jeudi 13 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2302289 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS MAZAS - ETCHEVERRIGARAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 avril 2023, M. B A, représenté par Me Mazas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra, le cas échéant, être reconduit d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir, à défaut de réexaminer sa situation dans le même délai et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
Sur les décisions de refus de séjour et d'éloignement :
- la décision de refus de séjour est insuffisamment motivée car les circonstances exceptionnelles dont il se prévaut, s'agissant notamment de sa vie privée et familiale, ne sont pas prises en compte ;
- elles méconnaissent l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation car il fait état de circonstances justifiant son admission exceptionnelle au séjour ;
- les décisions méconnaissent l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au vu de l'ancienneté de son séjour et de son intégration familiale et professionnelle ;
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- le préfet a commis une erreur d'appréciation en estimant que le requérant ne faisait pas état de craintes en cas de retour dans son pays d'origine.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juin 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 21 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère,
- et les observations de Me Lambert, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant albanais né en 1981, déclare être entré en France en janvier 2017. Sa demande d'asile a été rejetée par décision du 16 novembre 2017 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides, la cour nationale du droit d'asile ayant rejeté son recours contre cette décision du fait de son irrecevabilité. M. A a fait l'objet le 5 juillet 2018 d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français. Par arrêté du 28 décembre 2022 le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a enjoint de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra, le cas échéant, être reconduit d'office. M. A demande l'annulation de ces décisions.
Sur les décisions de refus de séjour et d'éloignement :
2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".
3. D'une part, en relevant que M. A était dépourvu de visa de long séjour le préfet a rappelé les conditions fixées pour la délivrance d'un titre de séjour en qualité de " salarié " et cette observation ne suffit pas à conclure qu'il n'aurait pas procédé à l'examen complet de la situation du requérant, notamment s'agissant de la possibilité de se voir délivrer un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale ou de voir sa situation régularisée sur le fondement des dispositions précitées. D'autre part, le préfet a mentionné la date alléguée d'entrée en France de M. A, sa situation maritale avec une compatriote en situation irrégulière, le fait qu'il était père de deux jeunes enfants et qu'il se prévalait d'une promesse d'embauche en qualité de plaquiste. Si le requérant fait valoir qu'il a obtenu un diplôme d'études en langue française et que ses enfants sont scolarisés en classe de maternelle, le préfet, qui n'est pas tenu de relever l'ensemble des circonstances propres à la situation personnelle de l'intéressé mais uniquement celles qui fondent utilement le sens de sa décision, n'a pas entaché sa décision d'un défaut de motivation en s'abstenant d'y faire référence. Le moyen tiré du défaut de motivation de la décision révélant un défaut d'examen de sa situation doit donc être écarté.
4. Ensuite, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Par ailleurs, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Enfin, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
5. M. A apporte des preuves de sa présence en France depuis février 2017 et il est établi que ses deux enfants, nés en France en septembre 2017 et en août 2019 y sont désormais scolarisés. Bien que la cadette de ses enfants soit atteinte d'un handicap de surdité, il n'est pas établi qu'elle ne pourrait bénéficier en Albanie d'une scolarité et d'un accompagnement adaptés. Dans ces conditions, eu égard au jeune âge des enfants du requérant et à la nationalité albanaise de sa conjointe, actuellement en situation irrégulière sur le territoire, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale puisse se reconstituer en Albanie. Par ailleurs, un diplôme d'études en langue française et la présentation d'une promesse d'embauche pour un poste de plaquiste ne suffisent pas à rendre compte d'une intégration socio-professionnelle particulière du requérant, faute d'un parcours cohérent ou stable et alors que ce dernier et sa famille sont hébergés. Enfin, à supposer même que ce poste relève des métiers en tension dans la région Occitanie, cette seule circonstance ne permet pas de conclure que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de délivrer un titre de séjour et en décidant de l'éloignement de M. A. Dès lors, c'est sans méconnaître les stipulations et dispositions citées aux points 2 et 4 du présent jugement, ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation, que le préfet a pu prendre les décisions en litige.
6. Les conclusions de M. A tendant à l'annulation des décisions de refus de séjour et d'éloignement doivent donc être rejetées.
Sur la décision fixant le pays de destination :
7. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
8. Si le préfet était informé de la demande d'asile déposée par M. A, il avait également connaissance du rejet de celle-ci et il ressort des pièces du dossier que l'intéréssé n'a pas évoqué les craintes qu'il dit avoir pour sa vie en cas de retour en Albanie lorsqu'il a formulé sa demande de titre de séjour. En tout état de cause, le requérant n'apporte aucun élément au soutien de sa requête quant à la véracité des craintes alléguées alors que la décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides a estimé que les faits évoqués ne pouvaient être tenus pour établis. Dès lors, le préfet pouvait régulièrement relever dans la décision en litige que l'intéressé n'alléguait pas encourir de risques pour sa vie en cas de retour en Albanie et fixer l'Albanie comme pays de destination sans méconnaître les stipulations et dispositions précitées.
9. Les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi doivent donc être rejetées.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision prise par le préfet de l'Hérault le 28 décembre 2022 sont rejetées. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également les conclusions du requérant à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais du présent litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de l'Hérault et à Me Mazas.
Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Eric Souteyrand, président,
M. Nicolas Huchot, premier conseiller,
Mme Audrey Lesimple, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.
La rapporteure,
A. Lesimple Le président,
E. Souteyrand
La greffière,
M-A. Barthélémy
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 13 juillet 2023.
La greffière,
M-A. Barthélémy
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026