mardi 2 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2302418 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS MAZAS - ETCHEVERRIGARAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 et 28 avril 2023, M. A E, représenté par Me Mazas, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 3 avril 2023 portant transfert aux autorités espagnoles responsables de l'examen de sa demande d'asile et de l'arrêté du même jour portant assignation à résidence dans le département de la Haute-Garonne ;
3°) d'enjoindre à l'Etat de se déclarer responsable de l'examen de sa demande d'asile dans le cadre d'une demande normale ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision de transfert émane d'une autorité incompétente ;
- la décision de transfert aux autorités espagnoles est insuffisamment motivée ;
- il n'est pas établi que l'entretien individuel a été mené par une personne ayant qualité pour le faire ;
- le préfet a commis une erreur de droit en ne faisant pas usage du pouvoir d'appréciation qu'il tient de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- dès lors que les droits des demandeurs d'asile ne sont pas garantis en Espagne, il risque d'être exposé à des traitements inhumains et dégradants, le préfet a méconnu les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève, de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions des articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, en prononçant son transfert aux autorités espagnoles ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant assignation à résidence est insuffisamment motivée ;
- l'illégalité de la décision de transfert prive de base légale la décision portant assignation à résidence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 et le protocole signé à New-York le 31 janvier 1967 relatifs aux réfugiés ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C ;
- et les observations de Me Lambert, représentant M. E.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant ivoirien né le 1er août 1991, entré irrégulièrement sur le territoire français le 26 novembre 2022, a sollicité le bénéfice de l'asile le 1er décembre 2022. Il demande l'annulation, pour excès de pouvoir, de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 3 avril 2023 portant transfert d'un demandeur d'asile aux autorités espagnoles responsables de l'examen de sa demande d'asile et de l'arrêté du même jour portant assignation à résidence dans le département de la Haute-Garonne.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités espagnoles :
3. En premier lieu, par un arrêté du 13 mars 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture spécial du 15 mars 2023, le préfet de la Haute-Garonne a accordé à Mme D B, directrice des migrations et de l'intégration, une délégation à l'effet de signer, notamment, " les décisions d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant et de transfert à l'encontre des ressortissants étrangers ". Mme B était ainsi habilitée à signer l'arrêté en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de son auteur manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté contesté fait référence aux dispositions des articles 3.2 et 13.1 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dont il est fait application et mentionne que le relevé des empreintes décadactylaires de M. E réalisé le 1er décembre 2022 lors de l'enregistrement de son dossier de demande d'asile a révélé qu'il avait fait l'objet le 13 septembre 2022 d'un contrôle de police en Espagne, que ce pays s'avérait dès lors responsable de l'examen de cette demande et que les autorités espagnoles, saisies le 21 décembre 2022 d'une demande de prise en charge, ont fait connaître leur accord le 12 janvier 2023. En outre, le préfet a relevé que l'intéressé ne souffre pas d'une pathologie d'une particulière gravité et que la décision de remise aux autorités espagnoles ne contrevient pas aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales proscrivant toutes peines ou traitements inhumains et dégradants. Ces indications étaient suffisantes pour permettre au requérant de comprendre et de contester la décision de transfert. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit, dès lors, être écarté.
5. En troisième lieu, selon le 5. de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, l'entretien individuel avec le demandeur afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable " est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. E a bénéficié d'un entretien individuel dans les services de la préfecture de l'Hérault le 1er décembre 2022, durant lequel l'intéressé a pu présenter ses observations. Il n'est pas sérieusement contesté que le requérant a été reçu par un agent de la préfecture. Ainsi son entretien doit être regardé comme ayant été mené par une personne qualifiée, au sens du 5. de l'article 5 du règlement du 26 juin 2013, qui n'exige pas que l'identité de l'agent ayant mené cet entretien soit révélée. L'absence d'indication de l'identité de l'agent ayant conduit l'entretien individuel n'a pas privé l'intéressé de la garantie tenant au bénéfice d'un entretien individuel et de la possibilité de faire valoir toutes observations en temps utile. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 5. de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit, dès lors, être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 33 de la convention de Genève : " 1. Aucun des Etats Contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politique. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 2. () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ".
8. Il est constant que M. E est entré irrégulièrement en Espagne en provenance d'un État tiers et qu'il a fait l'objet d'un contrôle de police en Espagne le 13 septembre 2022. Il ne ressort pas de la motivation de l'arrêté contesté ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de l'intéressé et se serait abstenu d'examiner s'il pouvait bénéficier des dispositions de l'article 17 du règlement. L'arrêté en litige a seulement pour objet de renvoyer l'intéressé en Espagne et non dans son pays d'origine. Par ailleurs, eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet Etat membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet Etat de ses obligations. L'Espagne, Etat membre de l'Union européenne, est partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut de réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Contrairement à ce qui est soutenu, le requérant n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il existerait des raisons sérieuses de croire à l'existence de défaillances systémiques en Espagne dans la procédure d'asile ou que sa demande d'asile n'y sera pas traitée dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Il n'est pas davantage établi que le requérant risquerait d'être exposé à des traitements inhumains et dégradants en Espagne. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées doit être écarté.
9. Pour les motifs qui viennent d'être exposés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet ne peut être accueilli.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
10. Contrairement à ce qui est soutenu, l'arrêté contesté, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui le fondent, est suffisamment motivé.
11. Il résulte de ce qui a été exposé du point 3 au point 9 que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision de transfert, ne peut qu'être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du préfet de la Haute-Garonne du 3 avril 2023 attaqués.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation des arrêtés attaqués, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, au titre des frais exposés par M. E et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Mazas.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.
Le magistrat désigné,
Signé :
H. CLe greffier,
Signé :
D. Martinier
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 2 mai 2023
Le greffier,
D. Martinier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026