mercredi 3 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2302423 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | SCP VIAL-PECH DE LACLAUSE-ESCALE-KNOEPFFLER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 avril 2023 et des mémoires enregistrés le 28 avril 2023, Mme C B, demande au tribunal :
1°) de prendre acte qu'elle sollicite l'assistance d'un avocat commis d'office ainsi que d'un interprète en langue arabe ;
2°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a décidé de sa remise aux autorités espagnoles, lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assignée à résidence pour une durée de 45 jours ;
3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de réexaminer sa situation et dans l'attente de ce réexamen de la munir sans délai d'une autorisation provisoire de séjour ;
4°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- les décisions attaquées sont entachées d'un vice d'incompétence ;
- elles sont entachées d'erreur de droit puisqu'elle remplit les conditions de l'alinéa 1 de l'article 4 de l'accord franco-marocain ;
- le refus de faire droit à sa demande de titre de séjour au motif qu'elle ne produit pas d'autorisation de travail fait obstacle à l'application de l'article 55 de la Constitution ;
- les décisions attaquées sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de sa situation personnelle et familiale ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- la reconduite à destination de l'Espagne est " compliqué " ; le père de son enfant est de nationalité marocaine et non espagnole et il est sans domicile ; sa fille aînée est dans l'impossibilité d'accueillir son fils ; ce dernier ne parle pas l'espagnol.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales, représenté par la SCP Vial Pech de Laclause escale Knoepffler Huot Piret Joubes conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Villemejeanne, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 avril 2023 :
- le rapport de Mme Villemejeanne, magistrate désignée,
- les observations de Me Kouahou, avocat commis d'office représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soulève un moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant dès lors que son fils ne parle pas l'espagnol et qu'il est scolarisé en France ;
- les observations de Mme B, assistée de M. D interprète en langue arabe ;
- et de celles de Me Danet, représentant le préfet des Pyrénées-Orientales.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibérée présentée pour Mme B a été enregistrée le 28 avril 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante marocaine née le 29 septembre 1974, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 29 mars 2023, notifié le 25 avril 2023, par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an, a décidé de sa remise aux autorités espagnoles et l'a assignée à résidence dans le département des Pyrénées-Orientales pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur l'étendue du litige :
2. Il résulte des dispositions des articles L. 614-1, L. 614-8 et L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'en cas de placement en rétention ou d'assignation à résidence d'un étranger en situation irrégulière, les requêtes dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire, fixant le délai de départ volontaire et le pays de renvoi, et interdisant le retour sur le territoire français, prises à son encontre, ainsi que les décisions d'assignation à résidence en procédant, doivent être instruites et jugées selon les dispositions de l'article L. 614-9 du même code. Toutefois, ces dispositions et celles de l'article R. 776-17 du code de justice administrative font obstacle à ce que le magistrat désigné en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, saisi de la situation d'un étranger placé en centre de rétention administrative ou assigné à résidence à la suite d'une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français, examine la décision de refus de séjour qui relève de la compétence d'une formation collégiale.
3. Mme B a été assignée à résidence par une décision du préfet des Pyrénées-Orientales du 29 mars 2023. Dès lors, il appartient à la magistrate désignée de statuer sur la légalité des décisions du même jour par lesquelles cette autorité l'a obligée à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an. En revanche, il appartient seulement à une formation collégiale du tribunal administratif de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 29 mars 2023 par laquelle le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé à la requérante la délivrance d'un titre de séjour. Il y a lieu, par suite, de renvoyer en formation collégiale l'examen des moyens tirés de l'erreur de droit au regard de l'alinéa 1 de l'article 4 de l'accord franco-marocain et de la violation de l'article 55 de la Constitution dirigés contre le refus de titre de séjour ainsi les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de cette décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, ainsi que les conclusions accessoires afférentes à cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, par arrêté du 19 décembre 2022, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à M. Yohann Marcon, secrétaire général de la préfecture, aux fins de signer notamment les décisions contenues dans l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées manque en fait et doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, est mère de deux enfants, l'un âgé de 28 ans vivant au Maroc, l'autre âgé de 13 ans. Ce second enfant, nommé Adam Hajjami, dont elle a obtenu la garde et qui vit à ses côtés en France, est né en Espagne le 28 septembre 2009, et est de nationalité espagnole comme en témoigne le document national d'identité espagnol dont il dispose. Il ressort des pièces du dossier que Mme B qui s'est mariée avec un ressortissant marocain, M. A E a déclaré être en instance de divorce. Il en résulte également qu'elle est séparée du père de son second enfant, qui est ressortissant espagnol. Par ailleurs, elle est titulaire d'un titre de séjour " résidence de longue durée NIE " délivré par les autorités espagnoles valide jusqu'au 19 juin 2024. Si dans ses écritures et lors de l'audience elle affirme ne pas avoir d'attaches en Espagne ses allégations sont contredites par les déclarations qu'elle a formulées lors de son audition par les services de police le 15 décembre 2022. Il ressort des mentions du procès-verbal que lors de cette audition la requérante a présenté ses papiers espagnols et déclaré se rendre dans cet Etat " uniquement pour y faire des courses, une fois tous les cinq mois " et " pour déposer son fils chez sa sœur ", y être retourné " il y a un mois environ ". Il en résulte par ailleurs, que si la requérante déclare ne pas avoir de logement en Espagne, elle a déclaré pourtant " avoir beaucoup souffert en France " et qu'elle " aimerait repartir vivre en Espagne ", " qu'elle préfère l'Espagne " mais " que son fils ne veut pas ". Dans le cadre de l'instance, la requérante se prévaut de ce qu'elle réside en France depuis 2012. Cependant, les pièces du dossier ne suffisent pas à l'établir tandis que lors de l'audience elle n'a pas démontré une maîtrise de la langue française en correspondance avec les onze années de présence alléguée. Par ailleurs, les éléments versés au débats ne suffisent pas à démontrer qu'elle aurait constitué en France le centre de ses intérêts privés et familiaux alors que comme il a été dit elle a déclaré vouloir repartir en Espagne. Enfin, elle ne justifie pas d'une particulière insertion dans la société française dont elle ne maîtrise pas la langue et si elle produit un contrat de travail à durée indéterminée elle ne verse aucune autorisation de travail et il ressort des termes de la décision attaquée qu'elle a fait l'objet de deux précédents refus de titre de séjour. La requérante qui fait état de propos contradictoires et confus, et qui a explicitement déclaré préférer retourner en Espagne, pays dans lequel elle dispose d'un titre de séjour, ne démontre pas par les pièces produites dans le cadre de cette instance que le préfet des Pyrénées-Orientales aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'Homme et entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en obligeant la requérante à quitter le territoire français en décidant de fixer l'Espagne comme pays de destination de la mesure d'éloignement.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
8. La mesure d'éloignement n'implique pas, par elle-même, la séparation de M. B et de son enfant. Par ailleurs, les dispositions de la convention précitée au point 6 n'impliquent pas une obligation de scolarité uniquement sur le territoire français, alors que comme il a été dit le fils de Mme B est de nationalité espagnole, et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ne pourrait apprendre la langue de ce pays alors même qu'il l'aurait quitté à l'âge de trois ans. Dans ces conditions, et eu égard à tout ce qui a été dit au point n°6, les décisions contestées ne peuvent être regardées comme portant atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant de la requérante. Par suite, le préfet n'ayant pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, le moyen tiré de cette violation doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction doivent donc être rejetées.
D E C I D E:
Article 1 er : Les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 29 mars 2023 en tant qu'il porte refus de séjour et les conclusions accessoires à cette décision sont renvoyées à la formation collégiale.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet des Pyrénées-Orientales.
La magistrate désignée,
P. VILLEMEJEANNELa greffière,
E. TOURNIER
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 3 mai 2023
La République mande et ordonne au Préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 4 mai 2023
La greffière
E. TOURNIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026