jeudi 6 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2302246 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS MAZAS - ETCHEVERRIGARAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 avril 2023, M. B A, représenté par Me Mazas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Mazas, son avocate, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation dès lors qu'elle ne mentionne pas la présence des membres de sa famille en situation régulière sur le territoire alors qu'elle fait état d'actes de son père et de son frère qui ne le concernent pas ;
- le préfet ne pouvait lui opposer son absence de résidence sur le territoire français pendant 10 ans alors qu'il y réside depuis 2005 ;
- le préfet n'a pas saisi la commission du titre de séjour en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- la décision méconnaît son droit au respect de la vie privée et familiale tel que garanti par les dispositions des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision fixant le pays de destination est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 20 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rigaud, présidente ;
- et les observations de Me Lambert, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant serbe né le 8 septembre 1998, déclare être arrivé en France en 2005 à l'âge de 7 ans accompagné de sa famille. Le 25 octobre 2022, il a sollicité son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 9 janvier 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre demandé et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours.
2. En premier lieu, l'arrêté en litige mentionne les textes applicables à la situation de M. A ainsi que les principaux éléments caractérisant sa situation de fait, propres au fondement de sa demande de titre de séjour. Le préfet a notamment rappelé les conditions de son entrée en France, son parcours sur le territoire français, les précédentes décisions de refus de titre de séjour et les condamnations dont il a fait l'objet. Il a également indiqué sa situation familiale pour décider, sur la base de l'ensemble de ces éléments, que M. A ne justifiait pas de circonstances humanitaires ou exceptionnelles d'admission au séjour. Dès lors, le refus de séjour, comme l'obligation de quitter le territoire français, énoncent les considérations de fait et de droit qui les fondent, alors même qu'il n'a pas été fait état de la présence sur le territoire des membres de sa famille en situation régulière. Par suite, le moyen tiré de leur insuffisante motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, s'il est constant que M. A est arrivé en France en 2005 et a été scolarisé sur le territoire français jusqu'en 2009, les pièces qu'il produit au dossier, dont aucune ne concerne la période de 2009 à 2015, à l'exception d'une convocation en 2012 devant le Tribunal de Grande Instance de Béziers, ne permettent pas d'établir la réalité de sa présence en France jusqu'à l'année 2015. Par suite, le préfet n'a pas entaché sa décision d'erreur de fait en retenant qu'il ne justifiait pas de la réalité de sa présence en France depuis dix ans.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative :/ 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1 () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ". Selon l'article L. 435-1 du même code : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".
5. Si M. A soutient que le préfet aurait dû saisir la commission du titre de séjour, dès lors qu'il réside en France depuis 2005, les pièces versées, ainsi qu'il a été dit au point 3 du présent jugement, ne permettent pas d'établir une présence continue ou même habituelle sur le territoire depuis plus de dix ans à la date du refus de titre de séjour. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour et le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
6. En quatrième lieu, il ressort de la décision en litige que le préfet a également fondé le refus de délivrance de son titre de séjour sur l'existence d'une menace à l'ordre public que constitue le comportement du requérant qui est défavorablement connu des services de police pour avoir été condamné le 28 octobre 2018 à un an d'emprisonnement puis, le 3 octobre 2019, à trois ans d'emprisonnement pour des faits de vol avec effraction et de recel. Il n'est en outre pas contesté qu'il a fait l'objet d'une procédure, le 17 novembre 2020, pour menace de mort réitérée, dégradation ou détérioration volontaire du bien d'autrui. Si le requérant fait valoir qu'il a purgé sa peine, qu'il n'a plus commis d'infraction depuis plus de quatre ans, que les faits pour lesquels il a été condamné, alors qu'il s'est laissé entraîner par son père et son frère, ne constituent pas des atteintes à la personne et qu'il bénéfice de la présomption d'innocence dans la dernière procédure, il ne conteste toutefois pas avoir commis les faits qui lui sont reprochés et l'autorité administrative a ainsi pu s'appuyer sur ces faits, au regard de leur gravité et de leur caractère relativement récent, pour valablement retenir que son comportement constituait une menace à l'ordre public et lui refuser pour ce motif la délivrance du titre en litige.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; () ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423 14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
8. M. A soutient qu'il réside habituellement en France depuis plus de dix ans, que la presque totalité de sa famille réside régulièrement en France également, qu'il vit en concubinage avec une ressortissante italienne avec qui il a eu une petite fille née en juillet 2021 et qu'il est le père d'un garçon né en 2017 d'une précédente union dont la mère est partie. Cependant, et ainsi qu'il a été exposé précédemment, le requérant n'établit pas la durée de séjour alléguée sur le territoire français alors en outre qu'il s'y maintient irrégulièrement depuis plusieurs années, notamment en raison de son refus de se conformer aux deux précédentes obligations de quitter le territoire français édictées à son encontre les 8 mars 2016 et 16 décembre 2017, la légalité de cette dernière décision ayant été confirmée par jugement du tribunal du 18 mai 2018. Par ailleurs, les pièces produites au débat n'établissent pas la réalité de la communauté de vie avec la mère de sa fille, laquelle, en outre, se maintient sur le territoire de manière irrégulière. Enfin, s'il a suivi une formation d'agent d'entretien de bâtiment entre 2019 et 2020, il ne justifie d'aucune intégration socio-professionnelle en France. Par suite, M. A, qui ne démontre pas être dans l'impossibilité de poursuivre sa vie privée et familiale dans son pays d'origine alors même que plusieurs membres de sa famille seraient en situation régulière sur le territoire français, n'est pas fondé à soutenir que le refus de titre de séjour qui lui a été opposé porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
9. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
10. La décision contestée n'implique aucune séparation entre M. A et ses enfants dès lors qu'en concubinage avec une ressortissante italienne en situation irrégulière, il n'existe aucun obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue et à ce que la scolarité de son fils en bas âge se poursuive dans son pays d'origine ou dans tout autre pays où ils seraient légalement admissibles. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit dès lors être écarté.
11. En dernier lieu, il résulte des éléments ci-dessus que le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français seraient entachées d'illégalité. Par voie de conséquence, il ne saurait davantage faire valoir que la décision fixant le pays de destination serait entachée d'illégalité.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de l'Hérault et à Me Mazas.
Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Lison Rigaud, présidente ;
M. Nicolas Huchot, premier conseiller ;
M. François Goursaud, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023
La Présidente-rapporteure,
L. Rigaud
L'assesseur le plus ancien,
N. HuchotLa greffière
A. Junon
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
A. Junon
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026