celles de la relation qu'il entretiendrait avec son neveu. M. A, sans charge de famille, ne démontre pas en outre être dépourvu d'attaches en Albanie où résident notamment ses parents. Dans ces conditions, en refusant d'admettre M. A au séjour le préfet de l'Hérault n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 décembre 2022 du préfet de l'Hérault. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lison Rigaud, présidente,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

M. François Goursaud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

La présidente rapporteur,

L. Rigaud

L'assesseur le plus ancien,

N. Huchot

La greffière,

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 6 juillet 2023,

La greffière,

A. Junon

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