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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2302411

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2302411

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2302411
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantBAUTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 avril 2023, M. B A, représenté par Me Bautes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de renouveler son certificat de résidence mention " étudiant ", a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de renouveler son certificat de résidence mention " étudiant " ou de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il a été signé par une autorité incompétente.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, il n'a effectué qu'un seul changement d'orientation ;

- elle été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de renouvellement de son titre de séjour ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; le délai de trente jours n'est pas approprié eu égard à l'année universitaire en cours.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 avril 2023.

Par un mémoire enregistré le 2 juin 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, rapporteure ;

- et les observations de Me Llinares, pour le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 23 août 2001 est entré en France le 3 septembre 2019 muni d'un visa de long séjour mention " étudiant ". Le 4 décembre 2019 il a obtenu un certificat de résidence algérien mention " étudiant " valable jusqu'au 16 octobre 2022. Par sa requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de renouveler son certificat de résidence mention " étudiant ", a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. La décision contestée est signée, pour le préfet de l'Hérault et par délégation, par M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture, qui a reçu délégation par un arrêté n° 2022-09-DRCL-0357 du 14 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs le même jour, à l'effet de signer, notamment, tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Le moyen tiré du vice d'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dans ces conditions, et alors que l'exigence de motivation n'implique pas que la décision mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation de l'intéressé, le préfet a suffisamment exposé les motifs fondant sa décision de refus de titre de séjour. Le moyen sera par suite écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation personnelle de M. A. Le moyen sera donc écarté.

5. En troisième lieu, si le préfet indique dans sa décision que l'intéressé a changé à plusieurs reprises d'orientation alors qu'il ne s'est réorienté qu'une fois, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il n'avait pas retenu cette mention erronée, laquelle est dès lors sans incidence sur la légalité de la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

6. En quatrième lieu, le régime relatif au séjour des étudiants algériens est entièrement régi par les stipulations du titre III du protocole annexé au premier avenant à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Dès lors, le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant et ne peut qu'être écarté.

7. Aux termes du titre III du protocole annexé au premier avenant à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire " () ". Pour l'application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour présentée par un ressortissant algérien en qualité d'étudiant, de rechercher si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études et d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

8. Il ressort des pièces du dossier que, pour l'année universitaire 2019-2020, M. A a validé une première année de licence d'économie, avant d'être deux fois ajourné en deuxième année de licence en 2020-2021 et 2021-2022. S'il établit être inscrit, au titre de l'année 2022-2023 en première année de licence " administration économique et sociale ", le relevé de notes qu'il produit révèle qu'il a été ajourné aux examens du premier semestre avec une moyenne de 7.927/20. Dans ces conditions, M. A n'apporte pas d'éléments de nature à justifier du sérieux, de la progression et de la cohérence du cursus suivi. Par suite, la décision portant refus de titre de séjour ne méconnaît pas les stipulations précitées du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ()". Et, aux termes de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. A, célibataire et sans charge de famille, est entré en France en 2019 et s'y est maintenu sous couvert de titres de séjour mention " étudiant ", ne lui donnant pas vocation à demeurer sur le territoire. S'il se prévaut de la présence en France de son frère jumeau, ce dernier, également étudiant, n'a pas plus vocation à demeurer sur le territoire. En outre, le requérant n'établit pas avoir tissé des liens particulièrement intenses et stables en France ni être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Par suite, le moyen doit être écarté.

11. En dernier lieu, si M. A fait valoir qu'il n'a pas d'attache en Algérie car son père travaille au sein de l'Organisation des Nations-Unies, que son enfance a été partagée entre l'Egypte, la Suisse et le Liban, et qu'il est installé en France avec son frère jumeau depuis quatre ans, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

12. En premier lieu, l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour opposé à M. A n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de ce refus, soulevée à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écartée.

13. En deuxième lieu et pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 10, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen doit être écarté.

14. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 11, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant délai de départ volontaire :

15. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".

16. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de l'Hérault a estimé que la situation de M. A ne justifiait pas qu'un délai supérieur à trente jours lui soit accordé à titre exceptionnel. Si le requérant fait valoir que cette décision a pour effet d'interrompre l'année universitaire en cours alors qu'il estime avoir de forte chance de valider les unités manquantes lors de la prochaine session d'examen, cette circonstance ne saurait être regardée comme un motif exceptionnel suffisant. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de l'Hérault et à Me Bautes.

Délibéré après l'audience du 3 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

La rapporteure,

ML. VialletLe président,

V. Rabaté

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 18 juillet 2023.

Le greffier,

F. Balicki

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