jeudi 13 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2302268 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | RUFFEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 avril 2023, M. A B, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, d'enjoindre au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à Me Ruffel au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision a été signée par une autorité incompétente disposant d'une délégation de signature trop générale ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation d'aidant auprès de son père ;
- elle méconnaît l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son comportement ne constitue pas une menace actuelle pour l'ordre public ;
- le préfet a commis une erreur de droit en rejetant la demande au regard de l'absence de visa long séjour, sans faire usage de son pouvoir général de régularisation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bayada, première conseillère,
- et les observations de Me Barbaroux, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né le 2 janvier 1979, déclare être entré en France au cours de l'année 2004. Par un arrêté du 14 octobre 2019, le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français, décision dont la légalité a été confirmée par jugement du tribunal administratif de Montpellier du 25 novembre 2019 et par la cour administrative d'appel de Marseille du 17 juillet 2020. M. B a présenté le 24 mai 2022 une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. Après avoir saisi la commission du titre de séjour, le préfet de l'Hérault a rejeté cette demande par un arrêté du 27 décembre 2022 dont M. B demande l'annulation pour excès de pouvoir.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté contesté est signé, pour le préfet de l'Hérault et par délégation, par M. P., secrétaire général de la préfecture. Par un arrêté du 14 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 126 du 14 septembre 2022, accessible tant au juge qu'au public, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. P. à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault. Le second alinéa de l'article 1er de cet arrêté du 14 septembre 2022 précise en outre que cette délégation comprend les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Contrairement à ce que soutient le requérant, cette délégation ne revêt pas un caractère trop général et, par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence dont serait entaché l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, le préfet a relevé les éléments relatifs à la situation personnelle de M. B, tels que la date alléguée d'entrée en France, la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet ainsi que les éléments de fait caractérisant une menace à l'ordre public. Le préfet a en outre relevé la production à l'appui de sa demande d'un contrat à durée indéterminée en qualité d'ouvrier d'exécution au sein d'une entreprise implantée à Montpellier. Alors que le préfet n'est pas tenu de relever l'ensemble des circonstances propres à la situation personnelle de l'intéressé mais uniquement celles qui fondent utilement le sens de sa décision, la circonstance que l'autorité préfectorale n'ait pas mentionné l'aide apportée par le requérant à son père sur le territoire français, élément que le requérant n'établit d'ailleurs pas avoir porté à sa connaissance dans la demande de titre de séjour, n'entache pas la décision d'un défaut d'examen particulier de la situation de M. B.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE". ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".
5. Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement un refus de titre de séjour et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la délivrance d'un titre de séjour à l'intéressé est de nature à constituer une menace pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace pour refuser un titre de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.
6. Pour retenir l'existence d'une menace à l'ordre public malgré l'avis favorable émis par la commission du titre de séjour, le préfet s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé était défavorablement connu des services de police et qu'il avait fait l'objet de trois condamnations, pour des faits de d'usage et détention de faux documents, de conduite d'un véhicule sans permis et d'usage de faux en écriture en récidive. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que ces trois condamnations concernent des faits anciens commis entre l'année 2012 et l'année 2014. Malgré le caractère réitéré des faits, ces derniers sont anciens, et le requérant n'a fait l'objet d'aucune mise en cause depuis l'année 2014. Dans les circonstances de l'espèce, le préfet de l'Hérault n'établit pas qu'à la date de sa décision la présence de M. B constituerait une menace à l'ordre public. Le moyen tiré de ce que le préfet ne pouvait légalement fonder son refus de titre de séjour sur la circonstance que la présence de M. B constituait une menace à l'ordre public doit donc être accueilli.
7. Toutefois, l'article 3 de l'accord franco-tunisien stipule que " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié ". Il est constant que M. B a ainsi qu'il a été dit, déclaré être entré en France au cours de l'année 2004, sans l'établir, et a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement par un arrêté du préfet de l'Hérault en date du 14 octobre 2019. Le préfet, qui a en outre refusé d'instruire la demande d'autorisation de travail présentée au motif que l'intéressé était entré en France de manière irrégulière et qu'il ne disposait pas de visa long séjour à la date de sa demande de titre de séjour, pouvait légalement, pour ce seul motif, refuser de lui délivrer le titre de séjour sollicité.
8. En quatrième lieu, si l'accord franco-tunisien ne prévoit pas de modalités d'admission exceptionnelle au séjour semblables à celles prévues par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
9. M. B, qui se borne à alléguer que le préfet n'a pas fait usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, ne démontre pas l'existence de considérations humanitaires ou de circonstances exceptionnelles de nature à justifier la mise en œuvre de ce pouvoir à l'égard de sa situation. En tout état de cause, il ressort des termes de l'arrêté qu'en rejetant sa demande, le préfet a procédé à un examen approfondi de la situation de l'intéressé et de l'ensemble de ses déclarations et éléments produits, notamment son contrat de travail en qualité d'ouvrier d'exécution à temps plein. Ce faisant, le préfet a nécessairement écarté la possibilité de l'admettre au séjour dans le cadre de son pouvoir de régularisation à titre exceptionnel, sans commettre d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle. Par suite le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu l'étendue de sa compétence doit être écarté.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ;() ".
11. Si M. B fait valoir qu'il vit en France depuis son entrée en 2004, et qu'il apporte une aide à son père, âgé, titulaire d'un titre de séjour, il ressort des pièces du dossier que M. B s'est toutefois maintenu en France de manière irrégulière depuis son entrée alléguée en France et a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement qu'il ne justifie pas avoir exécuté. Il n'établit en outre pas par les pièces qu'il produit que l'état de santé de son père nécessiterait sa présence indispensable à ses côtés. Par ailleurs, M. B, divorcé et sans charge de famille, bien que justifiant d'une insertion professionnelle en France, n'est pas dépourvu de toute attache au Maroc, où il a passé la plus grande partie de sa vie et où réside encore sa mère. Dans ces conditions, eu égard aux conditions de séjour de l'intéressé, le préfet de l'Hérault n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il s'est prononcé. Il n'a, par suite, nullement méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par la requérante, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction et de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou de réexamen de sa situation, ainsi que celles à fin d'astreinte que présente M. B doivent donc être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique comme les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme sollicitée par M. B au titre des frais liés au litige soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gayrard, président,
Mme Bayada, première conseillère,
Mme Bossi, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.
La rapporteure,
A. BayadaLe président,
J.P. Gayrard
La greffière,
I. Laffargue
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 13 juillet 2023.
La greffière,
I. Laffargueil
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026