mardi 30 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2302425 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | JOUAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des mémoires et des pièces, enregistrés les 26 avril 2023, 4 mai 2023 et 24 mai 2023, l'association de défense du Grand Agde, Touristes et Habitants Ensemble (A.G.A.T.H.E.), représentée par Me Mazas, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté n° DP 34003 23 K0115 du 3 avril 2023 par lequel le maire de la commune d'Agde ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par la société Cottage Parks Méditerranée pour la création d'un espace de baignade naturel de 1 000 m² situé 4 rue Commandant A ;
2°) de suspendre les travaux en cours ;
3°) d'enjoindre à la société Cottage Parks Méditerranée de remettre le site en état ;
4°) de mettre à la charge de la commune d'Agde une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Elle soutient que :
Sur la recevabilité :
- le maire de la commune d'Agde a accordé la déclaration préalable par arrêté du 3 avril 2023 et elle a introduit, le 25 avril 2023, un recours pour excès de pouvoir contre cette décision ;
- elle a intérêt à agir contre cette décision dès lors qu'elle a pour objet la défense du site et du patrimoine de la commune d'Agde en veillant au respect de toutes les règles d'urbanisme et de la construction en vigueur ; la décision en litige concerne un projet situé dans un secteur protégé de cette commune ;
- une délibération du 1er avril 2023 du bureau a autorisé son président afin de saisir la juridiction administrative afin de suspendre et d'annuler la décision contestée.
Sur l'urgence :
- la condition d'urgence est présumée satisfaite par application de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme ;
- le projet est situé au même endroit qu'un précédent projet dont l'exécution a été suspendue par le juge des référés ;
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que les travaux ont débuté et qu'ils consistent en l'abattage d'arbres dans un espace remarquable au sens de l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme ; le site est classé en zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique, au titre des sites patrimoniaux remarquables ; le bois de la Tamarissière est classé par la plan local d'urbanisme comme espace boisé classé ; la pinède est située en zone naturelle touristique située en espace remarquable et en espace remarquable de la loi littoral ;
- le commencement des travaux risque d'entraîner des conséquences irréversibles pour le site et devront être rapidement terminés dès lors que la société Cottage Parks Méditerranée communique sur une ouverture de l'espace aquatique au public à compter du 15 mai 2023 ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure dès lors que le projet aurait dû faire l'objet d'un permis de construire et non d'une déclaration préalable de travaux ; le bassin de baignade de 1 000 m2 et le bassin de filtration de 200 m² n'entrent ni dans le cadre des exceptions prévues aux articles R. 421-2 à R. 421-8-2 du code de l'urbanisme, ni dans le cadre des exceptions prévues aux articles R. 421-9 à R. 421-12 du même code ; le projet de " lagon " présente toutes les caractéristiques d'une piscine ;
- il méconnaît les articles L. 121-23, R. 121-4, L. 121-24 et R. 121-5 du code de l'urbanisme ; les constructions prévues par le projet litigieux n'entrent pas dans le cadre des exceptions limitativement mentionnées à l'article R. 121-5 du code de l'urbanisme ; la pression sur le milieu naturel engendrée par la forte fréquentation du site en période touristique est contraire aux objectifs de protection et de préservation de cet espace remarquable ; si la commune d'Agde tente de se prévaloir des aménagements légers, le projet n'a pas fait l'objet de la procédure de mise à disposition du public avec observations soit de façon directe soit dans le cadre d'une enquête publique ; en outre, le moyen tiré de ce que la piscine serait un équipement commun concernant les dispositions relatives aux hébergements de loisirs ne s'impose pas en urbanisme ; en tout état de cause, l'aménagement léger invoqué est d'une surface maximale de 100 m2 ;
- il méconnaît la règlementation propre aux espaces boisés cassés, notamment l'article L. 113-2 du code de l'urbanisme ; les travaux projetés vont entraîner des conséquences irréversibles pour les arbres protégés du site et sont de nature à compromettre la conservation et la protection des boisements de Tamaris protégés au titre des espaces boisés classés ; les travaux en cours et le projet litigieux changent l'affectation des sols ;
- il méconnaît l'article 2.5.1 du règlement du site patrimonial remarquable de la ville d'Agde interdisant toute construction sur le secteur de la pinède de la Tamarissière ainsi que tout abattage d'arbres et impose le maintien de la perméabilité des sols ainsi que le maintien et le renforcement de la dominante végétale ;
- il méconnaît l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme ; la commune d'Agde est, au sens de l'article L. 321-1 du code de l'environnement, une commune littorale et une partie des constructions litigieuses se situe en partie sur la bande littorale des cent mètres (tel qu'il ressort du plan annexé à l'avis de la DDTM du 16 décembre 2022) et dans une zone non urbanisée protégées par plusieurs règlementations au titre du code de l'urbanisme, du code de l'environnement et du code du patrimoine ; dès lors, le principe d'inconstructibilité prévu par l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme s'applique et s'oppose au projet en litige ;
- il méconnaît le règlement du plan de prévention des risques inondations de la commune dès lors que la déclaration préalable ne comporte aucune des mesures constructives obligatoires prévues au chapitre 4.5 de la 1ère partie de ce plan ; il méconnaît en outre le chapitre 4.5 de la première partie du plan de prévention des risques d'inondation dès lors que le projet en litige a pour effet d'imperméabiliser une vaste zone ;
- le tribunal administratif est compétent pour enjoindre à la société Cottage Parks Méditerranée la remise en état du site de la Tamarissière.
Par un mémoire, enregistré le 23 mai 2023, la commune d'Agde, représentée par la SCP CGCB Avocats et Associés, agissant par Me Crétin, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'association requérante une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
Sur la recevabilité :
- la qualité pour agir de l'association doit être appréciée selon les statuts tels que rédigés avant leur modification intervenue le 1er avril 2023 ; l'association a produit à l'occasion de contentieux précédents ses statuts qui auraient été approuvés lors de l'assemblée extraordinaire du 1er août 2009, mais elle produit un récépissé daté du 16 novembre 2016 qui fait référence à une modification intervenue le 5 novembre 2016 ; elle ne produit pas ses statuts en vigueur à la date d'affichage en mairie de la demande de déclaration préalable et à l'introduction de son recours ;
- l'association requérante ne justifie pas avoir habilité son président pour introduire un recours contre l'acte attaquée ;
- au regard de la trop grande généralité de son objet social et de son intervention sur un territoire trop vaste, l'intérêt que l'association défend n'est pas pertinent ;
Sur l'urgence :
- l'exploitation du camping a été érigée en service public ; il y a dès lors un intérêt certain à en poursuivre l'exploitation dans des conditions optimales ;
- le projet ne saurait être regardé comme portant atteinte à l'objet social de l'association ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
- l'article R. 421-11 II f) du code de l'urbanisme n'est pas applicable dès lors que le lagon relève du régime des baignades artificielles et ne peut être qualifié de piscine ; pour être qualifiée de piscine, le code de la santé publique exige que l'eau soit désinfectée ou désinfectante alors que l'eau du lagon n'est pas désinfectée par des produits tiers ;
- à titre principal, les articles L. 121-23, R. 121-4 et R. 121-5 du code l'urbanisme ne sont pas méconnus dès lors que le classement en espace remarquable n'est pas intentionnel ; ce classement ne saurait résulter du seul zonage du plan local d'urbanisme ; les circonstances qu'une parcelle soit située sur un site classé, soit inscrite en zone NL définie comme " des secteurs d'espaces naturels remarquables au sens de la loi littoral et d'espaces littoraux " ne justifient pas à elle-seule le classement en espace remarquable ; lorsqu'un espace est urbanisé, il ne peut prétendre à la qualification d'espace remarquable ; la commune a retenu cette qualification sans même avoir connaissance de la réglementation applicable à tels espaces ; dans le schéma de cohérence territoriale en révision dans sa version récemment arrêtée, le camping n'est pas considéré comme un espace remarquable ;
- à titre subsidiaire, l'article L. 121-24 du code de l'urbanisme autorise la création d'aménagements légers en espaces remarquables ; le projet s'intègre parfaitement dans le paysage environnant du camping ; l'article NT2 du règlement du plan local d'urbanisme autorise les équipements communs d'un camping tels qu'une piscine ; le projet constitue une piscine au sens de l'arrêté du 22 octobre 2008 et du règlement du site patrimonial remarquable et du plan de prévention des risques inondations et est autorisé par leurs dispositions ;
- la règlementation concernant les espaces boisés classés n'est pas méconnue dès lors qu'il ressort du dossier de demande de déclaration préalable que les arbres existants seront intégralement conservés ; les caractéristiques du lagon permettent de considérer que sa construction conservera le boisement ;
- l'article R. 421-11 d) du code de l'urbanisme et le règlement du site patrimonial remarquable permettent la construction de piscines en site patrimonial remarquable ; l'architecte des Bâtiments de France a rendu un avis favorable sur le projet ;
- l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme n'est pas méconnu dès lors que les aménagements implantés dans la bande littorale des 100 mètres sont préexistants au projet ; si la zone de filtration n'apparaît pas sur le plan de masse du 21 mars 2023, la superposition proposée par la requérante est inexacte et la zone de filtration ne peut se situer qu'à proximité immédiate du lagon, en dehors de la bande des 100 mètres ; cette omission est régularisable ;
- le règlement du plan de prévention des risques inondations n'est pas méconnu dès lors qu'il autorise les piscines en zone Rn et Rp et soumet, dans les campings existants, les projets de piscine aux seules prescriptions réglementant ces travaux.
Par un mémoire, enregistré le 24 mai 2023, la société Cottage Parks Méditerranée, représentée par Me Jouan, conclut au rejet de la requête et la mise à la charge de l'association de défense du grand Agde, touristes et Habitants d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
Sur la recevabilité :
- la requête méconnaît l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme pour n'être pas accompagnée des statuts dans leur version modifiée au moins un an avant la date d'affichage en mairie de la décision querellée ; le récépissé attestant de sa déclaration en préfecture n'est pas produit ;
- au regard de la trop grande généralité de son objet social et de son intervention sur un territoire trop vaste, l'intérêt que l'association défend n'est pas pertinent ; les effets de la décision contestée sont très limités et sans aucun rapport direct avec les intérêts défendus par l'association ; en tout état de cause, les statuts produits par la requérante ayant été modifiés postérieurement à la date d'affichage de la déclaration préalable contestée en mairie, le tribunal n'est pas en mesure d'apprécier son intérêt à agir ;
Sur l'urgence :
- les arbres et bosquets existants sont conservés en l'état ; l'ONF préconise l'abattage d'arbres dangereux dans les plus brefs délais ; elle a fait réaliser une étude paysagère du site et des dizaines de nouveaux arbres ont été plantés ;
- les parcelles du camping " La Tamarissière " sont improprement qualifiés d'espace remarquable ;
- le seul caractère protégé du site ne permet pas de justifier de l'urgence à suspendre la décision contestée ;
- l'association n'établit ni la gravité ni l'immédiatement de l'atteinte porté aux intérêts qu'elle entend défendre ;
- compte tenu du calendrier fixé par la concession, il existe un intérêt à réaliser rapidement les travaux projetés ;
- les travaux projetés ne sont pas réalisés dans la bande des 100 mètres ;
- la non réalisation du projet l'expose à une possible résiliation de son contrat dès lors qu'elle a l'obligation de poursuivre la gestion et l'exploitation du camping conformément à ses engagements contractuels et au principe de continuité du service public ; les conséquences économiques et financières des multiples recours exercés par l'association requérante sont colossales ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
- l'article R. 421-11 II f) du code de l'urbanisme n'est pas applicable dès lors que le lagon relève du régime des baignades artificielles et ne peut être qualifié de piscine ; le lagon a certes une superficie supérieure à 100 m², mais il n'est pas couvert ;
- la commune d'Agde n'a pas eu l'intention d'appliquer à ce secteur le régime actuel des espaces remarquables ;
- la règlementation concernant les espaces boisés classés n'est pas méconnue dès lors que le plan de masse identifie les arbres et bosquets existants autour du projet et qui seront conservés en l'état ; la configuration du lagon et le faible affouillement qu'il implique ont été étudiés pour éviter la destruction des racines et des arbres :
- l'article R. 421-11 d) du code de l'urbanisme et le règlement du site patrimonial remarquable permettent la construction de piscines en site patrimonial remarquable ; l'architecte des Bâtiments de France a rendu un avis favorable sur le projet ;
- l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme n'est pas méconnu dès lors que les aménagements implantés dans la bande littorale des 100 mètres sont préexistants au projet ; si la zone de filtration n'apparaît pas sur le plan de masse du 21 mars 2023, la superposition proposée par la requérante est inexacte et la zone de filtration ne peut se situer qu'à proximité immédiate du lagon, en dehors de la bande des 100 mètres ; cette omission est régularisable ;
- le règlement du plan de prévention des risques d'inondation n'est pas méconnu dès lors qu'il autorise les piscines en zone Rn et soumet, dans les campings existants, les projets de piscine au seules prescriptions réglementant ces travaux.
Vu :
- la requête enregistrée le 25 avril 2023 sous le n° 2302406 par laquelle l'association A.G.A.T.H.E. demande l'annulation de l'arrêté en litige ;
- les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Rigaud, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 24 mai 2023 à 15 heures :
- le rapport de Mme Rigaud, juge des référés ;
- les observations de Me Mazas, représentant l'association A.G.A.T.H.E. en présence de son président, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise en outre que les statuts de l'association en vigueur un an avant la date d'affichage de la demande d'autorisation ont été produits, que le bassin de filtration, situé en partie dans la bande des 100 mètres a été maçonné deux jours avant la première date d'audience initialement fixée, que le système de traitement par UV est un système de désinfection de l'eau de baignade, que l'implantation du bassin de filtration n'est pas précisée par les plans joints à la déclaration préalable et que la localisation de ce dernier a pu être reconstituée comme étant partiellement en zone des 100 mètres, que les photos qu'elle a récemment produites sont probantes, elles sont datées, et qu'elles permettent de comprendre que ce bassin de filtration constitue une construction maçonnée, que le juge judiciaire a rendu, à sa demande, une ordonnance missionnant un huissier de justice afin de venir constater l'ampleur et l'irrégularité des constructions, mais que, cependant, cet huissier de justice s'est vu refuser l'entrée dans l'enceinte du camping et n'a pas pu remplir sa mission, et que le repérage des arbres malades à abattre a été réalisé par du personnel de la société Cottage Parks Méditerranée ;
- celles de Me Crétin, représentant la commune d'Agde, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, et fait valoir en outre que l'objectif de ce projet est d'aménager un camping moderne et éco-viable, dans le respect de l'environnement, qu'il ne s'agit pas d'une piscine mais d'un point d'eau le plus naturel possible, que l'étanchéisation du lagon est faite sous le sable, que l'objet statutaire de l'association requérante est trop vague au regard des critères dégagés par la jurisprudence, que toutes les consultations nécessaires ont été faites dans le cadre de l'instruction de la déclaration préalable, que le projet est conforme à tous les règlements applicables à l'exception de celui propre au espaces remarquables, qu'à ce dernier titre, la commune n'a volontairement pas souhaité respecter la règlementation applicable compte tenu de sa rigueur, que le projet de révision du SCOT du biterrois ne retient plus la protection de ce site au titre des espaces remarquables et que l'abattage des arbres malades identifiés par l'ONF a été réalisé par les services de la communauté d'agglomération ;
- celles de Me Jouan, représentant la société Cottage Parks Méditerranée, et celles de M. Cros, président de cette société, qui persiste dans ses écritures et font valoir en outre que le camping existe depuis 1955 et que la société délégataire depuis 2021 a hérité d'un ensemble de constructions déjà existantes méconnaissant partiellement la protection du site, qu'aucun recours n'a été exercé contre l'attribution de la délégation de service de public, que la saison touristique a déjà commencé, beaucoup de réservations ayant été enregistrées, qu'ainsi ces engagements contractuels sont susceptibles d'engager la responsabilité de la société Cottage Parks Méditerranée, qu'elle doit respecter un calendrier très contraint pour la réalisation des travaux, que le projet a été revu et il est moins ambitieux, qu'aucune coupe d'arbres n'est intervenue à l'exception de celle d'arbres malades identifiés par l'ONF, que les racines des arbres présents sur le terrain d'assiette du projet ne seront pas impactées par les affouillements réalisés limités à 1,20 mètre, qu'il y a urgence à poursuivre les travaux en litige compte tenu des obligations de service public et qu'il n'y a eu aucune entrave à l'exercice des missions de l'huissier missionné par le juge judiciaire.
La clôture de l'instruction a été différée au jeudi 25 mai 2023 à 17 heures.
Des pièces produites par l'association A.G.A.T.H.E., représentée par Me Mazas, ont été enregistrées le 24 mai 2023 à 19 heures 43 et ont été communiquées.
Des pièces produites par la commune d'Agde, représentée par la SCP CGCB Avocats et Associés, ont été enregistrées le 25 mai 2023 à 9 heures 06 et à 11 heures 12 et ont été communiquées.
Par un mémoire, enregistré le 25 mai 2023 à 15 heures 43 et communiqué, la société Cottage Parks Méditerranée, représentée par Me Jouan, fait valoir en outre que :
- les seuls arbres abattus correspondent à ceux identifiés par l'ONF ; ces travaux de mise en sécurité ont été réalisés par les services de la communauté d'agglomération Hérault Méditerranée et sont désormais achevés ;
- ainsi, la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- le lagon projeté doit être qualifié de " baignade artificielle " au sens des articles L. 1332-2 et D. 1332-43 du code de la santé publique, étant alimenté en eau potable et n'ayant pas recours à un système de désinfection active et chimique, étant précisé que le traitement pas lampe UV relève d'un processus d'urgence en cas de pollution ponctuelle de l'eau de baignade ;
- les investissements réalisés par elle pour l'aménagement du lagon s'élèvent à la somme totale 978 720 euros dont 293 616 ont déjà été payés ;
- à toutes fins utiles, comme en atteste la commune d'Agde, les faits de délinquance et de troubles à la tranquillité publique aux abords du camping de la Clape ont diminué ces derniers mois et il en sera a fortiori de même à la Tamarissière.
Considérant ce qui suit :
1. La société Cottage Parks Méditerranée a déposé le 21 février 2023 auprès des services de la commune d'Agde un dossier de déclaration préalable de travaux pour la création d'un espace de baignade naturel dénommé " lagon " d'une surface de 1 000 m² et d'une profondeur maximale de 1,20 m, d'une plage d'une surface de 1 800 m2 et d'un bassin de filtration d'une surface de 200 m2, sur un terrain situé 4 rue Commandant A cadastré section HH n° 46. Par un arrêté n° DP 34003 23 K0115 du 3 avril 2023, le maire de la commune d'Agde ne s'est pas opposé à cette déclaration préalable. Par la présente requête, l'association A.G.A.T.H.E. demande, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de l'urbanisme, la suspension de l'exécution de cet arrêté.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
2. Aux termes de l'article L. 600-1-1 du code de l'urbanisme : " Une association n'est recevable à agir contre une décision relative à l'occupation ou l'utilisation des sols que si le dépôt des statuts de l'association en préfecture est intervenu au moins un an avant l'affichage en mairie de la demande du pétitionnaire ". Aux termes de l'article R. 600-4 du même code : " Lorsqu'elles sont introduites par une association, ces mêmes requêtes doivent, à peine d'irrecevabilité, être accompagnées des statuts de celle-ci, ainsi que du récépissé attestant de sa déclaration en préfecture. ". Il appartient au juge administratif, lorsque cette condition est remplie, d'apprécier si l'association requérante justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour agir contre la décision qu'elle attaque en se fondant sur les statuts tels qu'ils ont été déposés à la préfecture au moins un an antérieurement à la date de l'affichage en mairie de la demande du pétitionnaire.
3. En premier lieu, l'association A.G.A.T.H.E. a notamment produit dans la présente instance en référé, ses statuts, signés, dans leur version approuvée lors de l'assemblée extraordinaire du 1er août 2009 ainsi qu'un récépissé de déclaration de modification de l'association délivré par les services de la sous-préfecture de Béziers en date du 16 novembre 2016. Ces éléments paraissent suffisants, en l'état de l'instruction, à faire regarder la présente requête comme étant recevable.
4. En deuxième lieu, il ressort des statuts de l'association requérante que celle-ci a notamment pour objet, d'une part, la défense du site et du patrimoine de la commune d'Agde, d'autre part, la défense de l'environnement naturel en relation avec le sol, le sous-sol, et l'environnement paysager. Son objet géographique étant limité à la commune d'Agde et à sa communauté d'agglomération, il n'est pas trop large. Alors que la décision en litige autorise la création d'un espace de baignade d'une surface de 1 000 m2 et d'un bassin de filtration d'une surface de 200 m2 au sein du site patrimonial remarquable du bois des pins de la Tamarissière, elle doit être regardée comme justifiant d'un intérêt à agir à l'encontre de cette autorisation d'urbanisme.
5. En troisième et dernier lieu, il ressort des pièces jointes à la requête que le bureau de l'association a décidé le 1er avril 2023 de solliciter l'annulation de la décision attaquée et d'autoriser son président à ester en justice alors, en tout état de cause, que l'article 20 des statuts prévoit que l'association peut ester en justice par la voix de son président après accord du bureau. En outre, il en résulte que par décision du 25 avril 2023, Me Mazas a été mandatée à cette même fin. La fin de non-recevoir, tirée du défaut de qualité pour agir du représentant de l'association, doit ainsi être écartée.
Sur les conclusions à fin de suspension :
6. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
En ce qui concerne l'urgence :
7. L'article L. 600-3 du code de l'urbanisme dispose que : " Un recours dirigé contre une décision de non-opposition à déclaration préalable ou contre un permis de construire, d'aménager ou de démolir ne peut être assorti d'une requête en référé suspension que jusqu'à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. / La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite. () ". Eu égard au caractère difficilement réversible de la construction d'un bâtiment autorisée par un permis de construire, la condition d'urgence doit en principe être constatée lorsque les travaux vont commencer ou ont déjà commencé sans être pour autant achevés. Il peut, toutefois, en aller autrement au cas où le pétitionnaire ou l'autorité qui a délivré le permis justifient de circonstances particulières, qui peuvent tenir à l'intérêt s'attachant à ce que la construction projetée soit édifiée sans délai ou au caractère aisément réversible des travaux autorisés par la décision litigieuse. Il appartient alors au juge des référés de procéder à une appréciation globale de l'ensemble des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.
8. Il ressort des pièces produites à l'instance et des échanges au cours de l'audience que les travaux ont d'ores et déjà commencé à être exécutés et ne sont pas achevés. La circonstance que l'exploitation du camping ait été confiée à la société Cottage Parks Méditerranée dans le cadre d'une délégation de service public, dont les conséquences notamment économiques et financières ne sont au demeurant pas précisément établies, ne suffit pas à caractériser une situation d'urgence à exécuter les travaux litigieux, alors que le site d'implantation présente une forte sensibilité patrimoniale.
9. En outre, s'il est fait état de l'absence d'urgence au regard des intérêts qu'entend défendre l'association requérante par rapport à la nature et à la faible importance du projet en litige, il apparaît, en l'état de l'instruction, que la réalisation du projet en litige dans un site patrimonial remarquable est, eu égard à son ampleur et ses caractéristiques, de nature à préjudicier de manière grave et immédiate aux intérêts pour lesquels l'association agit en justice. Par suite la condition relative à l'urgence telle que prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision :
10. En l'état de l'instruction, au regard de la nature et des caractéristiques des constructions autorisées et de leur implantation, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 421-1 du code de l'urbanisme, de celle des dispositions de l'article 2.5.1 du règlement du site patrimonial remarquable, de celle de la méconnaissance de l'article L. 113-2 du code de l'urbanisme, de celle des articles L. 121-24 et R. 121-5 du même code, et de celle de l'article L. 121-16 du même code sont propres à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté portant non opposition à déclaration préalable en litige.
11. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens de la requête de l'association A.G.A.T.H.E. n'est, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.
12. Il résulte de tout ce qui précède que l'association A.G.A.T.H.E. est fondée à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté n° DP 34003 23 K0115 du 3 avril 2023 par lequel le maire de la commune d'Agde ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par la société Cottage Parks Méditerranée.
Sur les conclusions en injonction :
13. Si l'association requérante demande au juge des référés de suspendre les travaux en cours et d'enjoindre à la société Cottage Parks Méditerranée de remettre le site en état, sans délai, il n'appartient pas au juge des référés de prononcer une telle injonction. Ces conclusions devront donc être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'association A.G.A.T.H.E., qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, quelque somme que ce soit au titre des frais exposés par la commune d'Agde et par la société Cottage Parks Méditerranée et non compris dans les dépens.
15. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune d'Agde et de la société Cottage Parks Méditerranée une somme de 750 euros chacune au titre des frais non compris dans les dépens exposés par l'association A.G.A.T.H.E.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté n° DP 34003 23 K0115 du 3 avril 2023 par lequel le maire de la commune d'Agde ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par la société Cottage Parks Méditerranée est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Article 2 : La commune d'Agde versera une somme de 750 euros à l'association A.G.A.T.H.E. en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La société Cottage Parks Méditerranée versera une somme de 750 euros à l'association A.G.A.T.H.E. en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association de défense du Grand Agde, Touristes et Habitants Ensemble, à la commune d'Agde, et à la société Cottage Parks Méditerranée et au préfet de l'Hérault.
Fait à Montpellier, le 30 mai 2023.
La juge des référés,
L. Rigaud
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 30 mai 2023.
La greffière,
M. B
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026